> La chemise de Pétrarque de Mathieu Bénézet

La chemise de Pétrarque de Mathieu Bénézet

Par |2018-08-21T00:55:19+00:00 12 août 2013|Catégories : Blog|

À quoi sert une qua­trième de cou­ver­ture ? La paru­tion récente, chez Obsidiane, de La Chemise de Pétrarque de Mathieu Bénézet est l'occasion (une nou­velle fois ?) de s'interroger avec ce poème qui conti­nue le recueil sur cette qua­trième de cou­ver­ture. Le lec­teur curieux qui découvre Mathieu Bénézet dans une librai­rie et qui feuillette le livre n'y décou­vri­ra aucune aide. Alors que sur le site de l'éditeur on peut lire cette pré­sen­ta­tion éclai­rante : « La Chemise de Pétrarque est un polyp­tyque où se mêlent plu­sieurs niveaux d'écriture pro­so­dique. Placé sous le signe de Pétrarque ("Perfectionnant l'ordre et la rup­ture des images car il cher­chait uni­que­ment à éloi­gner /​ toutes les afflic­tions…"), ce nou­veau recueil de Bénézet montre l'étendue des registres de son art poé­tique – lequel se sin­gu­la­rise par une recherche for­melle constante qui puise tou­jours aux sources his­to­riques (son­nets, élé­gies…) de la poé­sie dont il veut revi­vi­fier les acquis en les « actua­li­sant » de sa main ! "Langue de l'amour" qui est l'amour de la langue, ain­si qu'il le déclare aux pre­mières pages de ce livre ». Ces lignes auraient pu figu­rer uti­le­ment sur la cou­ver­ture. Mais sans doute l'auteur (?) en a-t-il déci­dé autre­ment…

 

    Polyptyque ? Sans doute la construc­tion du recueil avec ses suites très dif­fé­rentes quant à la forme donne-t-elle cette impres­sion qui cor­res­pond à la réa­li­té de l'écriture même si le ton, dans l'ensemble, reste d'un lyrisme très sin­gu­lier. Un lyrisme bri­sé par les par­ti­cu­la­ri­tés de l'écriture de Bénézet : un mot incon­gru ou pro­saïque dans le vers, un chiffre, un signe de ponc­tua­tion inat­ten­du ou pla­cé en dépit des règles typo­gra­phiques usuelles (la vir­gule en début de vers par exemple) viennent cas­ser ou contra­rier le chant. Peut-être tout cela est-il conden­sé, plus visible dans Ent'racte où se mêlent prose et vers, absence et pré­sence de la ponc­tua­tion, termes ordi­naires emprun­tés à des registres de langue non poé­tique, réfé­rences à l'histoire ou à la pein­ture… Tout concourt à pro­po­ser un lan­gage poé­tique nou­veau, inouï. L'impression de mon­tage, de col­lage se fait forte mais l'ensemble trouve sa cohé­rence, son uni­té dans la tona­li­té. Et ce n'est pas un hasard si Bénézet fait allu­sion à maintes reprises à la voix… Le risque alors assu­mé par Mathieu Bénézet est la déro­bade inces­sante du sens (nous avons tous sou­ve­nir de ces poèmes abs­cons ou de ces dis­cours théo­riques qui obs­cur­cis­saient l'objet qu'ils pré­ten­daient éclai­rer). Mais il faut bien recon­naître l'originalité et la sin­cé­ri­té de la voix qui tra­verse les pages de La Chemise de Pétrarque.

    Il faut enfin signa­ler les dates par les­quelles s'achève le recueil : 1976-2012, sans que l'on sache si elles s'appliquent exclu­si­ve­ment au der­nier poème, Coda, ou à l'ensemble du livre. La période couvre qua­si­ment la vie d'écriture de Bénézet (si l'on oublie que son pre­mier livre de poé­sie date de 1968). On a donc le sen­ti­ment, main­te­nant que Mathieu Bénézet vient de mou­rir des suites d'un can­cer (il pré­voyait donc sa fin…), que La Chemise de Pétrarque consti­tue une sorte de tes­ta­ment. Mais ce n'est qu'une hypo­thèse qui reste à véri­fier : une approche géné­tique de ce texte que forme l'ensemble, aus­si dif­fi­cile soit-elle, est néces­saire… Plus modes­te­ment ici, il ne s'agit que d'une  impres­sion de lec­ture, avec tous les risques d'erreur que cela com­porte.

 

X