Marie Des­maretz, meur­trie par la perte de son com­pagnon il y a quelques années, fait preuve d’une belle atten­tion à la souf­france des autres dans ce petit recueil. Elle ne se referme pas sur son mal­heur (même si l’on ne fait jamais son deuil de l’être aimé) comme elle aurait pu le faire, car elle sait ce qu’est le mal­heur : aus­si l’empathie qui tra­verse ces poèmes a‑t-elle un rare accent de sincérité.

    Pas d’é­clats de voix, pas de pitié aus­si indé­cente qu’inu­tile, pas de pos­ture pour attir­er l’at­ten­tion, mais la plus grande sim­plic­ité, une voix retenue, une approche patiente de la dureté de vivre… Ces courts poèmes vont à l’essen­tiel et c’est sans doute pour cela qu’ils vont droit au cœur du lecteur. On sait ce que dis­simule mal l’ex­pres­sion con­v­enue “longue mal­adie” ; Marie Des­maretz sait par­ler de celui qui souf­fre, avec des mots justes, sen­si­bles et renou­velés: “Il se tient fatigué / au cœur d’un vieux pays / qu’il ne recon­naît plus / et qui l’a­ban­donne”. Avec peu (“la fis­sure du temps” ou “la lumière s’ef­face”), dans l’u­nion des con­traires (“Comme un galet glacé / au cœur du fruit”), elle dit pudique­ment la nuit qui enveloppe celui qui lutte con­tre la mort. Mais cela ne va pas sans rayons de lumière car le désir ne déserte pas le lut­teur qui veut “retrou­ver dans le feu / l’éter­nelle étin­celle”. Cette suite de poèmes est comme un jour­nal de com­bat con­tre le dés­espoir où repren­nent toute leur impor­tance l’être aimé avec qui on partage ses jours, l’en­fance qui est tou­jours là, l’ob­sti­na­tion à vivre…  Si le sou­venir est “un buis­son de lèvres et d’épines”, il n’est pas moins invi­ta­tion à prof­iter de la présence de l’autre. Et la poésie sert alors à nom­mer l’essentiel.

    Mais demeure cette ques­tion qu’on se pose, le recueil refer­mé, pourquoi faut-il que l’on sache enfin tout cela au prix du mal­heur et alors qu’il reste par­fois si peu à vivre ?

 

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Lucien Wasselin

Il a pub­lié une ving­taine de livres (de poésie surtout) dont la moitié en livres d’artistes ou à tirage lim­ité. Présent dans plusieurs antholo­gies, il a été traduit en alle­mand et col­la­bore régulière­ment à plusieurs péri­odiques. Il est mem­bre du comité de rédac­tion de la revue de la Société des Amis de Louis Aragon et Elsa Tri­o­let, Faîtes Entr­er L’In­fi­ni, dans laque­lle il a pub­lié plusieurs arti­cles et études con­sacrés à Aragon. A sig­naler son livre écrit en col­lab­o­ra­tion avec Marie Léger, Aragon au Pays des Mines (suivi de 18 arti­cles retrou­vés d’Aragon), au Temps des Ceris­es en 2007. Il est aus­si l’au­teur d’un Ate­lier du Poème : Aragon/La fin et la forme, Recours au Poème éditeurs.