> La tête dans un coquillage de Patrick Pérez-Sécheret

La tête dans un coquillage de Patrick Pérez-Sécheret

Par | 2018-02-22T02:22:11+00:00 26 octobre 2013|Catégories : Blog|

Ce recueil s'ouvre sur un exergue qui reprend la fameuse for­mule de Jean-Jacques Rousseau sur la pro­prié­té : on pense alors à celle de Proudhon, "La pro­prié­té, c'est  le vol". Puis dans un  aver­tis­se­ment, Patrick Pérez-Sécheret déclare que ses poèmes sont inache­vés. Faut-il le prendre au sérieux ou ne voir dans ces pro­pos qu'une coquet­te­rie d'auteur ? Le pro­blème est posé : quand un poème est-il ache­vé ? On connaît la recette de nom­breux poètes qui laissent mûrir le pre­mier jet, par­fois déjà revu et cor­ri­gé dans la fou­lée, un cer­tain temps au bout duquel ils le reprennent pour d'ultimes cor­rec­tions. Comment a pro­cé­dé Patrick Pérez-Sécheret ? On ne sait mais son aver­tis­se­ment laisse pla­ner le doute et témoigne d'une rela­tive insa­tis­fac­tion même si la publi­ca­tion de ce recueil laisse pen­ser qu'il consi­dère ses textes comme ache­vés d'une cer­taine manière, même si cela reste peut-être pro­vi­soire.

    Je me dis d'ailleurs à la lec­ture du poème du 9 octobre 2011 (Syrie et les loups) qu'il est inache­vé en ce sens que s'il faut s'indigner de la cruau­té de Bachar, il faut aus­si s'indigner (ou rica­ner ou se lan­cer dans une dia­tribe au vitriol) du jeu des grandes puis­sances et de leur hypo­cri­sie, de leur volon­té d'avancer leurs pions dans cette par­tie du monde pour mieux domi­ner ce der­nier… Et je me dis aus­si que Je suis atteint de tur­qui­tude est ache­vé car s'il s'éloigne de la poli­tique poli­ti­cienne, c'est pour mieux prendre date et lut­ter contre l'oubli. Dans ce monde où une infor­ma­tion chasse l'autre, où la com­mu­ni­ca­tion sert à mas­quer les moti­va­tions des maîtres du moment, le poème est une machine pour s'indigner, pour ne pas oublier mais aus­si et sur­tout pour ana­ly­ser le réel dans toute sa com­plexi­té. Un poème comme La Maison près de Tiergarten rap­pelle jus­te­ment cette com­plexi­té et l'émotion sai­sit le lec­teur, un lec­teur qui s'interroge tou­jours une fois le livre refer­mé : est-ce le quar­tier de Tiergarten à Berlin ?

    C'est dire que cet ensemble de poèmes amène à réflé­chir… On a par­fois l'impression de lire un jour­nal intime dont les pages ignorent l'ordre chro­no­lo­gique, on est alors dans le désordre, le plus bel ordre qui soit ! Emotion aus­si quand il s'agit de comp­ter les amis dis­pa­rus dont les chers Jean L'Anselme et Allain Leprest… Mais il n'y a pas que l'émotion, il y a aus­si les défis que se lance Patrick Pérez-Sécheret. Ainsi l'amour, les ren­contres, les rela­tions sexuelles : on est loin des per­for­mances à la mode ! Ainsi l'humour dans Carte pos­tale d'Israël sui­vi d'un glos­saire. Et ce n'est pas un hasard si l'auteur choi­sit la Creuse comme un pays d'exception ! Mais au-delà des mots qua­si­ment inven­tés (parce que tom­bés en désué­tude) comme églan­ter ou coque­bin, des mots rares comme jus­sion, on se prend à s'interroger sur la diver­si­té des poèmes ici regrou­pés : forme (vers et proses), thèmes divers abor­dés… On se dit alors qu'il y avait là matière à plu­sieurs pla­quettes. Mais ce n'était pas visi­ble­ment le pro­jet de Patrick Pérez-Sécheret.

 

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