> Brigitte Gyr,Le vide notre demeure

Brigitte Gyr,Le vide notre demeure

Par | 2018-05-13T20:04:03+00:00 5 mai 2018|Catégories : Brigitte Gyr, Critiques|

La biblio­gra­phie de Brigitte Gyr (avo­cate de pro­fes­sion) est impres­sion­nante : 14 livres de poé­sie sans comp­ter sa pré­sence dans diverses antho­lo­gies, 2 pièces de théâtre, 2 livres jeu­nesse, et quelques tra­duc­tions (dont 3 de poé­sie) et voi­là « Le vide notre demeure », de la poé­sie comme j’aime : les sou­ve­nirs sont convo­qués, « Le café du port va bien­tôt fer­mer » (p 10) sans qu’on sache s’il s’agit d’une fer­me­ture quo­ti­dienne ou défi­ni­tive. Tout l’art de Brigitte Gyr est là. 

Ailleurs (p 15), c’est un balu­chon que le lec­teur découvre (avec du coton, une seringue…) et qui sert de point de départ au « sou­ve­nir (qui) se défi­gure ». Ailleurs encore (et il me faut citer un poème in exten­so ) : « l’immeuble où l’on vivait est /​ mort de vieillesse le /​ bois de l’armoire /​ flambe dans la che­mi­née » (p 17).

Le lec­teur remar­que­ra la cou­pure à la fin du vers 2… Comme il remar­que­ra la briè­ve­té des poèmes ou le thème de l’incendie. Je ne sais pas si l’usage du carac­tère ita­lique désigne une cita­tion ou la volon­té de l’auteur(e) d’attirer l’attention du lec­teur sur cer­tains pro­pos mais le poème tient la route. Ce que dit Brigitte Gyr, c’est le mys­tère d’être au monde que la langue ne résout pas (p 37). Car le vide, c’est notre demeure. L’ordre des mots a son impor­tance, nous rap­pelle, mine de rien, B Gyr : c’est ain­si que «  demeure… le vide » (p 49) est à rap­pro­cher du titre du recueil, « le vide notre demeure ».

 

 

Brigitte Gyr : « Le vide notre demeure » sui­vi de « fri­pe­rie ». La Rumeur libre édi­teur, 80 pages, 15 euros.

Le titre de la Seconde suite, « Friperie », dédiée à Christian Boltanski et à Monumenta 2010 fait écho au tas de vête­ments. Comme font écho cer­tains termes de la pre­mière suite (grue, peau…) à l’installation de Boltanski dont il faut dire quelques mots : dans le Grand Palais, une grue rouge sou­lève quelques vête­ments d’un énorme tas avant de les relâ­cher. Le vête­ment est la seconde peau de l’homme. Le froid est gla­cial dans le Grand Palais tout comme le brouillard est gla­cial (p 66). Je n’aime pas trop les ins­tal­la­tions mais là j’adhère par la grâce des poèmes, par les ques­tions en abysses et par la mort pré­sente… Les poèmes de Brigitte Gyr per­mettent de com­prendre l’installation de Christian Boltanski ; il faut remer­cier la pre­mière.

 

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Lucien Wasselin

Il a publié une ving­taine de livres (de poé­sie sur­tout) dont la moi­tié en livres d’artistes ou à tirage limi­té. Présent dans plu­sieurs antho­lo­gies, il a été tra­duit en alle­mand et col­la­bore régu­liè­re­ment à plu­sieurs pério­diques. Il est membre du comi­té de rédac­tion de la revue de la Société des Amis de Louis Aragon et Elsa Triolet, Faîtes Entrer L’Infini, dans laquelle il a publié plu­sieurs articles et études consa­crés à Aragon.

A signa­ler son livre écrit en col­la­bo­ra­tion avec Marie Léger, Aragon au Pays des Mines (sui­vi de 18 articles retrou­vés d’Aragon), au Temps des Cerises en 2007.
Il est aus­si l’auteur d’un Atelier du Poème : Aragon/​La fin et la forme, Recours au Poème édi­teurs.

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