> Zéno Bianu, Visions de Bob Dylan

Zéno Bianu, Visions de Bob Dylan

Par | 2018-02-23T11:30:01+00:00 9 novembre 2014|Catégories : Critiques|

 

    Titre et recueil aty­piques. Visions de Bob Dylan fait pen­ser à une approche ori­gi­nale du chan­teur-poète à l'opposé de tout pro­jet ency­clo­pé­dique et le recueil se pré­sente comme un ensemble (divi­sé en sept cha­pitres) de 78 "poèmes" de 12 vers cha­cun, jus­ti­fiés par le milieu : la forme du poème (et du recueil) est nette. Il faut ajou­ter que les sept cha­pitres comptent cha­cun 11 poèmes sauf le der­nier qui en com­porte 12 (mais le dou­zième est en ita­liques, mon­trant ain­si la place par­ti­cu­lière qu'il tient dans l'ensemble). On est donc loin de toute bio­gra­phie plus ou moins offi­cielle de Dylan, divi­sée en périodes chro­no­lo­giques met­tant en lumière tel ou tel aspect de la dis­co­gra­phie ou des tour­nées, voire des faits plus anec­do­tiques.

    C'est donc un por­trait poin­tilliste, sinon impres­sion­niste, par­ti­cu­liè­re­ment per­son­nel que trace Zéno Bianu. Si les sept par­ties du livre ont des titres emprun­tés aux propres mots de Dylan tels qu'ils sont retrans­crits dans deux ouvrages signa­lés page 106, il fau­drait connaître par­fai­te­ment la vie et la car­rière du chan­teur pour voir en quoi ces titres sont signi­fi­ca­tifs. Ce n'est sans doute pas le cas de l'auteur de ces lignes, ni celui de nombre de lec­teurs. Reste alors à rele­ver quelques ten­dances…

    Les deux grandes approches sen­sibles propres à Bob Dylan sont la musique et la poé­sie. En matière de musique, ses goûts sont éclec­tiques : le blues, le rock et le jazz bien sûr mais aus­si Schumann semble-t-il ; tout autant en poé­sie : Rimbaud et les sur­réa­listes (le Grand Jeu est cité), William Blake, Walt Whitman, Dylan Thomas, les poètes de la beat géné­ra­tion, à noter (page 100) ces vers "avec Allen Ginsberg /​ assis devant la tombe de Kerouac" qui font pen­ser à la pho­to­gra­phie de Bob Dylan et d'Allen Ginsberg prise en 1975 lors de la Rolling Thender Revue…. Mais le ciné­ma (Scorsese ou James Dean) et la pein­ture (Pollock) ne sont pas absents de ce qu'écrit Zéno Bianu. Et il y a aus­si les nom­breuses réfé­rences aux titres (chan­sons et albums) de Bob Dylan ou aux réci­tals et tour­nées… Trois albums sont par­ti­cu­liè­re­ment remar­qués par Bianu : Bringing It All Back Home, Highway 61 Revisited et Blonde on  Blonde ; ce der­nier  reve­nant trois fois dans le qua­trième cha­pitre… Et puis ces deux chan­sons de ce der­nier album I want you  et Just like a woman qui donnent nais­sance à un très beau poème sous la plume de Zéno Bianu… qui écrit ce vers d'une grande jus­tesse "c'est de la poé­sie coupe-souffle".

    C'est le por­trait d'une époque que trace Zéno Bianu avec ce qua­trième volet d'une tétra­lo­gie dans les trois pre­miers ont été consa­crés à Chet Baker (2008), Jimi Hendrix (2010) et John Coltrane (2012), ces trois livres édi­tés par le Castor Astral… Époque sans doute révo­lue car l'argent a tout balayé et le bruit que fait la musique res­semble aujourd'hui au cli­que­tis d'une caisse enre­gis­treuse. Mais époque que nous n'avons pas oubliée et à bien cher­cher dans la pro­duc­tion dis­co­gra­phique ou musi­cale contem­po­raine, on finit tou­jours par trou­ver les des­cen­dants des sus­nom­més… Les temps ont chan­gé, mais ils chan­ge­ront encore… En atten­dant, il est pos­sible de lire ces Visions de Dylan.

Notre col­la­bo­ra­teur Lucien Wasselin vient de faire paraître Aragon. La fin et La forme.