Je ne con­nais pas Nico­las Var­gas, je ne con­nais pas le Pas­cal Castets à qui le livre est dédié : je me sens d’autant plus à l’aise pour dire tout le bien que je pense de cette pla­que­tte. Car c’est une poésie orig­i­nale, comme j’aime…

Tout d’abord remar­quer que le per­son­nage prin­ci­pal (l’émotion) tra­verse de part en part ce poème-réc­it. Mais le corps est aus­si asso­cié comme si Nico­las Var­gas voulait à tout prix insis­ter sur le matéri­al­isme qui entoure la nais­sance de l’émotion. Les détails réal­istes ne man­quent pas, et ce, dès la pre­mière page : couch­er les échelles, net­toy­er le matériel, dépous­siér­er les bouquins… Peut-être l’origine de ce matéri­al­isme (écrire le corps) se trou­ve-t-elle dans la ren­con­tre avec Sabine Fournier, choré­graphe et danseuse, qui allie écrire le corps et danser l’image : les détails réal­istes évo­qués plus haut  sont comme un écho de la choré­gra­phie car l’étymologie nous l’apprend, le mot émo­tion viendrait de l’ancien français du XIIIe motion (c’est-à-dire mou­ve­ment), le cer­cle est ain­si bouclé… Mais le Lit­tré affirme que le terme viendrait du latin emo­vere : d’où le titre du poème… Nico­las Var­gas cherche la meilleure déf­i­ni­tion entre le poème et la choré­gra­phie. Les moyens de cette recherche sont mul­ti­ples. L’humour n’est pas absent  : « on a pen­sé à du toutou dans le canapé / de la coc­cinelle sur la vit­re / une carte postale de la région / un chat qui bisou… » La con­struc­tion du poème est syn­copée pour mieux ren­dre compte de la chorégraphie…

Nicolas Vargas, Emovere, La Boucherie littéraire éditions, collection « Sur le Billot ». Non paginé, 10 euros. En librairie

Nico­las Var­gas, Emo­vere, La Boucherie lit­téraire édi­tions, col­lec­tion « Sur le Bil­lot ». Non pag­iné, 10 euros. En librairie

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Lucien Wasselin

Il a pub­lié une ving­taine de livres (de poésie surtout) dont la moitié en livres d’artistes ou à tirage lim­ité. Présent dans plusieurs antholo­gies, il a été traduit en alle­mand et col­la­bore régulière­ment à plusieurs péri­odiques. Il est mem­bre du comité de rédac­tion de la revue de la Société des Amis de Louis Aragon et Elsa Tri­o­let, Faîtes Entr­er L’In­fi­ni, dans laque­lle il a pub­lié plusieurs arti­cles et études con­sacrés à Aragon. A sig­naler son livre écrit en col­lab­o­ra­tion avec Marie Léger, Aragon au Pays des Mines (suivi de 18 arti­cles retrou­vés d’Aragon), au Temps des Ceris­es en 2007. Il est aus­si l’au­teur d’un Ate­lier du Poème : Aragon/La fin et la forme, Recours au Poème éditeurs.