> DIÉRÈSE n° 70 : Saluer la Beauté

DIÉRÈSE n° 70 : Saluer la Beauté

Par |2018-03-01T10:10:03+00:00 1 mars 2018|Catégories : Diérèse, Revue des revues|

Comme d’habitude cette livrai­son de Diérèse est orga­ni­sée en cahiers ; outre le cahier Poésies du monde, on en compte trois consa­crés à la Poésie fran­çaise d’ici et de main­te­nant, un aux Récits, un aux Libres Propos, et un aux Bonnes feuilles (c’est à dire aux notes de lec­ture).  Il est vrai que Diérèse porte en ban­deau « Poésie et lit­té­ra­ture ».

L’éditorial d’Olivier Massé, qui revient sur la déva­lua­tion de la parole poé­tique et sur le rôle joué par les revues poé­tiques qui refusent sou­vent de hié­rar­chi­ser ce qu’elles pré­sentent, affirme cepen­dant que la poé­sie reste indis­pen­sable : opi­nion que je par­tage car ce genre lit­té­raire rigou­reu­se­ment hors modes et qui fait preuve d’une belle liber­té d’esprit est sans doute indis­pen­sable de nos jours. 

Diérèse n° 70 (Saluer la beauté) : 302 pages, 15 euros (+ 3,88 euros de port). Abonnement à 3 n° : 45 euros (règlement à l’ordre de Daniel Martinez ; 8 avenue Hoche. 77330 Ozoir-la-Ferrière).

DIÉRÈSE n° 70 : « Saluer la Beauté »

Le cahier Poésies du monde est en fait un essai sur la poé­sie péru­vienne d’Amazonie, très inté­res­sant car ça parle d’une poé­sie peu connue et à la recherche de son iden­ti­té ama­zo­nienne qu’on peut défi­nir comme une syn­thèse ori­gi­nale des mythes et  de la magie  de l’univers ama­zo­nien, de l’histoire de la région et d’une sen­si­bi­li­té éco­lo­gique exa­cer­bée en réac­tion à l’exploitation for­ce­née de la forêt… (p 22). Suit un choix de poèmes très signi­fi­ca­tifs. Philippe Monneveux est l’auteur de cet essai et le tra­duc­teur des poèmes rete­nus…

Que dire des Cahiers de poé­sie ? Je ne dirai rien des poètes dont j’ai ren­du compte des recueils (Jean-Louis Bernard, Isabelle Lévesque, Jeanpyer Poëls…), comme je ne par­le­rai pas de cer­tains car je lis trop de poètes ( ? ) et la place m’est comp­tée. Alors je signa­le­rai ceux qui m’ont par­ti­cu­liè­re­ment plu. Patrice Repusseau donne à lire une suite de poèmes consa­crés à la musique. Cette der­nière est le sym­bole de l’Entier qui n’a ni début ni fin : énig­ma­tique et réjouis­sant. J’apprécie Maurice Couquiaud pour la com­plexi­té du ter­ri­toire poé­tique qu’il explore et pour les résul­tats que ses poèmes pré­sentent… J’aime le poème-repor­tage ( ? ) sur Nantes de Jean-Paul Bota… Mais j’aurai garde de ne pas oublier ceux dont je ne parle pas ici… Le Cahier 3 consiste en un entre­tien entre Bruno Sourdin et Daniel Abel qui répond aux ques­tions sur ses séjours à Saint-Cirq-Lapopie et, plus géné­ra­le­ment sur le sur­réa­lisme et André Breton. Mais Abel par­lant de Breton parle de lui et rejoint le sur­réa­lisme aujourd’hui et les rai­sons qui lui font appré­cier René Daumal. De cet entre­tien res­sort une per­son­na­li­té atta­chante.

Côté récits, celui de Véronique Joyaux (que je par­tage tota­le­ment, mis à part mon « enga­ge­ment » poli­tique, j’avais pour cama­rade le fils d’un mili­tant du PC qui fut fugi­ti­ve­ment dépu­té : où va se nicher nos pré­fé­rences ?) me fait pen­ser à ma jeu­nesse et  sur­tout à la deuxième guerre mon­diale dont on sor­tait à peine. J’avoue avoir été pris par l’étrangeté d’ « Autres » de Jean Bensimon : se connaît-on soi-même ? Dire de cet auteur (et de cet autre texte, « Le Portrait » ) que Bensimon semble être à la recherche de l’identité…

Étienne Ruhaud pour­suit son explo­ra­tion des cime­tières pari­siens pour repé­rer les tombes des poètes et autres célé­bri­tés. Même Georges Méliès a droit au sta­tut de poète : « Les soi­rées s’achèvent par des pro­jec­tions de pho­to­gra­phies, sur des plaques en verre, dans une ambiance poé­tique » (p 234). Gérard Le Gouic, dans le même cahier Libres Propos, signe un article dédié à Pierre Bergounioux qui a eu droit au dos­sier dans le n° 1057 d’Europe (mai 2017)… J’apprécie ce qu’écrit Le Gouic, même si je ne suis pas d’accord sur tout, c’est encore le cas ici…

Enfin, le cahier Bonnes feuilles ; je remarque immé­dia­te­ment que trois auteurs pré­sents dans les pages pré­cé­dentes ont un recueil chro­ni­qué. Et je ne dis rien de Bruno Sourdin qui voit son recueil de haï­kus pré­sen­té par Hervé Martin, ni de l’éditorialiste (Olivier Massé) par Éric Barbier ; rien non plus de Jean-Louis Bernard qui donne deux notes. Il s’agit de Jean-Paul Bota par Michel Antoine Chappuis (à moins qu’il ne faille lire Michel André : cher­chez l’erreur), de Michel Passelergue par Vincent Courtois et de Gérard Le Gouic par Pierre Tanguy… En une tren­taine d’articles plus ou moins longs, ce cahier met en évi­dence la viva­ci­té de la petite édi­tion…

Je ne ter­mi­ne­rai pas cette lec­ture sans signa­ler que Daniel Martinez inti­tule cette livrai­son « Saluer la beau­té ». Beau titre rim­bal­dien qui annonce la cou­leur et met en lumière la diver­si­té de l’expression poé­tique…

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Lucien Wasselin

Il a publié une ving­taine de livres (de poé­sie sur­tout) dont la moi­tié en livres d’artistes ou à tirage limi­té. Présent dans plu­sieurs antho­lo­gies, il a été tra­duit en alle­mand et col­la­bore régu­liè­re­ment à plu­sieurs pério­diques. Il est membre du comi­té de rédac­tion de la revue de la Société des Amis de Louis Aragon et Elsa Triolet, Faîtes Entrer L’Infini, dans laquelle il a publié plu­sieurs articles et études consa­crés à Aragon.

A signa­ler son livre écrit en col­la­bo­ra­tion avec Marie Léger, Aragon au Pays des Mines (sui­vi de 18 articles retrou­vés d’Aragon), au Temps des Cerises en 2007.
Il est aus­si l’auteur d’un Atelier du Poème : Aragon/​La fin et la forme, Recours au Poème édi­teurs.

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