> Patrice BÉGHAIN, Poètes à Lyon au 20e siècle

Patrice BÉGHAIN, Poètes à Lyon au 20e siècle

Par |2018-04-10T08:44:02+00:00 6 avril 2018|Catégories : Critiques, Patrice Béghain|

Patrice Béghain offre à lire une antho­lo­gie consa­crée aux poètes ayant vécu et écrit à Lyon au cours du 20e siècle. Il faut s’arrêter aux cri­tères rete­nus par Béghain pour défi­nir son choix : 39 poètes aujourd’hui décé­dés pour « évi­ter de frois­ser toute sus­cep­ti­bi­li­té », ce qui est légi­time ou qui peut se com­prendre (p 5). On doit sou­li­gner la richesse des notices qui évitent les quelques lignes sèches de bio­gra­phie et la biblio­gra­phie des poètes dis­pa­rus, l’origine diverse des heu­reux élus…L’ouvrage ne se contente pas de jux­ta­po­ser poèmes et notices, il est aus­si aug­men­té de dif­fé­rentes annexes (une orien­ta­tion biblio­gra­phique, quelques mots sur l’anthologiste, des cré­dits ico­no­gra­phiques, des remer­cie­ments, un index des patro­nymes et une table des matières). 

Patrice Béghain, Poètes à Lyon au 20e siècle, La Passe du Vent éditeur, 2017, 480 pages, 20 euros.

Patrice Béghain, Poètes à Lyon au 20e siècle, La Passe du Vent édi­teur, 2017, 480 pages, 20 euros.

Aurais-je choi­si les 39 poètes de Béghain ? Je ne sais pas trop car je ne suis pas lyon­nais et n’ai exer­cé aucune res­pon­sa­bi­li­té dans la cité des Gaules ! Sans doute aurais-je été plus moderne, plus natio­nal… Il faut remar­quer la pré­sence dans cet ordre chro­no­lo­gique des poètes ayant écrit et publié (sou­vent chez de petits édi­teurs) dans les tra­di­tions bau­de­lai­rienne, ver­lai­nienne, sym­bo­liste… Il faut attendre les notices consa­crées à Claudius Laroussarie pour décou­vrir son ins­pi­ra­tion sociale (qu’illustre par­fai­te­ment le poème repro­duit « Au pays de l’effort » écrit sous le coup de la catas­trophe de Courrières dans le Pas-de-Calais mais dont sont absentes toutes consi­dé­ra­tions sur le pro­fit recher­ché par les com­pa­gnies minières !), à Tancrède de Visan pour décou­vrir le goût qu’avait Apollinaire pour ce der­nier, à Joseph Billiet, ancien mili­tant com­mu­niste et qui eut les hon­neurs de Ce Soir diri­gé par Aragon, à Paul Aeschiman adepte d’Apollinaire, de Claudel et des sur­réa­listes… Il serait vain de conti­nuer ain­si ! Ce qui res­sort des pre­miers poètes rete­nus par Patrice Béghain, c’est leur manque d’originalité et d’inventivité, leur adhé­sion à un milieu conven­tion­nel faite de socia­bi­li­té lit­té­raire, de réus­site sociale, d’admiration pari­sienne sur­an­née et de mys­ti­cisme quant il ne s’agit pas d’adhésion pure et simple aux grandes opi­nions poli­tiques du moment… Reste que les poèmes tra­di­tion­nels (écrits le plus sou­vent en alexan­drins rimés) laissent peu de place aux vers libres, alors qu’Apollinaire révo­lu­tion­nait au même moment l’écriture poé­tique, que les sur­réa­listes allaient explo­rer l’inconscient… Etc…

Ça change avec Simone Chevalier (1907-1980) pour dire les choses vite. Ma pré­fé­rence me porte vers des poètes comme François Dodat, Raoul Bécousse, Stanislas Rodanski, Louis Calaferte, Claude Seyve, Roger Kowalski ou Bernard Siméone (à ne pas confondre avec Jean-Pierre Siméon, l’auteur du fameux essai « La Poésie sau­ve­ra le monde » Le Passeur, 2015). J’ignore si ce sont les notices de Patrice Béghain dont il faut citer quelques frag­ments : « … il s’inscrit natu­rel­le­ment, après la guerre, dans la mou­vance des chré­tiens pro­gres­sistes, proches du Parti com­mu­niste, enga­gé tant dans l’action poli­tique que dans l’action syn­di­cale » -à pro­pos de Raoul Bécousse-, « Dans la grande constel­la­tion du sur­réa­lisme, elle se situe du côté d’une résur­gence roman­tique, proche de Nerval… » -à pro­pos de l’œuvre de Stanislas Rodanski-, « La poé­sie est pour lui une expé­rience intime, liée à la mort qui ne se par­tage pas… » -à pro­pos de Louis Calaferte-) et j’aurai garde de ne pas oublier Roger Kowalski… ou pour les poèmes qui me parlent immé­dia­te­ment !

En l’état, cette antho­lo­gie, mal­gré mes réserves, est irrem­pla­çable car elle décrit bien le four­mille­ment poé­tique en vie à Lyon au XX ème siècle. Les annexes per­mettent de pour­suivre la lec­ture, si tant est que les ouvrages signa­lés figurent encore dans les biblio­thèques de prêt ou dans les cata­logues des libraires d’occasion…

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Lucien Wasselin

Il a publié une ving­taine de livres (de poé­sie sur­tout) dont la moi­tié en livres d’artistes ou à tirage limi­té. Présent dans plu­sieurs antho­lo­gies, il a été tra­duit en alle­mand et col­la­bore régu­liè­re­ment à plu­sieurs pério­diques. Il est membre du comi­té de rédac­tion de la revue de la Société des Amis de Louis Aragon et Elsa Triolet, Faîtes Entrer L’Infini, dans laquelle il a publié plu­sieurs articles et études consa­crés à Aragon.

A signa­ler son livre écrit en col­la­bo­ra­tion avec Marie Léger, Aragon au Pays des Mines (sui­vi de 18 articles retrou­vés d’Aragon), au Temps des Cerises en 2007.
Il est aus­si l’auteur d’un Atelier du Poème : Aragon/​La fin et la forme, Recours au Poème édi­teurs.

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