> Geneviève Raphanel, Temps d’ici et de là-bas

Geneviève Raphanel, Temps d’ici et de là-bas

Par |2018-01-07T19:29:32+00:00 19 octobre 2017|Catégories : Critiques, Geneviève Raphanel|

Le mot temps, par sa poly­sé­mie, n’explique pas, à la lec­ture du titre de ce recueil, les inten­tions de Geneviève Raphanel. Mais très vite, on se rend compte qu’il ne s’agit pas de la suc­ces­sion des sai­sons, du temps qu’il fait qui l’intéresse, mais bien le temps qui passe : elle explore le sou­ve­nir sans que les choses soient claires. De quel(s) souvenir(s) s’agit-il ? De quelle enfance ? Ça se passe quand, pré­ci­sé­ment ? Autant de ques­tions qui res­tent dans réponses… L’enfant n’est jamais clai­re­ment iden­ti­fié et ce n’est pas le pferd (mot alle­mand qui désigne un che­val) qui est d’une grande aide. C’est peut-être le mys­tère entou­rant le sou­ve­nir qui fait le charme pre­nant de ce long poème divi­sé en quatre chants. Geneviève Raphanel brouille volon­tai­re­ment les pistes (à moins que ce ne soit à son corps défen­dant) ; d’ailleurs n’écrit-elle pas (ce qui est plus proche d’une cer­taine véri­té) :

Aller trou­ver quoi
dans des sou­ve­nirs non sou­ve­nirs
toutes bri­sées les âmes
(p.12)

 

Temps d'ici et de là-bas, Geneviève Raphanel, Editions Rougerie, 12€

Temps d’ici et de là-bas, Geneviève Raphanel, Editions Rougerie, 12€

Tout ne serait donc qu’une fic­tion ( ? ) : l’écriture est obses­sion­nelle tant Geneviève Raphanel entend tra­quer le sou­ve­nir :

Derrière le rideau de son lit
l’enfant épie le rituel
se fait encore plus petit

Fiction donc mais qui sait mimer la vrai­sem­blance, mieux même qui cherche à retrou­ver la véri­té (p 14). Une  vrai­sem­blance qui n’ignore pas le doute comme elle l’écrit si bien à la page sui­vante : les pas s’arrêtent peut-être  “au bord du gouffre”. Métaphore de l’écriture qui se mêle à la recherche du pas­sé ? Et les sol­dats qui appa­raissent ensuite donnent peut-être un indice quant à l’époque sans qu’on n’en sache plus : de quelle guerre s’agit-il ? De même qu’on n’en apprend guère sur “les flo­cons de l’enfance” à moins que tout cela ne soit qu’un rêve (“tu rêves /​ ton enfance” écrit Geneviève Raphanel, page 19). Au lec­teur alors d’imaginer, d’inventer une cohé­rence en met­tant bout à bout ces bribes. C’est que la mémoire est oublieuse, elle fait son tri, son choix :

Par-delà l’oubli
dure cet autre jour
(p.30)

Souvenirs de l’exode ou fan­tasmes explo­rés (p 38) ? Je ne sais…

Qu’avoue, mine de rien, Geneviève Raphanel dans ces poèmes équi­voques ? Qui est cet enfant qui ne dit pas son nom, n’avoue pas ses rap­ports avec celle-ci ? On ne trouve nulle réponse dans ce recueil. Et ce ne sont pas ces vers “dans la pierre bleuâtre /​ bouche ouverte l’enfant /​ suit du doigt les signes” (p 49) qui aident à répondre à ces ques­tions. Sauf, peut-être, ce ter­cet (p 52) “Tu es bien ici /​ ta tombe contre /​ la muraille”… Mais j’interprète et je me trompe sans doute… Quel est alors le sens de ce “can­tique désin­volte” (p 54) ? Geneviève Raphanel s’affronte à l’horreur du temps qu’elle essaie de recons­ti­tuer. Reviennent, une fois le livre refer­mé, le temps comme per­son­nage prin­ci­pal et “les enfants (qui) laissent l’ombre se rap­pro­cher” (p 57). Sans doute est-il vain de vou­loir cher­cher (et trou­ver) des indices auto­bio­gra­phiques dans ces poèmes ? Car Geneviève Raphanel écrit de mer­veilleux poèmes qui laissent le lec­teur pan­tois ; elle n’en finit pas de cher­cher “le plus vieux sou­ve­nir”.

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Lucien Wasselin

Il a publié une ving­taine de livres (de poé­sie sur­tout) dont la moi­tié en livres d’artistes ou à tirage limi­té. Présent dans plu­sieurs antho­lo­gies, il a été tra­duit en alle­mand et col­la­bore régu­liè­re­ment à plu­sieurs pério­diques. Il est membre du comi­té de rédac­tion de la revue de la Société des Amis de Louis Aragon et Elsa Triolet, Faîtes Entrer L’Infini, dans laquelle il a publié plu­sieurs articles et études consa­crés à Aragon.

A signa­ler son livre écrit en col­la­bo­ra­tion avec Marie Léger, Aragon au Pays des Mines (sui­vi de 18 articles retrou­vés d’Aragon), au Temps des Cerises en 2007.
Il est aus­si l’auteur d’un Atelier du Poème : Aragon/​La fin et la forme, Recours au Poème édi­teurs.

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