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Facéties de Pierre Puttemans

Par | 2018-05-21T20:31:16+00:00 4 novembre 2013|Catégories : Blog|

Pierre Puttemans est décé­dé le 16 août 2013 à Bruxelles. Il fut archi­tecte et poète. On le classe habi­tuel­le­ment par­mi les poètes post-sur­réa­listes. C'est fin août der­nier, quelques jours après sa mort, que j'ai reçu facé­ties, qui date selon l'achevé d'imprimer de mai 2013. C'est donc le der­nier recueil publié de son vivant. Ce qui mérite une atten­tion par­ti­cu­lière…

    facé­ties est com­po­sé de deux par­ties : la pre­mière, sans titre, et la seconde inti­tu­lée Poèmes de cir­cons­tances, dédi­caces muettes et illus­tra­tions, poèmes qui sont en fait des proses, sauf le der­nier qui est écrit en octo­syl­labes rimés sur le son [u] et qui ren­voie iro­ni­que­ment au titre du recueil… L'ensemble fait pen­ser aux fatra­sies médié­vales même si le son ne joue qu'un rôle secon­daire dans ces textes, vers et proses mêlés. Fatrasies sur­réa­listes ? Dans la pre­mière par­tie, Pierre Puttemans donne l'impression d'illustrer, de manière per­son­nelle, quelques pro­cé­dés sur­réa­listes. Ses Dictons et pen­sées sans suite rap­pellent les 152 pro­verbes mis au goût du jour par Paul Éluard et Benjamin Péret en 1925. Un humour déca­pant en sup­plé­ment, peut-être. L'humour semble être d'ailleurs la ligne de conduite de Pierre Puttemans, un humour qui se décline sous toutes les cou­leurs : son Petit pas­tiche, très court, est un modèle du genre. Ses  proses ont sou­vent l'allure de rêves mis en mots, ces rêves que les poètes sur­réa­listes de la grande époque avaient l'habitude de revi­si­ter dans leur quête de l'inconscient. L'heure d'hiver est exem­plaire : accu­mu­la­tion arti­fi­cielle de phrases sans rap­ports de sens les unes par rap­port aux autres, phrases sèches qui se suf­fisent à elles-mêmes, alli­té­ra­tions gra­tuites (comme "Ce n'est pas cette fois-ci que la rou­lette ruse­ra"). Ces proses sont sou­vent datées, dont une, signi­fi­ca­ti­ve­ment, Nuit du 17 au 18.12.12… L'amour des mots qu'on devine chez Puttemans va jusqu'au calem­bour et je ne résiste pas au plai­sir de citer celui-ci : "les œufs du fat ber­ger".

    La seconde par­tie est plus ardue, plus construite et moins en rap­port avec le sur­réa­lisme tra­di­tion­nel. Au-delà de ses textes auto­ma­tiques, sa prose inti­tu­lée Hommages introu­vables mêle éru­di­tion et humour, elle appren­dra cer­tai­ne­ment à nombre de lec­teurs qu'un poète fran­çais, Alcanter de Brahm (alias Marcel Bernhardt) inven­ta un nou­veau signe de ponc­tua­tion, le point d'ironie, à la fin du XIXème siècle et que ce point d'ironie n'eut guère de suc­cès. Et Puttemans de ter­mi­ner qua­si­ment sa prose par cette inter­ro­ga­tion : "Aimez-vous Brahm ?"  (sans com­men­taire !). Ses proses sur des images posent pro­blème au lec­teur inculte que je suis : qui sont Yves Auquier, Georges Vercheval, Anna Secchi, Bernard Puttemans ? On aurait aimé voir ces images qui sont à l'origine des textes de Pierre Puttemans… Comme on aurait aimé voir, quelques pages plus loin, une repro­duc­tion du tableau d'Antonello da Messine, Saint Jérôme au tra­vail, pour mieux appré­cier (le lec­teur est pres­sé) ce que dit Puttemans… Il en va pra­ti­que­ment de même avec les Dix pen­sées pour tra­ver­ser les mers : ces textes ne sont pas des comptes-ren­dus de rêves, mais des adresses à quelques-uns (explo­ra­teurs, savants, écri­vains…) dont cer­tains peuvent être incon­nus du lec­teur, ce qui ne faci­lite pas la lec­ture. Par ailleurs, si Pierre Puttemans emmène ce der­nier là où il ne s'attendait pas à se retrou­ver, il égare ses lec­teurs par des proses éru­dites émaillées de réfé­rences dont les plus nom­breuses ne parlent guère à ces lec­teurs. Du sens se perd, sauf à prendre son ency­clo­pé­die ! Un lexique aurait été néces­saire. Mais il est vrai que la lec­ture n'est pas affaire de pares­seux…

    Reste un recueil qui fait décou­vrir un uni­vers sur­pre­nant.  Surprenant par les ouver­tures qu'il pro­pose sur la vie, par  les points de vue à l'opposé du consen­sus ambiant, par les aspects de l'écriture. Et c'est jus­te­ment ce que je demande à la poé­sie : de la sur­prise.

 

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