Nicolas Rouzet, Villa mon rêve

Par |2020-06-06T13:47:20+02:00 6 juin 2020|Catégories : Critiques, Nicolas Rouzet|

Il vit aujourd’hui à Mar­seille. Mais c’est un homme du Nord. Nico­las Rouzet revient, dans son livre, sur les secrets famil­i­aux autour de ses années d’enfance du côté de Dunkerque. Tout un univers revit sous sa plume. Il le fait sous forme de frag­ments, dans une prose (poé­tique) de belle facture.

Présen­tant ce livre, l’éditeur souligne qu’il accueille dans sa col­lec­tion « brèche », « des textes en marge, du roman et de la poésie : réc­its brefs, nou­velles, pros­es inclass­ables, théâtre ». Vil­la mon rêve, qui donne son titre au livre de Nico­las Rouzet fait à la fois par­tie de ces « réc­its brefs » et « pros­es inclass­ables » (à forte con­no­ta­tion poé­tique) qui font l’originalité et la force de cer­tains auteurs. On pense, en Bre­tagne, à Jacques Josse qui revient inlass­able­ment dans ses écrits sur un ter­reau famil­ial (et plus large­ment de voisi­nage) du côté du Goë­lo dans les Côtes d’Armor.

Avec Nico­las Rouzet, on est dans le même type d’écriture mais cette fois sur le lit­toral de la Mer du Nord (autour d’une « vil­la mon rêve »), pour nous par­ler de des­tins cabossés ou de per­son­nages qui « sor­tent des clous », à l’image de ce grand-père Guy qui ter­mi­na sa vie dans une remise, presque aveu­gle.

 

Nico­las Rouzet, Vil­la mon rêve, édi­tions Mazette, 57 pages, 10 euros.

« Il jouait des lieder sur un clavier muet dont il avait peint les touch­es blanch­es et noires », racon­te l’auteur. « En ces temps-là, dit-il ailleurs, nous avions pour voisin l’ingénieur Wadeck et sa sœur. Tré­pané, Wadeck avait per­du l’usage de la parole ».

En toile de fond de ce livre, il y a la guerre et ses désas­tres (« cet été-là, les crevettes énormes buvaient le sang des noyés »), le temps des com­pro­mis­sions ou des engage­ments, celui de secrets famil­i­aux soigneuse­ment entretenus.  Voilà le pays où l’auteur voit le jour. Pays plat, pays froid, avec les cris des mou­ettes revenant chaque hiv­er « avec la même régu­lar­ité, la même acuité ». Pays por­tant les lourds stig­mates de la guerre. « Dans les jours de mon enfance, nous jouions, je me sou­viens comme on raclait le bitume, pour extraire de la cour de l’école des car­touch­es, des muni­tions sous le sable, sous la terre ». Et quand les petits écol­iers trou­vaient un tib­ia il s’en ser­vaient pour faire des « pass­es d’armes »avant de se le faire confisquer.

Le jeune Nico­las n’arrive pas à « bris­er la glace de l’étrangeté du monde » dans ces « jours ternes » de son enfance. Un monde s’agite autour de lui dont il ne saisit pas tous les mys­tères. Des adultes, sou­vent brin­que­bal­ants, se four­voient dans cer­taines impass­es de la vie amoureuse. Ain­si nous dit-il, à pro­pos de son père, qu’il « ren­con­tra une autre femme au sana­to­ri­um. Elle était entière­ment paralysée, seul le sourire un peu crispé sur son vis­age et ses yeux étaient encore mobiles. Il la trou­vait très belle… »

Il faut lire Nico­las Rouzet. Sa prose acérée vise juste. Il nous par­le de l’humanité comme le fait, à sa manière, le cinéaste Bruno Dumont, un autre homme des rivages austères du nord de la France.

Présentation de l’auteur

Nicolas Rouzet

Nico­las Rouzet est né en 1970 à Dunkerque. Il vit aujourd’hui à Mar­seille ; aime les grands espaces, les poètes mau­dits et les chan­sons russ­es. (édi­tions Mazette)

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Pierre Tanguy

Pierre Tan­guy est orig­i­naire de Lesn­even dans le Nord-Fin­istère. Ecrivain et jour­nal­iste, il partage sa vie entre Quim­per et Rennes. En 2012, il a obtenu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poésie attribué par l’Académie lit­téraire de Bre­tagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été pub­liés aux édi­tions ren­nais­es La Part com­mune. Citons notam­ment “Haïku du chemin en Bre­tagne intérieure” (2002, réédi­tion 2008), “Let­tre à une moni­ale” (2005), “Que la terre te soit légère” (2008), “Fou de Marie” (2009). Dernière paru­tion : “Les heures lentes” (2012), Silence hôpi­tal, Edi­tions La Part com­mune (2017).

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