Marie-Josée Christien est née en 1957 à Guis­cri­ff en Cornouaille mor­bi­han­naise. Sa poésie est très mar­quée par sa Bre­tagne natale où elle vit. “La poésie pour via­tique” est bien­v­enue. Gérard Cléry, Guy Allix, Bruno Sour­din, Michel Baglin, Jacque­line Saint-Jean, Luc Vidal (l’an­i­ma­teur des édi­tions du Petit Véhicule) et Jean Chatard col­la­borent à cette livrai­son de Chien­dents qui dresse le por­trait de M‑J Christien.

Authen­tic­ité et sen­si­bil­ité au monde sont les car­ac­téris­tiques de cette œuvre que Gérard Cléry met en évi­dence. Sen­si­bil­ité au monde, à l’u­nivers et non sen­si­bil­ité étriquée à la Bre­tagne : Marie-Josée Christien se sert du paysage qui l’en­toure pour inter­roger l’u­nivers et en tir­er des con­clu­sions qui con­cer­nent tous ses lecteurs, quel que soit l’en­droit où ils vivent. Guy Allix met en lumière la con­ci­sion de ces poèmes et leur aspect “mys­tique” (l’im­por­tant est dans les guillemets, car l’athéisme est de mise ici) : le n° 19 de Spered Gouez (L’E­sprit sauvage, en bre­ton !) n’est-il pas inti­t­ulé “Mys­tiques sans dieu(x)” ?  Le mir­a­cle — et c’est Miche Baglin qui l’ex­plique — c’est que Marie-Josée Christien, tout mys­tique qu’elle soit, ne perd jamais le con­tact avec le réel. Elle ne cul­tive pas la couleur locale, pour autant.

Chiendents n° 118 : Marie-Josée Christien

Chien­dents n° 118 : Marie-Josée Christien

La par­tie la plus cap­ti­vante de ce numéro de Chien­dents est celle où Marie-Josée Christien répond aux ques­tions de Gérard Cléry. On y apprend que, pour elle, “écrire est ce qui lui per­met de tenir” (p 19), qu’elle se méfie de l’in­tel­lec­tu­al­isme en vogue actuelle­ment chez les poètes, que l’é­cole pri­maire et le lycée ont beau­coup comp­té pour son éveil à la poésie, que son intérêt pour le pein­tre Tal Coat explique son goût pour “la venue de loin­tains pro­fonds, les lents dépôts mil­lé­naires” (p 22) qui lui per­met de saisir la ful­gu­rance et le sur­gis­sant, qu’elle a le goût de la préhis­toire, qu’elle se sent éloignée “de la morne poésie du quo­ti­di­en” (qui a pour­tant don­né de belles réus­sites pleines de sen­si­bil­ité comme chez François de Cornière, mais sans doute, ne met­tons-nous pas les mêmes mots der­rière l’ex­pres­sion…), qu’elle con­damne l’art con­tem­po­rain pour des raisons poli­tiques… C’est une véri­ta­ble leçon de poésie !

Un choix de poèmes pour­suit la livrai­son. Poèmes courts sou­vent aux vers brefs dont, mal­heureuse­ment le lecteur ignore s’ils sont inédits (à moins de le devin­er aux titres qui ren­voient à des recueils déjà pub­liés et à l’a­vant-dernier texte qui indique qu’il s’ag­it d’extraits inédits d’un ouvrage en cours d’écri­t­ure tout comme le dernier ensem­ble). Mais poèmes qui sont bien à l’im­age de Marie-Josée Christien encore que les Éclats d’om­bre et de lumière fonc­tion­nent comme une accu­mu­la­tion de ver­sets indépen­dants l’un de l’autre…

Ce n° 118 de Chien­dents est représen­tatif de l’œu­vre tout en prou­vant que Marie-Josée Christien sait se mon­tr­er inat­ten­due… ll se ter­mine par  deux études (ou deux lec­tures) l’une de Luc Vidal (con­sacrée à un flo­rilège, Les Extraits du temps, pré­facé par Guy Allix) et l’autre de Jean Chatard (con­sacrée à Entre-temps précédé de Temps com­posés)…

 

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Lucien Wasselin

Il a pub­lié une ving­taine de livres (de poésie surtout) dont la moitié en livres d’artistes ou à tirage lim­ité. Présent dans plusieurs antholo­gies, il a été traduit en alle­mand et col­la­bore régulière­ment à plusieurs péri­odiques. Il est mem­bre du comité de rédac­tion de la revue de la Société des Amis de Louis Aragon et Elsa Tri­o­let, Faîtes Entr­er L’In­fi­ni, dans laque­lle il a pub­lié plusieurs arti­cles et études con­sacrés à Aragon. A sig­naler son livre écrit en col­lab­o­ra­tion avec Marie Léger, Aragon au Pays des Mines (suivi de 18 arti­cles retrou­vés d’Aragon), au Temps des Ceris­es en 2007. Il est aus­si l’au­teur d’un Ate­lier du Poème : Aragon/La fin et la forme, Recours au Poème éditeurs.