> Marwan Hoss, La Lumière du soir

Marwan Hoss, La Lumière du soir

Par | 2018-05-25T22:11:13+00:00 19 octobre 2014|Catégories : Critiques|

La poé­sie de Marwan Hoss est recon­nais­sable par son extrême éco­no­mie d'effets et de mots : quelques vers iso­lés au milieu du blanc de la page ; c'est le silence qui sculpte la parole pro­fé­rée ou le vide qui sculpte les mots. Cet aspect lapi­daire est annon­cé par le poème limi­naire qui, para­doxa­le­ment, est l'un des plus longs de La lumière du soir : Marwan Hoss trans­porte son lec­teur dans un ailleurs pit­to­resque qui n'est là que pour annon­cer la sen­sa­tion : "Il fai­sait froid, j'étais heu­reux". Le poème sui­vant, tout aus­si long (à peine deux vers de plus) a valeur pro­gram­ma­tique : Marwan Hoss écrit à par­tir du silence, mais dans deux direc­tions : l'amour, le corps… ("Ce que j'appelle le vent") et l'inquiétude, la soli­tude… ("Ce que j'appelle la mort").

Si les poèmes sont brefs, si la parole est par­ci­mo­nieuse et exi­geante tou­jours à la limite du silence, le miracle opère car le sens éclate sur la page, que ce soit l'espoir ou la dou­leur, la lumière ou l'ombre, la vie ou la mort. Cependant, cela ne va pas sans une cer­taine obs­cu­ri­té ou, plu­tôt, une cer­taine impré­ci­sion. En effet, à qui s'adresse Marwan Hoss ? À la femme aimée ? Comme le laissent sup­po­ser ces poèmes : "Pour te retrou­ver /​ Il m'a fal­lu attendre /​ Que ton corps /​ Illumine la nuit" ou "Je t'ai aimée jusqu'au sang /​ La nuit se retire du ciel /​ Il fait gris dans ma tête /​ Je découvre un matin dévas­té".  Au lec­teur ? Comme le disent ces vers : "Toi que je n'ai jamais ren­con­tré /​ Que sur les hau­teurs de mes rêves /​ Écoute ces mots…" Aux deux, alter­na­ti­ve­ment, sans doute. Car il y a une cohé­rence cer­taine dans la démarche de Marwan Hoss qui file le poème comme d'autres filent la méta­phore : la femme aimée se retrouve dans des vers comme : "Il m'a fal­lu pour te rejoindre /​ Traverser la lumière" ou "Je réveille le vent /​ Qui dis­perse les nuages /​ Je sais, tu ne revien­dras plus". À quoi font écho ceux-ci : "Ce soir j'ai déci­dé /​ De pho­to­gra­phier ton absence". Il faut remar­quer la pudeur, la réserve du poète qui s'arrête avant l'aveu… De même pour le lec­teur. À l'adresse à celui-ci déjà signa­lée, répondent des images uni­ver­selles comme "En lan­çant sa ligne /​ L'enfant au bout du quai /​ A déchi­ré le ciel" ou "Il volait de branche en branche /​ L'oiseau /​ Qui n'allait nulle part". Se disent alors, en sour­dine,  le déses­poir et la soli­tude.

Une autre lec­ture est pos­sible qui fait appa­raître une pro­fonde uni­té entre cer­tains poèmes. Ainsi au moins dix textes explorent le thème du mot c'est-à-dire de l'écriture. On peut alors sai­sir que l'écriture cor­res­pond à un besoin, il y a urgence à dire. À l'origine, l'inquiétude et la fatigue avoue Marwan Hoss. Cette marée ver­bale qui enva­hit le poète laisse le poème lors de son reflux, Hoss a un belle com­pa­rai­son pour expli­ci­ter le fonc­tion­ne­ment de cette marée, celle de la ruche et de la reine des abeilles : un mot vient à l'esprit et une fois la reine trou­vée, le tra­vail d'écriture com­mence qui s'inscrit dans le temps : plu­sieurs mois de silence pour quelques jours d'écriture. Mais reste alors le chant (trois poèmes emploient ce der­nier mot) qui a pour fonc­tion de ralen­tir la souf­france. Unité donc entre ces poèmes, mais aus­si uni­té du recueil tout entier. Il serait facile (mais fas­ti­dieux pour le lec­teur) de repé­rer d'autres thèmes comme le vent, la mort, les cendres, la beau­té… et de pro­cé­der au même tra­vail d'analyse.

On le voit, au-delà de l'ascèse appa­rente de cette poé­sie sin­gu­lière une pos­sible poly­pho­nie conte­nue est à décou­vrir. Les vers sont comme des flèches lan­cées vers la véri­té.

 

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