> A contre-muraille, de Carole Carcillo Mesrobian

A contre-muraille, de Carole Carcillo Mesrobian

Par | 2018-02-25T12:22:51+00:00 25 mai 2014|Catégories : Blog|

Avez-vous déjà éprou­vé l'impression d'avoir plus ou moins bien lu un livre de poé­sie ? Pour ne pas dire l'avoir mal lu… Vous est-il déjà, arri­vé que l'insatisfaction (ou le hasard) vous amène à le reprendre pour le relire, afin de tra­quer je ne sais quel sens qui s'échappe sans cesse ? On a beau pen­ser à Rimbaud qui, à pro­pos d'Une sai­son en enfer, à une ques­tion de sa mère, répon­dait : "Ça veut dire ce que ça dit, lit­té­ra­le­ment et dans tous les sens". Mais on se heurte tou­jours au même mur… Reste alors à rele­ver les mots pour se rendre compte que c'est à une explo­ra­tion de l'existence que se livre Carole Mesrobian, une explo­ra­tion où la mort, la fosse, l'enfermement coexistent (ou riva­lisent) avec la vie, la dou­ceur, la lumière… Cette coexis­tence se tra­duit par une jux­ta­po­si­tion des mots : cavernes, planche, vide, antre, urne… d'une part et incan­des­cence, matins, duvet, sève… d'autre part. Mais il y a aus­si un voca­bu­laire plus intel­lec­tuel avec des termes comme apo­rie, rési­lience, ana­mor­phose, coa­les­cence, idéa­tion ou assué­tudes qui ren­voient à divers domaines des sciences, humaines en par­ti­cu­lier… Il y a chez Carole Carcillo Mesrobian une volon­té de péné­trer le monde : "Parvenir /​ sous la face des souches /​ Si bavardes ou scel­lées dans l'envers des atomes". Et une suc­ces­sion de poèmes courts, un rythme hale­tant comme si elle se hâtait, vers quoi donc ? vers quel mael­ström ?  Vers la véri­té, une véri­té à conqué­rir… Si la poé­sie est une arme char­gée de futur comme l'écrivait Gabriel Celaya, elle peut aus­si être un outil redou­table pour aller au-delà des appa­rences, pour décor­ti­quer le réel, aller au plus pro­fond de la matière ou de l'existence, là où l'on se heurte à un noyau insé­cable, à une boule d'angoisse. Là où au-delà du bruit il n'y a plus que le silence. Le silence qui entoure la poé­sie comme le blanc entoure le poème sur la page…