> Jeanpyer Poëls, Le sort est en jeu

Jeanpyer Poëls, Le sort est en jeu

Par |2018-08-20T14:35:28+00:00 14 juin 2015|Catégories : Critiques|

 

Cette pla­quette de Jeanpyer Poëls est com­po­sée de quinze poèmes ou, mieux, de quinze bribes  de 10  à 22 syl­labes dont quatre  sont des alexan­drins (mais est-il per­ti­nent de par­ler d'alexandrins ?).  Car l'ensemble donne plu­tôt l'impression d'un poème en prose fait de bribes iso­lées tenant sur une page. Cette pla­quette (et l'éditeur ne publie que de tels minces livrets qu'il dif­fuse comme une revue et Jeanpyer Poëls est un habi­tué de la col­lec­tion à ma connais­sance)  en dit long sur la varié­té et la viva­ci­té de l'édition de poé­sie en même temps que sur sa  grande misère et sur l'écriture poé­tique. Sur sa grande misère : la poé­sie est deve­nue por­tion congrue au cata­logue des grands édi­teurs indus­triels c'est-à-dire contrô­lés par la finance. Sur l'écriture poé­tique : la prose n'est plus consi­dé­rée comme secon­daire en même temps que le vers serait en crise.

    S'il n'y a pas grand-chose à dire sur la misère de la poé­sie sauf que les médiocres (mar­ke­ting oblige) triomphent dans le domaine du livre, il est loi­sible de s'interroger sur les formes que prend la poé­sie. Toutes les expé­riences sont per­mises, cer­taines sans len­de­main, d'autres pro­met­teuses. Jeanpyer Poëls illustre une poé­sie ellip­tique, res­ser­rée sur elle-même. Il est loin le temps où Jeanpyer Poëls édi­tait une revue de poé­sie agra­fée inti­tu­lée Action Nord (on était en 1965-66 et il habi­tait Lens…). On peut lire dans les numé­ros que j'ai dans ma biblio­thèque (le n° 1, Hommage à l'ouvrier, le n° 2, Vive Paul Éluard) des poèmes au lyrisme flam­boyant (Hommage à l'ouvrier) ou tour­men­té (Ode qu'il fau­dra mul­ti­plier)…  Ce qui carac­té­rise ces poèmes, c'est leur rela­tive lon­gueur alors que depuis quelque temps, Jeanpyer Poëls a habi­tué son lec­teur à de minces pla­quettes où le poème dis­pa­raît pour lais­ser place à de brèves nota­tions qui peuvent res­sem­bler à des vers plus ou moins longs…

    Le sort est en jeu semble avoir été écrit lors d'une hos­pi­ta­li­sa­tion (?), à l'un de ces moments où la fin paraît proche. On y retrouve la même obs­cu­ri­té lumi­neuse que dans les pre­miers poèmes… Jeanpyer Poëls est un poète dis­cret qu'il faut lire.

Lucien Wasselin a publié Aragon/​La fin et la forme chez Recours au Poème édi­teurs

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