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Paola Pigani, Indovina

Par |2018-08-15T11:38:20+00:00 1 février 2015|Catégories : Critiques|

 

Indovina semble vou­loir signi­fier devine ou la voyante, selon le contexte : je ne maî­trise pas l'italien. Le mot ici est le titre d'un recueil de poèmes, la poly­sé­mie n'est d'aucun secours. Mais le titre d'un livre de poèmes est tou­jours énig­ma­tique. Alors, il faut faire avec…

    Ce recueil est com­po­sé de deux suites de poèmes : Indovina qui donne son titre à la pla­quette et Ailleurs naît si vite. Dans Indovina, Paola Pigani ne semble pas se pré­oc­cu­per du vers car le poème est "stan­dar­di­sé", il n'est à pre­mière vue qu'une suc­ces­sion de vers libres "stan­dards" de lon­gueur inégale cor­res­pon­dant à des groupes gram­ma­ti­caux. Ce n'est pas sans charme, mais cela manque de rigueur, du moins à mon goût. Cependant cette poé­sie reste très actuelle comme dans La voix des migrants qui dénonce les dérives racistes et sociales de la socié­té contem­po­raine tout en jouant habi­le­ment de l'effet de sur­prise : "Je cherche la bon­té" dit le der­nier vers… D'ailleurs, Paola Pigani explore cette veine en oppo­sant les nota­tions ponc­tuelles comme dans Le cos­tume de Diégo ou d'autres poèmes comme Piazza del Veneto. C'est là que Paola Pigani donne le meilleur d'elle-même et que le poème est le plus construit.

    J'ai pré­fé­ré Ailleurs naît si vite, ensemble de poèmes consa­crés à ces sil­houettes qu'on ne voit plus dans nos villes tant elles sont deve­nues banales bien que tou­jours déran­geantes : je parle de ces immi­grés réduits à men­dier leur pitance. Pas d'angélisme dans mes pro­pos : je sais les maf­fias, les pick­po­ckets du métro, les vols à la tire… Mais je sais aus­si l'enfant qui a faim, la mère qui aime son enfant et les ren­contres impré­vues pré­cieuses par leur richesse… Et c'est cela que je retrouve dans les poèmes de Paola Pigani qui dit les choses avec une grande éco­no­mie de moyens en évi­tant d'apitoyer son lec­teur. Car elle dénonce le sort fait à ces Rroms qu'elle met en évi­dence. Si la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, elle ne manque pas d'élever la bouffe en com­pé­ti­tion et d'être fière de ses grands res­tau­rants aux­quels n'a accès qu'une mino­ri­té fri­quée ! J'arrête d'épancher ma bile car ce tor­rent de fiel ferait un bien piètre texte ! Paola Pigani dit crû­ment ce qu'elle voit dans la ville et soigne la chute de ses poèmes (comme dans Quatre CRS… ou Deux petits gar­çons…, par exemple).

    Sommes-nous encore fiers du temps qui ne coule pas sur nous ? C'est la ques­tion que je me pose à lire la poé­sie de Paola Pigani… Indovina (la devi­ne­resse ?) est un recueil que j'ai appré­cié, mal­gré les réti­cences expri­mées plus haut.

 

 

 

 

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