> Éric Chassefière, La présence simple des choses

Éric Chassefière, La présence simple des choses

Par |2018-02-01T16:42:43+00:00 26 janvier 2018|Catégories : Critiques, Éric Chassefière|

Composé de cinq « dépla­ce­ments », eux-mêmes com­po­sés de 2 ou 3 suites (dont le titre compte tou­jours trois sub­stan­tifs) par­fois d’une cer­taine lon­gueur, le recueil est consa­cré à la sim­pli­ci­té des choses ce qui n’exclut pas une cer­taine com­plexi­té car rien n’est simple…

Éric Chassefière s’attache à expri­mer l’indicible, le si peu de la vie ; c’est la des­crip­tion d’un monde qui dis­pa­raît peu à peu, mais sûre­ment. Il y a comme une contra­dic­tion entre le tra­vail du poète et l’occupation pro­fes­sion­nelle d’Éric Chassefière (il est direc­teur de recherche en phy­sique au CNRS et il s’intéresse à l’évolution du sys­tème solaire et des pla­nètes) : comme quoi tous les che­mins mènent à Rome car Chassefière met le même sérieux dans ses deux occu­pa­tions… Le poète se sou­vient (p. 28) et c’est écrit dans une langue simple…

La deuxième suite se penche sur la vie quo­ti­dienne (le train, la ville) mais s’ouvre à des pers­pec­tives inouïes (la poé­sie, la pein­ture) : « Les mots naissent du papier » confie le poète (p 62). Dans la troi­sième suite, qui est ce IL ? Le père ? Qui est ce TU ? La femme aimée ?

Éric Chassefière, La présence simple des choses, L’Harmattan éditeur, 148 pages, 16 euros, en librairie.

Éric Chassefière, La pré­sence simple des choses, L’Harmattan édi­teur, 148 pages, 16 euros, en librai­rie.

J’aime à le croire au risque de me trom­per… Le « poème ombre d’ombre », il naît de ces des­crip­tions, « sous la lampe du sou­ve­nir » (p 83). La rai­son d’être de l’écriture poé­tique appa­raît dans le Déplacement 4 : « … j’écris /​ pour ne pas perdre le fil de ma vie » (p 85). Portrait de ce IL, qui reste incon­nu car jamais nom­mé… Éric Chassefière accom­pagne ce IL, patiem­ment. C’est un dur métier que celui de l’être accom­pa­gnant ; mais il est des moments où ce IL est oublié : alors renaissent la vie et le poème. C’est le Déplacement 4 qui est le plus émou­vant car Éric Chassefière est à la recherche de l’enfant qu’il fut. La pre­mière suite du Déplacement 5 per­met, grâce à des indices géo­gra­phiques, de déli­mi­ter une zone fiable : celle de la région de Montpellier (j’avoue avoir dû faire quelques recherches !) ; place est aus­si réser­vée à la musique ; Éric Chassefière explore le silence qui « révèle le silence à sa langue » (p 134).

La poé­sie n’est jamais bien loin dans la démarche de l’auteur. De fait, le poème est là car Éric Chassefière, dans sa quête du sou­ve­nir, le traque dans la vie sans cesse : le voyage n’a pas de fin…

 

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Lucien Wasselin

Il a publié une ving­taine de livres (de poé­sie sur­tout) dont la moi­tié en livres d’artistes ou à tirage limi­té. Présent dans plu­sieurs antho­lo­gies, il a été tra­duit en alle­mand et col­la­bore régu­liè­re­ment à plu­sieurs pério­diques. Il est membre du comi­té de rédac­tion de la revue de la Société des Amis de Louis Aragon et Elsa Triolet, Faîtes Entrer L’Infini, dans laquelle il a publié plu­sieurs articles et études consa­crés à Aragon.

A signa­ler son livre écrit en col­la­bo­ra­tion avec Marie Léger, Aragon au Pays des Mines (sui­vi de 18 articles retrou­vés d’Aragon), au Temps des Cerises en 2007.
Il est aus­si l’auteur d’un Atelier du Poème : Aragon/​La fin et la forme, Recours au Poème édi­teurs.

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