> Séjour, là, de JL Massot

Séjour, là, de JL Massot

Par | 2018-06-25T21:03:21+00:00 7 juin 2013|Catégories : Critiques|

Séjours, là de Jean-Louis Massot cache bien son iden­ti­té : il est com­po­sé de deux suites de poèmes qui pour­raient être publiées sépa­ré­ment, cha­cune for­mant un recueil d'une cin­quan­taine de pages. Si D'autres vies (la seconde suite) n'est pas sans inté­rêt avec ses petites scènes du monde tel qu'il(ne) va (pas), Séjours, là (la pre­mière), non seule­ment a rete­nu mon atten­tion mais, d'une cer­taine façon, m'a ému.

Ce qui frappe dans ces poèmes (mais aus­si dans la tota­li­té du livre), c'est la volon­té de Jean-Louis Massot de dépouiller le poème de tous ses arti­fices, de tous ses codes, de tout manié­risme… De le réduire à une parole nue quitte à ne trai­ter que de sujets appar­te­nant au quo­ti­dien, au banal. Voilà qui va faire hur­ler les tenants du blanc qui troue le poème, les uti­li­sa­teurs de la rature pro­pre­ment impri­mée et les lin­cuistres en tout genre… ou entraî­ner un silence mépri­sant des mêmes. Certes le "vers" se réduit par­fois à un mot et c'est aga­çant (pour­quoi vou­loir don­ner à tout prix une allure de poème à ce qui n'est qu'un apho­risme ?) Certes, le vers libre -stan­dard ?-, lar­ge­ment uti­li­sé, fait par­fois regret­ter le chant… Mais il y a dans cette recherche de sim­pli­ci­té de véri­tables réus­sites qui devraient en récon­ci­lier quelques-uns avec la poé­sie qui n'est pas qu'une affaire de poètes ou de spé­cia­listes de la langue. Dire sim­ple­ment les choses simples de la vie n'est pas sans digni­té ni sans inté­rêt et Jean-Louis Massot le prouve. C'est par­fois l'occasion de dénon­cer la bouf­fon­ne­rie du monde qui nous entoure ; qu'on lise cette strophe : "À la radio ils ont /​   dit que les grosses cha­leurs /​ étaient der­rière nous, /​ ont enchaî­né /​ sur des inon­da­tions, /​ des atten­tats et sur l'atoll /​ de Bikini désor­mais /​ clas­sé au patri­moine mon­dial". Ailleurs, c'est la misère de vieillir ou le mal­heur de perdre un proche, ou la vie dans ce qu'elle a de déri­soire (mais qui en révèle  le tra­gique). Il faut citer ce poème :

"Les tuiles cas­sées
de l'appentis
laissent pas­ser la pluie
qui trace sur les murs
où s'affaissent des éta­gères
emplies de pots de pein­ture,
de boîtes à écrous, à bou­lons,
à clous, à vis, à col­liers, à che­villes,
de longues traî­nées rouillées
comme des phrases inache­vées
qui vont se perdre
dans le fra­cas d'objets
posés sur le sol en terre bat­tue."

 Ces moments d'émotion ou de presque bon­heur que Massot prend au piège de ses poèmes ont tous rap­port avec la mort du père, semble-t-il. Il n'y a pas d'effusion inutile (les choses sont dites de la manière la plus neutre qui soit), mais comme un désir de par­ta­ger avec le lec­teur ce quo­ti­dien que nous sommes  nom­breux à avoir en com­mun. On peut pen­ser alors à ce qu'écrivait Jean-Michel Maulpoix quand il défi­nis­sait son "lyrisme cri­tique" : "Que pou­vons-nous par­ta­ger de plus intense avec nos sem­blables que la com­mune igno­rance du pour­quoi de notre exis­tence ?" On pense aus­si à la poé­sie du quo­ti­dien jadis défen­due et illus­trée par un François de Cornière… Mais qu'importent les éti­quettes, les réfé­rences ou les com­pa­rai­sons ? Massot est Massot. Et qu'importe si par­fois la ten­sion manque et que le poème donne alors l'impression d'avoir été for­cé parce que, peut-être, les mots auraient dû res­ter à l'intérieur de Jean-Louis Massot…

 

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