> Serge Núñez Tolin La vie où vivre

Serge Núñez Tolin La vie où vivre

Par |2018-01-26T15:37:44+00:00 26 janvier 2018|Catégories : Critiques, Serge Núñez Tolin|

Dès la pre­mière page, le lec­teur est sur­pris : s’agissant d’un livre de poé­sie, il est divi­sé en cha­pitres comme un roman. Cela semble annon­cer une habi­tude que le poème limi­naire annonce : on assiste en effet au net­toyage des lieux que l’on habite, expres­sion tri­viale s’il en est.

Mais dès la page sui­vante, le registre change : Serge Núñez Tolin ne déclare-t-il pas : « Je vais sur la brèche d’une phrase que je n’ai pas encore en vue » (p 9). Le poète dit alors sa confiance dans les mots pour décrire le réel, le scru­ter ou lui faire rendre l’âme. Et, par­tant de là, il s’interroge sur ce qu’il est : « De quel poids me pèse le je que je suis !» (p 18). Volonté de dépas­ser le je, de le retrou­ver dans un monde obs­cur : « Comme c’en est assez de soi ! » (p 20).  Mais Serge Núñez Tolin s’interroge aus­si sur le pou­voir de la poé­sie : « Le poème mis à nu, il n’en reste que le nerf » (p 28). Quel pou­voir a le lan­gage ?

Des mots à cher­cher sous l’évidente absence de réponse (p 29)

Car la réponse n’est jamais don­née. Se peut-il que « des mots qu’ils nous donnent forme ? » (p 39). Question à laquelle semble répondre Serge Núñez Tolin, :

Abîme de l’impossibilité à énon­cer un sens  (p 42)

Serge Núñez Tolin, La vie où vivre, Rougerie éditeur, 80 pages, 13 euros.

Serge Núñez Tolin, La vie où vivre, Rougerie édi­teur, 80 pages, 13 euros.

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Le cha­pitre II est d’une tona­li­té plus grave puisqu’il s’ouvre sur des mots comme la mort, le néant, l’obscurité… : « La tota­li­té de la mort est dans la vie » (p 46). Leçon de sagesse et de luci­di­té ! Mais le silence peut-il vrai­ment être plus que le silence, c’est là l’un des sor­ti­lèges de la poé­sie. La pré­sence, c’est le quo­ti­dien auquel se rac­cro­cher (p 52) mais revient vite le néant : « Mais le vide n’est-il pas tou­jours où nous sommes ? » (p 57). L’homme est sans doute condam­né à cette contra­dic­tion : vivre est un com­bat contre l’ombre. Mais l’espoir n’est pas absent car « Il y a une épaule pour l’accolade /​ … /​ Une main pour la main » (p 62). Même la poé­sie témoigne qu’« il y a tou­jours des mots où aller » (p 63). Il faut « User des mots contre ce qui s’oppose à eux » (p 67). C’est qu’il y a « dans le silence une absence à écou­ter » (p 69). Encore faut-il « Confier aux mots nos pré­sences brèves » (p 71), peut-être est-ce là la rai­son d’être du poème ?

C’est écrit dans une prose (qui res­semble à des ver­sets), ce qui explique la com­po­si­tion en cha­pitres. Mais l’important ne réside pas là, c’est que « La vie où vivre » est une ode à la vie, mal­gré tout…

Présentation de l’auteur

Serge Núñez Tolin

 Né à Bruxelles en 1961 où ses parents sont arri­vés d’Espagne dix ans plus tôt. Sept livres parus. A par­tir de 2001, quatre ouvrages ont paru sous le titre unique de Silo et un cin­quième, en 2006, L’interminable évi­dence de se taire : les cinq aux Éditions Le Cormier (Belgique).

En France, paru­tion de L’ardent silence chez Rougerie (2010) et Nœud noué par per­sonne (2012), Rougerie édi­teur.

Dernières col­la­bo­ra­tions aux revues en Belgique et en France (2010-2013) : Traversées (Arlon),  N4728 (Angers), NUNC (Clichy).

Une émis­sion radio dif­fu­sée sur la RTB-F La Première en 2010. Des articles de presse sur l’Internet et dans les revues N4728 et EUROPE en 2013.

 

Serge Núñez Tolin

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Lucien Wasselin

Il a publié une ving­taine de livres (de poé­sie sur­tout) dont la moi­tié en livres d’artistes ou à tirage limi­té. Présent dans plu­sieurs antho­lo­gies, il a été tra­duit en alle­mand et col­la­bore régu­liè­re­ment à plu­sieurs pério­diques. Il est membre du comi­té de rédac­tion de la revue de la Société des Amis de Louis Aragon et Elsa Triolet, Faîtes Entrer L’Infini, dans laquelle il a publié plu­sieurs articles et études consa­crés à Aragon.

A signa­ler son livre écrit en col­la­bo­ra­tion avec Marie Léger, Aragon au Pays des Mines (sui­vi de 18 articles retrou­vés d’Aragon), au Temps des Cerises en 2007.
Il est aus­si l’auteur d’un Atelier du Poème : Aragon/​La fin et la forme, Recours au Poème édi­teurs.

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