Patrick LAUPIN, Le Rien qui précède

Par |2020-01-22T10:37:19+01:00 21 janvier 2020|Catégories : Critiques, Patrick Laupin|

L’exergue s’ouvre sur une dédi­cace à Mar­i­on  Lafage (qui m’a envoyé ce petit livre en ser­vice de presse, qui ani­me des ate­liers d’écriture et qui dirige la col­lec­tion « La petite  porte »), de Louis Lafab­rié à Bernard Noël — et non des moin­dres — car Patrick Laupin revient sur les ate­liers d’écriture qu’il ani­me en s’appuyant sur le rôle qu’y joue la psychanalyse…

Je relève ces mots au début du texte : «  Cette mar­que fulig­ineuse et intacte du corps transfuge de l’effroi signe l’entrée des rêves, des démons, des pas­sions et du courage dans le corps rêvé de la créa­tion » (p 11).  Je relève encore ces expres­sions : « un état vécu du corps » (p 12), « un geste de la parole » (idem), « mais il y a la réponse du corps qui écoute » (p 13).

La dif­fi­culté de bien com­pren­dre ce qu’écrit Patrick Laupin vient de ce qu’il est néces­saire de débar­rass­er le  dis­cours que tient celui-ci de son point de vue méta­physique. Mais toute sci­ence a besoin de créer son pro­pre lan­gage : «  Quelque chose de très ancien remonte et vient d’un bond sur scène » (p 24). Je n’aurais fait que dire la dif­fi­culté qu’a d’écrire  Laupin le fonds de sa pen­sée.  S’agit-il de la scène pri­mor­diale ? 

Patrick Laupin attire l’attention sur ces « Traces archaïques, cénesthésiques, tra­jec­toires, bal­is­tiques des retombées du son dans le sens, tes­si­ture, geste vocal » (p 28).

Patrick Laupin, Le Rien qui précède. Gros textes édi­tions, (col­lec­tion la Petite porte),  64 pages, 8 euros. Sur com­mande chez Gros Textes à Font­fourane. 05380 CHATEAUROUX-les-ALPES.

Lardé de cita­tions dues à des célébrités, je relève dans le dis­cours de Laupin ces mots : « Nous retrou­vons le sens et la suite quand nous renouons le fil frag­men­té de la notion, vaste fresque ini­tiale qui a sa source dans le mys­tère presque per­du des cor­re­spon­dances d’un don qui précède le lan­gage. Un alpha­bet des oubliés, une épopée ou une chan­son de geste de la parole » (p 26). 

Je ne suis pas cer­tain que l’écriture entre para­graphes bien équili­brés ne rende pas obscure cette note de lec­ture et con­fuse la nota­tion que fait Laupin : «  La des­tinée lis­i­ble ou illis­i­ble de ces  traces com­pose la fresque des empreintes  prob­a­bles ou ban­nies  de ce qu’on peut appel­er une écri­t­ure  »  (p 29). « L’écriture est sou­vent quelque chose qui vient du dieu de loin, en lien avec autre chose dont on ne retrou­ve plus la fig­ure mais dont on pressent le rap­port per­du » (p 30). C’est un mur qui sépare  ce que l’on peut de ce que l’on sent » (p 31). Voilà que je com­mente par un mon­tage de cita­tions cette « arrière-pen­sée d’un silence qui témoigne de ce que nous avons con­sen­ti à taire » (p 36). Mais Laupin con­tin­ue qui affirme : « Nous n’avons rien à prou­ver, nous ne sommes pas tenus de nous acquit­ter, aucune objur­ga­tion ne nous con­traint à écrire » (p 37), « Les phras­es ne vien­nent pas de nulle part »  (p 39). Autant de ques­tions qui se posent : « La bon­té est-elle  le bien essen­tiel de la lit­téra­ture, sa sincérité? L’écriture est-elle une per­son­ne? Est-ce que les livres nous ont sauvé la vie?  Qu’est-ce qu’un inter­locu­teur prov­i­den­tiel? Com­ment et pourquoi don­ner corps à cette par­al­lèle surgie du fond? Suf­fit-il chaque jour de not­er des phras­es dans un car­net? (p 40). Le temps des ques­tions est dépassé, celui des répons­es est venu : quoi de mieux de ne pas trop réfléchir (p 41).

 

Il faudrait tout citer. L’art n’est qu’un arti­fice. Le but est de dire la vérité, d’accéder à celle-ci. Il faut savoir gré à Patrick Laupin de dire Nous (p 46) : c’est pour affirmer qu’il n’est rien sans les autres, mais qu’est ce « principe plu­vieux et athée de l’écriture » (idem)? Il ajoute : « Avec l’écriture on entre dans le vide et le rien, le bien le plus pré­cieux «  (idem). C’est là que l’atelier d’écriture est effi­cace ! Quand, « à notre insu une toile de lan­gage se tisse et se perd au fond per­du de nous-mêmes » (p 50)…

Présentation de l’auteur

Patrick Laupin

Patrick Laupin est né à Car­cas­sonne en 1950. C’est un écrivain français qui a pub­lié une ving­taine d’ouvrages ( poésie, prose, réc­its, philoso­phie). Tous ses livres, pub­liés depuis 1975.

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Lucien Wasselin

Il a pub­lié une ving­taine de livres (de poésie surtout) dont la moitié en livres d’artistes ou à tirage lim­ité. Présent dans plusieurs antholo­gies, il a été traduit en alle­mand et col­la­bore régulière­ment à plusieurs péri­odiques. Il est mem­bre du comité de rédac­tion de la revue de la Société des Amis de Louis Aragon et Elsa Tri­o­let, Faîtes Entr­er L’In­fi­ni, dans laque­lle il a pub­lié plusieurs arti­cles et études con­sacrés à Aragon. A sig­naler son livre écrit en col­lab­o­ra­tion avec Marie Léger, Aragon au Pays des Mines (suivi de 18 arti­cles retrou­vés d’Aragon), au Temps des Ceris­es en 2007. Il est aus­si l’au­teur d’un Ate­lier du Poème : Aragon/La fin et la forme, Recours au Poème éditeurs. 
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