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Sub Rosa de Muriel Verstichel

Par | 2018-02-21T18:15:14+00:00 20 janvier 2014|Catégories : Blog|

" Beaucoup de choses en ce monde /​ me sont deve­nues étran­gères " écrit Muriel Verstichel dès la pre­mière page. À moi aus­si, et depuis long­temps. Est-ce un pri­vi­lège du vieillis­se­ment ?  Je ne sais… Mais, elle fait suivre ces deux vers, deux strophes plus loin par une cita­tion de L'Ecclésiaste (1,9)  : " Ce qui fut, cela sera, /​ Ce qui s'est fait, se refe­ra, /​ Et il n'y a rien de nou­veau sous le soleil ! " .  Sans doute que je com­prends à ma façon les deux vers qui ouvrent cette note et que je les aurais fait suivre du fameux frag­ment d'Héraclite : "Tu ne te bai­gne­ras pas deux fois dans le même fleuve ". C'est que j'ai tou­jours pré­fé­ré la sagesse pré­so­cra­tique. Comment dès lors lire ces poèmes quand on est à l'opposé de la démarche de Muriel Verstichel qui affirme que les roses sont éter­nelles. ?  À l'opposé de sa croyance et de sa pra­tique reli­gieuses ? Peut-être en écou­tant atten­ti­ve­ment ce que dit cette voix tout en ne suc­com­bant pas au chant des sirènes, c'est à dire en com­pa­gnon­nage sur les che­mins de la cri­tique d'un monde qui nous est deve­nu insup­por­table, à elle comme à moi. Mais à qui s'adresse-t-elle ? À son dieu ? Au lec­teur ? À ceux qu'elle aime ? Sans doute à tous, un peu en même temps. Et que sont ces roses qui tra­versent le recueil ? Une méta­phore, mais de quoi ? Peut-être faut-il s'intéresser de près au titre du recueil " Sub rosa " qui risque de res­ter énig­ma­tique pour nombre de lec­teurs ?  Dans son emploi adver­bial, cette expres­sion signi­fie secrè­te­ment, confi­den­tiel­le­ment. Et il faut alors se sou­ve­nir que dans l'Antiquité comme au Moyen-Âge, la rose était le sym­bole du secret. Outre les deux cita­tions bibliques (celle de L'Ecclésiaste déjà signa­lée et celle de Jean 14,2), un voca­bu­laire soi­gneu­se­ment choi­si sou­ligne l'empreinte reli­gieuse de la démarche de Muriel Verstichel. Des mots directs : le vous qui s'adresse à Dieu, le cha­pe­let, la vierge et son enfant, le rameau de buis, la prière, le flanc (du Christ ?), l'âme, l'ange, les messes… D'autres dont la pré­ci­sion est sous-enten­due : la parole (divine), le ciel, le jar­din, le repas  (on pense à la Cène)…  Et les roses omni­pré­sentes dans ce recueil : on sait le rôle qu'elles jouent dans la reli­gion chré­tienne… Le reste du temps, Muriel Verstichel est dis­crète dans ses vers, si bien qu'on peut lire ses poèmes sans par­ta­ger sa foi et que ces der­niers peuvent par­ler à un athée…

    Alors ces confi­dences s'adressent à Celui qui croyait au ciel comme à Celui qui n'y croyait pas… Car tous les deux espèrent la même clar­té, qu'elle soit de ce monde ou qu'elle soit céleste…

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