> Michel Baglin, Dieu se moque des lèche-bottes

Michel Baglin, Dieu se moque des lèche-bottes

Par |2018-08-14T10:27:30+00:00 1 février 2015|Catégories : Critiques|

    Aucun genre lit­té­raire ne laisse indif­fé­rent Michel Balgin : on connais­sait le roman­cier, le nou­vel­liste, le poète, l'essayiste…, avec ce nou­vel opus, Dieu se moque des lèche-bottes, on découvre l'auteur de théâtre puisque ce livre se donne pour une farce théâ­trale.

    Quatre actes, qua­torze scènes… Le dia­logue est enle­vé, l'humour est bien pré­sent, chaque per­son­nage a son par­ler ori­gi­nal mal­gré les noms très géné­raux pour dési­gner quelqu'un en par­ti­cu­lier (le SdF, le ban­quier, la femme, la reli­gieuse) quand il ne s'agit pas d'entités abs­traites comme l'Astropithèque ou la Synthèse…. Mais, face à Dieu, pou­vait-il en être autre­ment ?

    Pas de didas­ca­lies : on sent que Michel Baglin est avant tout  l'homme des mots car il pri­vi­lé­gie le dia­logue à tra­vers lequel il donne vie à ses per­son­nages. Très rapi­de­ment, et je ne veux rien dévoi­ler de l'intrigue, le SdF se révèle être Dieu qui est venu inco­gni­to sur Terre pour étu­dier les résul­tats de sa créa­tion ! Le blas­phème et l'intolérance s'expriment libre­ment, non sans humour. Mais, mine de rien, Michel Baglin remet en cause, tout en les tour­nant en déri­sion, toutes les pres­crip­tions de la reli­gion (une inven­tion des hommes, ins­crite dans l'histoire), les dogmes comme  la réin­car­na­tion ou la mort. Et même le lan­gage qui, avec ses mots, per­met à l'homme de se poser des ques­tions "méta­phy­siques" ; c'est jubi­la­toire.

    Tout passe au crible de la fan­tai­sie de Baglin : le sui­cide, l'euthanasie (on a par­fois l'impression de lire un cata­logue des ques­tions dites "socié­tales" !). Il est sans pitié pour tout ce qui opprime l'homme, ce qui l'amène à faire preuve de tolé­rance à l'égard de celle (la reli­gieuse) qui a béné­fi­cié des lar­gesses du mécréant (voir II, 5 qui est le moment fort de la démons­tra­tion de Michel Baglin). Il fait dire à l'un de ses per­son­nages : "La cha­ri­té est géné­ra­le­ment sur­faite : une manière de payer son salut". Mais voi­là, tout est dans l'adverbe géné­ra­le­ment. Dieu appa­raît comme un per­son­nage sym­pa­thique, l'antipathie s'abattant sur les prêtres et autres fonc­tion­naires des reli­gions.

    Mais il est inutile de résu­mer cette farce. Il suf­fit de dire que Michel Baglin a une vision de poète des choses : n'affirme-t-il pas que "Personne n'est davan­tage en prise avec le monde que les poètes" ?  Il sait faire la dif­fé­rence entre les croyants dignes de res­pect et les croyances qui méritent son ire…

    Le che­min s'invente en mar­chant ; il n'y a pas de solu­tion toute faite. Dieu, ce per­son­nage plu­tôt liber­taire, s'exclame vers la fin de la  farce : "La suite vous appar­tient". Tout est dit.

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