> Ainsi parlait THOREAU…

Ainsi parlait THOREAU…

Par | 2018-04-06T11:35:03+00:00 6 avril 2018|Catégories : Critiques, H.D. Thoreau|

Thierry Gillybœuf com­mence par une intro­duc­tion inti­tu­lée Un liber­taire à Harvard College (une ving­taine de pages) dans laquelle il oppose les deux qua­li­fi­ca­tifs liber­taire et anar­chiste : Thoreau serait plus liber­taire qu’anarchiste… Sans doute H. D. Thoreau peut-il être consi­dé­ré comme l’ancêtre des éco­lo­gistes contem­po­rains mais à la condi­tion de bien voir ce qui le dif­fé­ren­cie de ces der­niers à savoir, que pour tout pro­blème moral, l’individu ne doit se réfé­rer qu’à sa conscience : l’individualisme n’est pas loin…

Si Thoreau est anti-col­lec­ti­viste, on peut cepen­dant s’interroger sur le rôle de la socié­té dans la for­ma­tion de la conscience dans un citoyen. Et en tout état de cause, Thoreau appelle à la déso­béis­sance civile ; mais il faut y aller voir de plus près car c’est la notion même de pro­grès que Thoreau remet en cause : c’est ce à quoi Thierry Gillybœuf invite le lec­teur de ce flo­ri­lège…

Il y a à boire et à man­ger dans le choix de cita­tions qu’opère Thierry Gillybœuf ; c’est la notion même de socié­té et de sys­tème juri­dique qu’attaque H. D. Thoreau : « … les menus lar­cins et autres délits sont pla­cés au même niveau que  le meurtre, le cam­brio­lage et le reste, la loi semble vouée à l’échec la fina­li­té qu’elle vise ». (p. 25). Ne croi­rait-on pas entendre une cri­tique de la socié­té contem­po­raine et de ses excès, de la pré­fé­rence qu’elle accorde aux nan­tis et aux puis­sants ? Il est tou­jours dif­fi­cile de juger de la valeur d’une œuvre par des choix iso­lés de leur contexte. Mais peut-on lire tout Thoreau ? Personnellement, je me méfie de son adhé­sion au trans­cen­dan­ta­lisme mais j’adhère à sa com­mu­nion avec la nature, rela­ti­ve­ment… J’apprécie cepen­dant le fait qu’il se soit alié­né le XIXe siècle qu’il juge posi­ti­viste et scien­tiste…

 

Par contre, par­mi les points posi­tifs que je relève dans sa pen­sée : sur la divi­sion du tra­vail et  la place du poète (p. 107), sur le rôle du gou­ver­ne­ment (p. 115), sur l’injustice (p. 119), sur ce que le citoyen doit attendre de l’état (p. 121). Etc… Mais je trouve que la maxime de la page 129 (3e posi­tion) [« L’indigence d’une classe contre­ba­lance le luxe d’une autre » ] est un peu vite expé­diée… 

Sans doute y a-t-il trop d’âme pour que cette œuvre puisse être lisible aujourd’hui… Je reste donc sur une posi­tion miti­gée à la lec­ture de ce choix de maximes  de vie mais peut-être devais-je lire Thoreau in exten­so ?

Ainsi parlait H.D. Thoreau, Dits et maximes de vie choisis et traduits de l’américain par Thierry Gillybœuf, édition bilingue. Éditions Arfuyen, 184 pages, 14 euros.

Ainsi par­lait H.D. Thoreau, Dits et maximes de vie choi­sis et tra­duits de l’américain par Thierry Gillybœuf, édi­tion bilingue. Éditions Arfuyen, 184 pages, 14 euros. En librai­rie.

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Lucien Wasselin

Il a publié une ving­taine de livres (de poé­sie sur­tout) dont la moi­tié en livres d’artistes ou à tirage limi­té. Présent dans plu­sieurs antho­lo­gies, il a été tra­duit en alle­mand et col­la­bore régu­liè­re­ment à plu­sieurs pério­diques. Il est membre du comi­té de rédac­tion de la revue de la Société des Amis de Louis Aragon et Elsa Triolet, Faîtes Entrer L’Infini, dans laquelle il a publié plu­sieurs articles et études consa­crés à Aragon.

A signa­ler son livre écrit en col­la­bo­ra­tion avec Marie Léger, Aragon au Pays des Mines (sui­vi de 18 articles retrou­vés d’Aragon), au Temps des Cerises en 2007.
Il est aus­si l’auteur d’un Atelier du Poème : Aragon/​La fin et la forme, Recours au Poème édi­teurs.