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Phoenix n°18

Par | 2018-05-22T19:59:04+00:00 3 novembre 2015|Catégories : Revue des revues|

 

La revue Phœnix existe depuis 2011 et en est à son numé­ro 18. Elle publie chaque fin d'année un recueil dis­tin­gué par le prix Léon-Paul Gros et le reste de l'année (soit trois livrai­sons par an) une revue au sens tra­di­tion­nel du terme qui s'ouvre tou­jours par un dos­sier consa­cré à un poète qui mobi­lise divers contri­bu­teurs. Cette fois-ci, c'est Georges Drano qui y a droit…

Le dos­sier Drano, coor­don­né par André Ughetto (le rédac­teur en chef de la revue) réunit une intro­duc­tion à ce dos­sier, trois suites de poèmes inédits de Georges Drano, un entre­tien de ce der­nier avec Daniel Leuwers (l'animateur du Livre pauvre) et, outre un texte curieux (mi-ana­lyse, mi-cen­ton) de Nicole Drano-Stamberg quatre contri­bu­tions d'auteurs dif­fé­rents…. Dans les poèmes inédits (deux des trois suites sont dédiées à Nikou, l'épouse, Nicole Drano-Stamberg aus­si poète) on recon­naît ce ton si par­ti­cu­lier qui est celui de Georges Drano : atten­tion aux choses les plus humbles (sou­vent du pay­sage), vive conscience de la pré­sence au monde, amour et inté­rêt de tous les ins­tants pour celle qui vit à ses côtés… Dans l'entretien qu'il accorde à Daniel Leuwers, on peut rete­nir son goût pour la den­si­té de la parole poé­tique, pour l'élémentaire et ces mots « Le poème tente de fixer l'éphémère, ce qui s'éloigne ou dis­pa­raît, c'est un édi­fice fra­gile où s'affrontent le dicible et l'indicible ». Ainsi que ces autres qui en disent long sur la situa­tion de l'édition de poé­sie : « Le poème est sans cesse mena­cé d'absence, s'il ne ren­contre per­sonne, s'il n'a aucun écho ». On se prend à rêver à ces pays où un recueil de poèmes était épui­sé dans les dix jours qui sui­vaient sa paru­tion ! Autres temps, autres mœurs ! Au total, c'est un dos­sier qui pré­sente bien Drano, un dos­sier auquel le lec­teur curieux se réfé­re­ra maintes fois…

Suivent ensuite les par­ties tra­di­tion­nelles d'une revue : une sec­tion antho­lo­gique (ici joli­ment appe­lée « Partage des voix », une courte étude (mais très éclai­rante) de Philippe Biget sur L'Image per­tur­bée du père (chez Baudelaire et Alain Borne), une ving­taine de pages consa­crées au poète sué­dois Bengt Emil Johnson (pré­sen­ta­tion et choix de poèmes en sué­dois et en tra­duc­tion fran­çaise), des Sporades qui réunissent quatre écri­vains étran­gers l'un à l'autre en un archi­pel lit­té­raire et les rubriques qu'on trouve com­mu­né­ment dans une revue (expo­si­tions, théâtre, poé­sie, roman, essai). 

La par­tie antho­lo­gique a rete­nu par­ti­cu­liè­re­ment mon atten­tion. S'il est dif­fi­cile pour le lec­teur de juger de la per­ti­nence d'une démarche au tra­vers de quelques poèmes, je me suis cepen­dant inté­res­sé aux poèmes de Matthieu Baumier : ils s'interrogent sur l'origine du monde (éter­nelle ques­tion). Si l'on peut ne pas par­ta­ger toutes les réponses qu'on devine dans ces vers (mais qui sont légi­times) on sera sen­sible au voca­bu­laire rare et au rythme du poème mais sur­tout au rôle assi­gné au poème que je par­tage tota­le­ment. Si Maryline Bertoncini s'interroge, elle, sur l'origine du lan­gage (ce qui est nor­mal même si le poème reste très méta­pho­rique et n'entre pas dans les détails de la com­plexi­té de la matière qui per­met jus­te­ment le lan­gage et la pen­sée), j'ai beau­coup aimé son poème Souvenirs de la mai­son désaf­fec­tée qui dit bien le temps qui passe, notre tra­gé­die à tous, sur un ton sin­gu­lier voire char­nel, mais en tout cas atten­tif aux choses les plus humbles (comme ici la san­dale). Et j'ai été pris par Répondre de Murièle Camac… Mais sur­tout ce qui retien­dra l'attention du lec­teur, c'est l'aspect éclec­tique de ce choix d'une dou­zaine de poètes qu'il faut lire atten­ti­ve­ment… et qui per­met d'avoir une vision élar­gie de la pro­duc­tion poé­tique actuelle qui reste très ouverte…

 

 

 

 

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