> INUITS DANS LA JUNGLE n° 6

INUITS DANS LA JUNGLE n° 6

Par |2018-08-14T10:28:02+00:00 21 septembre 2015|Catégories : Revue des revues|

Cette revue, comme son titre l'indique, suc­cède à Jungle la revue diri­gée par Jean-Yves Reuzeau et à In'Hui que diri­geait Jacques Darras… D'ailleurs la pré­sence de ces deux revuistes au comi­té de rédac­tion d'Inuits dans la jungle le prouve. Mais c'est plus à Action Poétique, la défunte revue ani­mée par Henri Deluy, qui s'est arrê­tée en 2012 après plus de soixante années de paru­tion, que fait pen­ser cette livrai­son… En effet, le dos­sier "10 poètes néer­lan­dais autour de Martinus Nijhoff" qui ouvre ce n° 6 n'est pas sans rap­pe­ler l'intérêt que por­ta Action Poétique à cette poé­sie. Dans le n° 200 (juin 2010) de cette der­nière revue, Daniel Cunin signe un article inti­tu­lé Action Poétique et la poé­sie néer­lan­daise  (pp 131-136), il s' y livre à un inven­taire pré­cis de l'apparition de 1954 à 2009 des tra­duc­tions de poètes bataves, il y recense plus d'une dizaine d'occurrences de 1954 avec les Poètes néer­lan­dais à 2009 avec Six poètes néer­lan­do­phones en pas­sant par 1983 avec les poètes de Cobra… À quoi il convient d'ajouter la venue en 2009 de plu­sieurs poètes d'expression néer­lan­daise à la Biennale Internationale des Poètes en Val-de-Marne que dirige alors Henri Deluy et la paru­tion en 2011 de Résistent (tra­duit par le même Deluy) de Saskia de Jong aux édi­tions Action Poétique et celle, la même année, de l'anthologie Poètes néer­lan­dais de la moder­ni­té (1880-2010) qu'il coor­donne, au Temps des Cerises. Inuits dans la jungle prend aujourd'hui le relais en s'intéressant à d'autres poètes : diver­si­té des voix même si c'est Daniel Cunin qui en tra­duit la plu­part…     

Cette livrai­son se pré­sente comme une antho­lo­gie, essen­tiel­le­ment, de poètes étran­gers : aux dix poètes des Pays-Bas, il faut ajou­ter un Suédois, deux Latino-amé­ri­cains (nés en Argentine) et deux Grecs… Et il faut attendre le cahier de créa­tion pour décou­vrir deux jeunes poètes fran­çais, Laure Delaunay et Nicolas Rozier ! Pas d'articles, pas de chro­niques, pas de notes de lec­ture : Inuits dans la jungle est une revue sin­gu­lière… Le par­ti-pris d'accorder un espace consé­quent aux poètes pré­sents est une autre carac­té­ris­tique de cette publi­ca­tion qui évite ain­si le tra­vers du cata­logue. Le lec­teur peut décou­vrir cette grosse quin­zaine de voix dans leurs nuances, leur sub­ti­li­té et leur ori­gi­na­li­té. Reste l'intérêt pour les poé­sies étran­gères qui répond à un prin­cipe de départ de la revue : s'ouvrir prio­ri­tai­re­ment aux  poé­sies euro­péennes contem­po­raines, sans dis­tinc­tion de genre ni d'écoles. On peut alors s'interroger sur la pré­sence des deux Argentins, Jorge Boccanera et Alberto Szpunberg… Il est vrai que les Argentins sont des des­cen­dants d'Européens pour cer­tains, la colo­ni­sa­tion et les indé­pen­dances étant pas­sées par là… Mais les deux ont connu l'exil, à cause des aléas de l'Histoire. Ceci explique peut-être ces vers du pre­mier "et Luisa /​ crou­pit dans une cel­lule de deux mètres sur un" et c'est peut-être le sens de la ren­contre dans ces vers du second : "Il y a un café où un homme et une femme /​ cherchent, cepen­dant, /​ le vrai sens de la ren­contre". Il est vrai qu'Inuits dans la jungle a tou­jours pri­vi­lé­gié des poé­sies euro­péennes (espa­gnole, alle­mande, ita­lienne…) mais pas exclu­si­ve­ment puisque qu'on trouve dans les  anciens numé­ros des poètes chi­nois ou mexi­cains ain­si qu'une grande atten­tion, entre autres, à Laurence Ferlinghetti ou Allen Ginsberg… Peut-être aura-t-on, un jour, le plai­sir et la sur­prise de lire des poé­sies inouïes comme celle, par exemple, des griots afri­cains ou celle des inuits tra­di­tion­nels ?

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