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Pierre Dhainaut, Transferts de souffles

Par |2019-12-21T19:12:40+01:00 20 décembre 2019|Catégories : Critiques, Pierre Dhainaut|

C’est une véri­table antho­lo­gie de ses pre­miers recueils, de « Bulletin d’enneigement » à « Perpétuelle, la bien­ve­nue » qu’offre Pierre Dhainaut … Parfois rema­niés ou fran­che­ment inédits… 

« Mon som­meil est un ver­ger d’embruns » com­mence par un vers  éton­nant, vers éton­nant disais-je car je poin­tais doci­le­ment un syno­nyme, à ce qua­li­fi­ca­tif « per­son­ni­fi­ca­teur ». Il y a quelque chose d’anthropomorphe (strophes de vers iso­lés ou strophes de quelques gra­phèmes)… Ce pre­mier recueil est fait de poèmes épars  : un vers laisse appa­raître le dua­lisme pré­sent, douce et forte, pré­sent absent (pp 27 et 25). Mais on sent l’amour de la femme aimée…

«  Le poème com­men­cé » débute par une prose. Vers et proses sont mêlés ; on  peut oser une hypo­thèse : la prose émet des mots cryp­tés tan­dis que les vers sont char­gés d’explorer le réel. Mais est pré­sente la femme aimée, ce qui incite à pen­ser qu’il s’agit de poèmes d’amour : « je traque une appa­ri­tion : aimer »  (p 37). Le thème de l’enfant est aus­si pré­sent, l’important est de nom­mer les choses : le poème est « cryp­té » et devient des­crip­tif (pp 43 à 52) ; ça se ter­mine par une prose mise entre paren­thèses (impor­tantes, les paren­thèses, p 53 où sont abor­dés les mots jus­te­ment…). 

Pierre Dhainaut, Transferts de souffles, Editions L’Herbe qui tremble, 278 pages, sur com­mande ou en librai­rie, 18 euros. 

Tout est pesé, même les mots rares forment souffle : poèmes d’amour liés ; cela ne va pas sans mys­tère : « Eclat je ne suis qu’une brèche » (p 60 :  ça devient signi­fiant au vers sui­vant) : la femme aimée se confond avec le pay­sage. L’éphémère est la poé­sie !

Dans « Au plus bas mot », Pierre Dhainaut s’interroge dans cette page 115 sur le mot « en cendre à mon approche, un nom, m’entourant » : poé­sie réflexive donc (p 127) et mieux « silence enfin sans fin s’enfle » (p 128) : mots voi­sins aux sons ou aux sono­ri­tés proches ou aux habi­tudes d’une cer­taine époque (avec ses termes cou­pés en deux, p 129), sépa­rés (p 149), trous dans le vers, etc… (p 132 ou 130, p 147), jeux sur les mots (« va /​  geint va /​ cille », p 150)… Mais rien de gra­tuit là-dedans…

Dans « L’âge du temps », le poème est dédié à la nature et l’enfant fait une brève appa­ri­tion (p 171) mais la mort  appa­raît…

Dans « Le retour et le chant », j’apprends de Pierre Dhainaut « C’est à peine aujourd’hui /​ si j’écris encore » (p 205). Ou « L’amour s’ouvre à l’amour, /​ que pour­rais-je ajou­ter ? »  (p 206). Mais qu’est-ce qu’un signe ? (p 211). « Obstinément /​ nous gas­pillons ce que le temps peu à peu nous confie » (p 213).  « Avons-nous  pris racine /​ ou bri­sé nos attaches ? » (p 215). Pierre Dhainaut conti­nue d’interroger le réel… Cette antho­lo­gie est émou­vante, car on assiste à un mur­mure incer­tain !

Dans « Perpétuelle, la bien­ve­nue », aux poèmes inédits, dont j’apprends qu’ils furent écrits « trente-huit ans plus tard » mais publiés dans la pré­sente antho­lo­gie… J’apprends éga­le­ment, grâce à la lec­ture d’Isabelle Lévesque, que, depuis « Bulletin d’enneigement » jusqu’à « Perpétuelle, la bien­ve­nue » , « la ponc­tua­tion a évo­lué, le chant s’est déve­lop­pé : les points d’interrogation se sont raré­fiés (plus que quatre). L’acquiescement, dans son affir­ma­tion, se révèle  conquête à entre­prendre car il reste pos­sible de se heur­ter à la nuit »...

