> Bestiaire minuscule de Jean-Claude Tardif

Bestiaire minuscule de Jean-Claude Tardif

Par | 2018-05-25T16:29:17+00:00 19 novembre 2013|Catégories : Blog|

   Il fau­dra écrire un jour l'histoire des Bestiaires. Sans remon­ter aux pté­ro­dac­tyles (les hommes pré­his­to­riques n'écrivaient pas de poèmes !), on peut citer le Physiologos, un bes­tiaire antique des pre­miers siècles de notre ère, les bes­tiaires médié­vaux, Le Bestiaire ou cor­tège d'Orphée de Guillaume Apollinaire (illus­tré à l'origine par Raoul Dufy), les Bestiaires de Maurice Genevoix…

    Jean-Claude Tardif s'inscrit à sa façon dans cette tra­di­tion et dans celle de la poé­sie : on peut en effet abor­der son Bestiaire minus­cule en pen­sant au célèbre poème de l'abbé de L'Attaignant, Le Mot et la Chose, tout en oubliant ses sous-enten­dus ! Jean-Claude Tardif, s'il part d'animaux, se sert de mots et fait, dans cha­cun de ses poèmes, le por­trait ima­gi­naire d'un ani­mal et c'est alors l'occasion pour lui de jouer avec les mots. Quelques exemples : un vieux cochon inter­ro­gé sur son ave­nir répond "on ver­ra, on ver­rat"…, ce poème inti­tu­lé Le Gypaète  qu'on peut citer dans sa tota­li­té : "Ici gypaète ! /​ Qu'il repose en paix /​ avait ajou­té à la plume /​ un poète sans ins­pi­ra­tion" (humour à tiroirs !). Mais Jean-Claude Tardif ne dédaigne pas le calem­bour : voir son "eau tarie", ses pro­pos prê­tés au san­glier, "je n'ai qu'hure"… Mais il n'y a pas que l'humour qui compte car Jean-Calude Tardif fait, à l'occasion, la leçon aux hommes : ain­si le loup demande à ces der­niers qui, par­fois, portent des loups : "De nous deux qui donc fait la bête ?". Il rejoint ain­si les anciens auteurs de bes­tiaires qui se ser­vaient des por­traits d'animaux pour tirer une mora­li­té à des­ti­na­tion des humains… Et, à l'occasion comme avec le Rhésus pour lequel il se fait un sang d'encre, il se trans­forme en éco­lo !

    On par­don­ne­ra donc à Jean-Claude Tardif son jeu de mots (dans le poème Le Pic noir) assez lourd ou labo­rieux sur Fourmi, (qui s'orthographie en fait Fourmies) à qui il donne une appa­rence de ville minière en la fai­sant voi­si­ner avec Montceau-les-Mines : Fourmies ne connut jamais d'exploitation char­bon­nière ! Au XIXème siècle et jusqu'à la fin des années 1940, cette ville de la Thiérache fut un centre tex­tile spé­cia­li­sé dans la laine pei­gnée.

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