Etty Hillesum et Rainer Maria Rilke

Par |2020-03-06T09:18:51+01:00 6 mars 2020|Catégories : Critiques, Etty Hillesum|

Jeune juive hol­landaise, Etty Hille­sum est morte en dépor­ta­tion à Auschwitz le 30 novem­bre 1943 à l’âge de 29 ans. Elle est l’auteure de car­nets et de let­tres dont un flo­rilège est réu­ni dans un ouvrage qui met en valeur l’influence exer­cée sur elle par l’œuvre de Rain­er Maria Rilke.

Le des­tin par­ti­c­uli­er d’Etty Hille­sum n’en finit pas de sus­citer analy­ses et com­men­taires. Voilà une jeune femme qui, deux ans après l’invasion de son pays par les nazis en mai 1940, se met – à ses risques et périls —  au ser­vice des per­son­nes placées au camp de tran­sit de West­er­bork. Quand elle-même sera déportée, elle emportera dans son sac à dos la Bible, un dic­tio­n­naire russe (sa mère avait fui les pogroms russ­es en 1907) mais aus­si  Le livre d’heures de Rain­er Maria Rilke.

En présen­tant et en choi­sis­sant des extraits de ses écrits (288 frag­ments au total), Gérard Pfis­ter note que « c’est cette qual­ité d’attention au monde extérieur comme au monde intérieur, c’est cette grav­ité qu’Etty a appris­es de Rilke et inté­gré à sa manière d’être ». Il ajoute : « chez Rilke, Etty a appris l’acceptation du monde tel qu’il vient et la capac­ité de le voir vrai­ment, en ce qu’il a tou­jours de « beau » et de ter­ri­ble ». Ce qui fait égale­ment dire à Gérard Pfis­ter que « bien des atti­tudes d’Etty (…) peu­vent plus aisé­ment trou­ver leur grille de lec­ture dans la vision du monde rilkéenne que dans des influ­ences religieuses, qu’elles soient juives et chrétiennes ».

Ain­si par­lait Etty Hille­sum, Dits et maximes de vie choisis
et traduits du néer­landais par William Eng­lish et Gérard 
Pfis­ter, édi­tion bilingue, Arfuyen, 180 pages, 14 euros.

On com­prend mieux  que la jeune Etty, au plus pro­fond de cette détresse qu’elle côtoie au camp de tran­sit, ait pu ressen­tir l’œuvre de Rilke comme un phare dans la nuit, comme une étoile qui vous guide vers d’autres hori­zons. « Et de quoi,écrit-elle,  peut-on bien par­ler quand on se retrou­ve avec tant de soucis et de respon­s­abil­ités sur quelques mètres car­rés de lande gril­lagée dans la plus pau­vre des provinces de Hol­lande ? De Rain­er Maria Rilke, bien sûr ! ». Etty voit en Rilke « une ten­dresse qui s’enracine dans un ter­reau orig­inel  de force et de rigueur vis-à-vis de soi-même ». Elle veut lire Rilke « tout entier », « l’intégrer » en elle, s’en « dépouiller » puis vivre de sa « pro­pre substance ».

Il y a dans ce livre de pen­sées, médi­ta­tions, réflex­ions, bien d’autres con­sid­éra­tions de sa part sur la vie et le monde : la néces­saire éman­ci­pa­tion de la femmes (« peut-être la femme n’est-elle pas encore née en tant qu’être humain »), le refus de l’esprit de sys­tème, l’importance de la poésie (« un vers de poésie est une réal­ité de même grandeur qu’un tick­et de fro­mage ou des engelures »), l’art d’économiser ses mots (« que chaque mot soit une néces­sité »), une nou­velle approche de Dieu (« une chose m’apparaît de plus en plus clair : ce n’est pas toi qui peux nous aider, mais nous qui devons t’aider »)…

Etty Hille­sum ren­verse les per­spec­tives. Ses pen­sées sont plus que jamais à méditer en ces temps de chaos. « Toutes les cat­a­stro­phes procè­dent de nous-mêmes », esti­mait la jeune femme.

Présentation de l’auteur

Etty Hillesum

Esther « Etty » Hille­sum, née le 15 jan­vi­er 1914 à Mid­del­bourg, aux Pays-Bas et morte le 30 novem­bre 1943 au camp de con­cen­tra­tion d’Auschwitz, est une jeune femme  mys­tique con­nue car elle a con­nue pour avoir tenu son jour­nal intime (1941–1942) et écrit des let­tres (1942–1943) depuis le camp de tran­sit de West­er­bork pen­dant la Sec­onde Guerre mondiale.

Bib­li­ogra­phie (sup­primer si inutile)

Poèmes choi­sis

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Pierre Tanguy

Pierre Tan­guy est orig­i­naire de Lesn­even dans le Nord-Fin­istère. Ecrivain et jour­nal­iste, il partage sa vie entre Quim­per et Rennes. En 2012, il a obtenu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poésie attribué par l’Académie lit­téraire de Bre­tagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été pub­liés aux édi­tions ren­nais­es La Part com­mune. Citons notam­ment “Haïku du chemin en Bre­tagne intérieure” (2002, réédi­tion 2008), “Let­tre à une moni­ale” (2005), “Que la terre te soit légère” (2008), “Fou de Marie” (2009). Dernière paru­tion : “Les heures lentes” (2012), Silence hôpi­tal, Edi­tions La Part com­mune (2017).

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