> Christian Monginot, Le miroir des solitudes

Christian Monginot, Le miroir des solitudes

Par | 2018-01-03T02:05:53+00:00 22 juin 2015|Catégories : Christian Monginot, Critiques|

 

    Le miroir des soli­tudes est rigou­reu­se­ment construit. : trois par­ties inti­tu­lées Nigredo, Albedo et Rubedo regrou­pant exclu­si­ve­ment des poèmes du même modèle, cinq hui­tains de vers libres. Ces trois mots intriguent et obligent le lec­teur à consul­ter le dic­tion­naire, ils dési­gnent les trois étapes du mag­num opus (ou grand œuvre) en alchi­mie. Le titre de chaque poème est une cita­tion en ita­lien  (Dante…) ou en fran­çais de poètes (Rimbaud, Apollinaire, Baudelaire…) ou tra­duit en fran­çais (Rilke…). La seule "irré­gu­la­ri­té" dans cette com­po­si­tion est le nombre de poèmes par sec­tion, res­pec­ti­ve­ment et dans l'ordre : 45, 36 et 33… Le recueil des poèmes est sui­vi d'une prose de Christian Monginot expli­quant sa démarche.

    Que rete­nir de cela ? Un détour s'impose par les ori­gines de Christian Monginot, à la fois fran­çaise et ita­lienne.  Né en France, il baigne donc dans un milieu lin­guis­tique double, d'où les titres des poèmes. Le miroir des soli­tudes semble donc avoir été écrit en écho à La Divine comé­die de Dante, puisqu'à cha­cune des trois par­ties du livre cor­res­pondent l'Enfer, le Purgatoire et le Paradis. Il y a une cor­res­pon­dance entre l'alchimie (les trois étapes du Grand Œuvre) et les trois par­ties de La Divine comé­die. Qu'est donc ici ce grand œuvre ? À titre d'hypothèse on pour­rait avan­cer, au vu des ori­gines de Christian Monginot et de leur influence sur Le Miroir des soli­tudes, qu'il s'agit là d'une lente conquête de l'écriture poé­tique. Métaphoriquement, Christian Monginot passe de l'enfer que repré­sen­te­rait l'appartenance à deux langues (la pater­nelle et la mater­nelle) avec toutes les consé­quences qui en découlent lors de la sco­la­ri­té au  para­dis que repré­sen­te­rait la syn­thèse dia­lec­tique d'une écri­ture poé­tique conquise et maî­tri­sée par le tra­vail et telle qu'on peut la lire dans Le miroir des soli­tudes.  Récit donc, à la fois auto­bio­gra­phique et poé­tique.

    Si la qua­trième de cou­ver­ture du recueil affirme que Le miroir des soli­tudes fait "écho au livre matri­ciel de la langue ita­lienne, La Divine comé­die de Dante", si l'auteur, dans Les mar­cheurs du silence, note que la réfé­rence à l'alchimie veut signi­fier la volon­té de "naître et renaître sans fin à l'or humain ou divin de l'amour et du sens", le lec­teur pour­ra être sen­sible à la poly­pho­nie de cette écri­ture sin­gu­lière. C'est ain­si que l'on peut lire (p 34) ces vers "La pierre alchi­mique du cruel bon­heur d'aller, /​ Mais vers quel or ? Quelle pré­sence ? /​ Ou quelle absence ?" qui annoncent cette réfé­rence et cette remarque  ou ceux-ci (p 256) : "Tu lais­se­ras, bien sûr, à la lumière le soin du der­nier mot, /​ Et à l'amour celui d'ouvrir les vannes de la nuit…" Qu'annoncent les points de sus­pen­sion qui ter­minent le der­nier poème ? Quel nou­veau livre ?

 

 

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