> Claire Audhuy, J’aurais préféré que nous fassions obscurité ensemble

Claire Audhuy, J’aurais préféré que nous fassions obscurité ensemble

Par |2018-10-06T07:14:28+00:00 5 octobre 2018|Catégories : Claire Audhuy, Focus|

Le 13 novembre de cette année 2018, ce sera le troi­sième anni­ver­saire des atten­tats ter­ro­ristes du Bataclan qui comptent (faut-il le rap­pe­ler ?) par­mi les plus meur­triers de ces der­nières années. On aurait pu craindre le pire car les bons sen­ti­ments ne font pas for­cé­ment de la bonne lit­té­ra­ture (et de l’excellente poé­sie). Heureusement, il n’en est rien avec le recueil de Claire Audhuy, « J’aurais pré­fé­ré que nous fas­sions obs­cu­ri­té ensemble »… Heureusement car Claire Audhuy écrit les choses avec la plus extrême sim­pli­ci­té si bien que ses poèmes se confondent par­fois avec des listes de mots ou d’expressions…

Claire Audhuy, J’aurais pré­fé­ré que nous
fas­sions obs­cu­ri­té ensemble,
La Feuille de

Thé édi­teur, 136 pages, 20 euros. En
librai­rie ou sur com­mande sur le site de
l’éditeur la feuille de the (on peut payer
avec PayPal).

 

Il y a beau­coup de pudeur dans ces poèmes : « que c’est bon /​ de repo­ser sous terre /​ ensemble /​ pour l’éternité » (p 27) ou « Mais toi /​ com­ment t’atteindre /​ je ne sais pas par­ler à la pous­sière » (p 31). C’est avec bon­heur que Claire Audhuy dit la réa­li­té …
Claire Audhuy répète à l’envi pour enfon­cer le clou comme si elle était incon­so­lable (et elle l’est). Ce qu’elle exprime, c’est la vie et l’amour de celle-ci.  Mais par­fois, c’est le tra­gique qui devient évident : ain­si le poème de la page 45. C’est une femme amou­reuse qui écrit, sin­cè­re­ment. Même les poèmes qui se réduisent à un vers, voire à quelques mots, sont signi­fiants. Finalement, le lec­teur découvre le por­trait de Claire Auhuy en veuve. Page 73, le titre du recueil s’éclaire : c’est un poème char­gé de sens. Cela ne va pas sans une cer­taine cruau­té ou une cer­taine dou­leur comme dans ce poème (p 81) qui se ter­mine, après une énu­mé­ra­tion pleine de vie avec des mots pro­saïques, par ce vers « dans ton cer­cueil trop large  ».
Voilà, en vrac, ce que je vou­lais dire de ce recueil sans hié­rar­chi­sa­tion ou sans ordon­nance par­ti­cu­lières. Il y aurait encore bien des choses à déchif­frer ou à affir­mer. Les poèmes de Claire Audhuy en sont pas conve­nus : l’émotion est au ren­dez-vous. Les poèmes sont des récep­tacles d’émotion. D’autant plus que l’assertion est tota­le­ment sin­cère : « ta vie /​ est mon membre /​ fan­tôme ». Ce sera le poème de la fin !

 

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Lucien Wasselin

Il a publié une ving­taine de livres (de poé­sie sur­tout) dont la moi­tié en livres d’artistes ou à tirage limi­té. Présent dans plu­sieurs antho­lo­gies, il a été tra­duit en alle­mand et col­la­bore régu­liè­re­ment à plu­sieurs pério­diques. Il est membre du comi­té de rédac­tion de la revue de la Société des Amis de Louis Aragon et Elsa Triolet, Faîtes Entrer L’Infini, dans laquelle il a publié plu­sieurs articles et études consa­crés à Aragon.

A signa­ler son livre écrit en col­la­bo­ra­tion avec Marie Léger, Aragon au Pays des Mines (sui­vi de 18 articles retrou­vés d’Aragon), au Temps des Cerises en 2007.
Il est aus­si l’auteur d’un Atelier du Poème : Aragon/​La fin et la forme, Recours au Poème édi­teurs.

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