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Poétique de la théologie

Par |2018-10-18T20:09:32+00:00 6 août 2013|Catégories : Critiques|

La théo­lo­gie a-t-elle quelque chose à voir avec la poé­sie (et réci­pro­que­ment) ? Le Breton François Cassingena-Trévedy, théo­lo­gien, moine de l’abbaye de Ligugé et membre de la Mission de la mer au Croisic, le pense vrai­ment. Dans sa Poétique de la théo­lo­gie, il s’attache à nous mon­trer que la poé­sie « donne à aper­ce­voir aux autres le cœur du mys­tère », loin de la « parole fonc­tion­nelle et usuelle ». Au point de sou­hai­ter qu’il en soit de même pour une vraie parole théo­lo­gique. Pourquoi ? Parce que, pré­cise-t-il, la poé­sie « fait tou­jours son domi­cile, très hum­ble­ment, dans les inter­stices » ;  parce que c’est une parole au-delà des mots ; parce qu’elle n’est pas la mise en vers d’une théo­rie a prio­ri, mais bien plu­tôt le mise en lumière d’une « expé­rience » (expé­rience d’incarnation).

        Sur ces bases, François Cassingena-Trévedy prend ses dis­tances avec une théo­lo­gie spé­cu­la­tive basée sur le concept  pour pri­vi­lé­gier une théo­lo­gie qui fonc­tionne à par­tir du « sym­bole » et dont le vec­teur prin­ci­pal devrait être, selon lui, la « para­bole ». Afin de mieux appro­cher le mys­tère, il pré­co­nise en outre l’utilisation du « frag­ment ».

     « Symbole », « frag­ment » : autant de termes que l’on retrouve effec­ti­ve­ment dans une cer­taine pra­tique poé­tique. « Le poète pos­sède l’art d’exhiber le rien ou le presque rien, de l’enluminer », estime François Cassingena-Trévedy. Il pri­vi­lé­gie aus­si « l’ascèse », « la per­cus­sion », « la per­ti­nence ». Avec, tou­jours, un impé­ra­tif : l’urgence et la néces­si­té. L’auteur cite à ce pro­pos Rilke dans une de ses Lettres à un jeune poète (« une œuvre d’art est bonne si elle est née d’une néces­si­té »).

    Pour François Cassingena-Trévedy, la théo­lo­gie a donc, incon­tes­ta­ble­ment, besoin de renouer avec l’expérience poé­tique. Renouer ? Oui, parce qu’il y a des modèles et des expé­riences anté­rieuses dont celles de saint Jean l’évangéliste, des Pères de l’Eglise (*), de Jean de la Croix, et, plus près de nous, de Teilhard de Chardin. Tous de vrais théo­lo­giens-poètes.

 

(*) L’auteur cite en par­ti­cu­lier, à plu­sieurs reprise, Ephrem le Syriaque (dont il est un des grands spé­cia­listes). « La théo­lo­gie d’Ephrem est exem­plaire », écrit-il. « Les sym­boles n’en forment pas sim­ple­ment le tis­su, ils en sont l’âme et le res­sort, emprun­tés pour la plu­part au monde natu­rel : le soleil, le feu, la braise, l’arbre, la fleur, le fruit, la grappe, la terre vierge, la source, la rosée, la pierre, la mer, le port, le pois­son, l’oiseau, le levain, le sel, la chambre nup­tiale, la cou­ronne, le miroir, le sceau, la cithare. Encore ce cata­logue est-il loin d’être exhaus­tif. Parmi les sym­boles les plus fameux de l’univers poé­tique d’Ephrem, il convient bien sûr de ran­ger la perle, qui semble réca­pi­tu­ler tous les autres dans une vision pro­fon­dé­ment chris­to­lo­gique, et aux­quels sont  consa­crées les Hymnes sur la foi ».

                                                                                                       

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