Présentation de l’auteur

Pierre Dhainaut

 

           Pierre Dhainaut est né à Lille en 1935. Avec Jacqueline, ren­con­trée en 1956, il vit à Dunkerque (où s’effectuera toute sa car­rière de pro­fes­seur).

            Après avoir été influen­cé par le sur­réa­lisme (il ren­dit visite à André Breton en 1959), il publie son pre­mier livre, Le Poème com­men­cé (Mercure de France), en 1969.

            Rencontres déter­mi­nantes par­mi ses aînés : Jean Malrieu dont il édi­te­ra et pré­fa­ce­ra l’œuvre, Bernard Noël, Octavio Paz, Jean-Claude Renard et Yves Bonnefoy aux­quels il consa­cre­ra plu­sieurs études.

            Déterminante éga­le­ment, la fré­quen­ta­tion de cer­tains lieux : après les plages de la mer du Nord, le mas­sif de la Chartreuse et l’Aubrac.

            Une antho­lo­gie retrace les dif­fé­rentes étapes de son évo­lu­tion jusqu’au début des années quatre-vingt dix : Dans la lumière inache­vée (Mercure de France, 1996).

            Ont paru ensuite, entre autres : Introduction au large (Arfuyen, 2001), Entrées en échanges (Arfuyen, 2005), Pluriel d’alliance (L’Arrière-Pays, 2005), Levées d’empreintes (Arfuyen, 2008), Sur le vif pro­digue (Éditions des van­neaux, 2008), Plus loin dans l’inachevé (Arfuyen, 2010, Prix de lit­té­ra­ture fran­co­phone Jean Arp) et Vocation de l’esquisse (La Dame d’Onze Heures, 2011). Ces recueils pour la plu­part sont dédiés aux petits-enfants. Plus récem­ment encore : une “auto­bio­gra­phique cri­tique”, La parole qui vient en nos paroles (édi­tions L’Herbe qui tremble, 2013) et Rudiments de lumière (Arfuyen, 2013).

            Il ne sépare jamais de l’écriture des poèmes l’activité cri­tique sous la forme d’articles ou de notes : Au-dehors, le secret (Voix d’encre, 2005) et Dans la main du poème (Écrits du Nord, 2007).

            Nombreuses col­la­bo­ra­tions avec des gra­veurs ou des peintres pour des livres d’artiste ou des manus­crits illus­trés, notam­ment Marie Alloy, Jacques Clauzel, Gregory Masurovsky, Yves Picquet, Isabelle Raviolo, Nicolas Rozier, Jean-Pierre Thomas, Youl…

À consul­ter : la mono­gra­phie de Sabine Dewulf (Présence de la poé­sie, Éditions des van­neaux, 2008) et le numé­ro 45 de la revue Nu(e) pré­pa­ré par Judith Chavanne en 2010.

 

© Crédits pho­tos Maison de la Poésie Jean Joubert.

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Lucien Wasselin

Il a publié une ving­taine de livres (de poé­sie sur­tout) dont la moi­tié en livres d'artistes ou à tirage limi­té. Présent dans plu­sieurs antho­lo­gies, il a été tra­duit en alle­mand et col­la­bore régu­liè­re­ment à plu­sieurs pério­diques. Il est membre du comi­té de rédac­tion de la revue de la Société des Amis de Louis Aragon et Elsa Triolet, Faîtes Entrer L'Infini, dans laquelle il a publié plu­sieurs articles et études consa­crés à Aragon. A signa­ler son livre écrit en col­la­bo­ra­tion avec Marie Léger, Aragon au Pays des Mines (sui­vi de 18 articles retrou­vés d'Aragon), au Temps des Cerises en 2007. Il est aus­si l'auteur d'un Atelier du Poème : Aragon/​La fin et la forme, Recours au Poème édi­teurs.