Le poème va pieds nus est sans doute le recueil le plus émou­vant d’Ho­ria Bade­s­cu car c’est une leçon de mod­estie, d’ac­cep­ta­tion du monde sans révoltes inutiles et de la fin inéluctable. Un poème dont voici les pre­miers vers résume admirable­ment la posi­tion de l’au­teur : “D’un autre­fois / qui avant de devenir / ce qu’il n’est plus / avait été un présent”. Mais ce n’est pas pure pas­siv­ité ; un poème inti­t­ulé “Art poé­tique” exprime par­faite­ment sa philoso­phie : “Écrire sur une feuille / Le doigt trem­pé dans la rosée, / comme tu embrasserais / le ven­tre de ta femme / avant qu’elle enfante”. Car la vie ‑si on en con­naît la fin- est avant tout trans­mis­sion. Ce qui passe par une vive con­science de la petitesse de l’homme dans l’u­nivers : “trop froids / pour brûler, / trop petits / pour éclair­er.” (in “La leçon d’as­tronomie”). La poésie dès lors devient “bougie au tré­fonds du noir” qui emporte le poète… J’ig­nore si les mots savent qui ou quoi ils sont (p. 30) mais les poèmes de Bade­s­cu me par­lent qui vont à la recherche de la mémoire du silence.

Horia Bade­s­cu, Le Poème va pieds nus,
L’Ar­bre à paroles édi­teur, 80 pages, 10 €. 

Au-delà du religieux dont je n’ai que faire, qui m’in­dif­fère (faut-il le rap­pel­er ?), ce qui retient mon atten­tion, c’est “le poème / qui com­mence à par­ler” (p 35). Poèmes plutôt répéti­tifs : est-ce la rési­dence qui veut ça ? On a l’im­pres­sion d’un exer­ci­ce imposé surtout que Horia Bade­s­cu dit dans un poème, en ter­mes élo­gieux, tout le bien qu’il pense de la Wal­lonie (p 70) …

mm

Lucien Wasselin

Il a pub­lié une ving­taine de livres (de poésie surtout) dont la moitié en livres d’artistes ou à tirage lim­ité. Présent dans plusieurs antholo­gies, il a été traduit en alle­mand et col­la­bore régulière­ment à plusieurs péri­odiques. Il est mem­bre du comité de rédac­tion de la revue de la Société des Amis de Louis Aragon et Elsa Tri­o­let, Faîtes Entr­er L’In­fi­ni, dans laque­lle il a pub­lié plusieurs arti­cles et études con­sacrés à Aragon. A sig­naler son livre écrit en col­lab­o­ra­tion avec Marie Léger, Aragon au Pays des Mines (suivi de 18 arti­cles retrou­vés d’Aragon), au Temps des Ceris­es en 2007. Il est aus­si l’au­teur d’un Ate­lier du Poème : Aragon/La fin et la forme, Recours au Poème éditeurs.