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Place de la Sorbonne n° 7

Par | 2018-02-04T15:58:58+00:00 2 octobre 2017|Catégories : Revue des revues|

Qu’ajouter après l’éditorial de Laurent Fourcaut qui ouvre cette livrai­son annuelle forte de plus de 400 pages ? Tout y est dit, ne reste plus qu’à lire atten­ti­ve­ment ce n° 7 de Place de la Sorbonne.

La pre­mière par­tie est consa­crée à Olivier Barbarant, spé­cia­liste d’Aragon mais aus­si poète : étude sur la poé­sie et poèmes inédits. Une étude qui s’attache à mon­trer com­ment le quo­ti­dien (le réel) peut être à l’origine du poème, quo­ti­dien qui ne se confond pas avec la contin­gence dit Barbarant :

La fêlure, la fra­gi­li­té, la dou­leur du deuil per­son­nel, y empêch(ai)ent toute mise au pas de la voix » (p 17)

Il était bon que ces choses-là fussent dites. Les poèmes se veulent illus­tra­tions de ce que recèle l’étude (à moins que ce ne soit l’inverse). Suit un entre­tien avec Djamel Meskache des édi­tions Tarabuste réa­li­sé par Laurent Fourcaut pour PLS. De cet entre­tien, il faut rete­nir ce que dit Meskache : à pro­pos de la dif­fu­sion et de la dis­tri­bu­tion des livres qu’il édite, il répond, à la ques­tion posée sur la por­tion congrue des étals de poé­sie et de la fai­blesse en mètres linéaires des rayon­nages de cette même poé­sie chez les libraires : « Admettons qu’ils ne soient pas nom­breux : cela ne dit rien de l’état de la poé­sie en France. Tout au plus, ça décrit l’état de renon­ce­ment dans lequel la médio­cri­té ambiante tente, sans tou­te­fois y par­ve­nir com­plè­te­ment, de plon­ger une part de plus en plus impor­tante de nos conci­toyens » (p 32). Dont acte.

Place de La Sorbonne n° 7 (Revue internationale de poésie de Paris-Sorbonne) : ce numéro 428 pages, 15 euros. Publié par les Presses Universitaires de Paris-Sorbonne (28 rue Serpente 75006 Paris, pups@paris-sorbonne.fr)… PLS : Université de Paris-Sorbonne ; 1 rue Victor Cousin. 75005 PARIS.

Place de La Sorbonne n° 7 (Revue inter­na­tio­nale de poé­sie de Paris-Sorbonne) : ce numé­ro 428 pages, 15 euros.

Publié par les Presses Universitaires de Paris-Sorbonne (28 rue Serpente 75006 Paris, pups@​paris-​sorbonne.​fr)…

PLS : Université de Paris-Sorbonne ; 1 rue Victor Cousin. 75005 PARIS.

 

La deuxième par­tie de la livrai­son annuelle est consa­crée à la poé­sie contem­po­raine de langue fran­çaise : une antho­lo­gie de 15 poètes (sur 107 pages) sui­vie d’une série de notices consa­crées à ces poètes qui court sur une tren­taine de pages. Il faut noter la diver­si­té des poètes pré­sen­tés, PLS n’appartient pas à une école lit­té­raire ! J’ai décou­vert Julien Blaine par sa revue Doc(k)s, il y a déjà de longues années ; je le retrouve ici égal à lui-même, ico­no­claste d’une cer­taine poé­sie. Je retrouve un Blaine para­doxal qui donne à impri­mer ses poèmes alors qu’il est hos­tile au livre. Comment abor­der les poèmes ici repro­duits ? Comme la volon­té de détruire la poé­sie du pas­sé, comme l’œil qui voit et qui note ? J’ai bien aimé les poèmes de Murièle Camac pour leur atmo­sphère ; par­mi les poètes connus (de moi), j’ai appré­cié Francis Combes pour son usage du réel, sa façon de col­ler à ce réel. Les routes de mica d’André Ughetto me plaisent pour leur lyrisme et leur côté expé­rience… Jean Renaud et ses com­pres­sions de textes m’ont inté­res­sé car la poé­sie est expé­ri­men­ta­tion : et là, je ne suis pas déçu de cette impor­ta­tion d’une tech­nique de la sculp­ture. GB (Gérard Berthomieu ?) explique lon­gue­ment dans sa notice ce que vou­drait Jean Renaud : essai ou notice ? Cette mini-antho­lo­gie per­met au lec­teur de trou­ver son dû ; elle rap­pelle que la poé­sie est condam­née à inno­ver sinon elle se can­tonne dans la répé­ti­tion des formes du pas­sé. Les notices rap­pellent le rôle indis­pen­sable des revues comme banc d’essai de l’écriture poé­tique… Cependant le signa­taire ces lignes se pose une ques­tion : aime­rait-il moins la poé­sie que dans sa jeu­nesse ? S’intéresserait-il moins aux nou­velles écri­tures poé­tiques que dans sa jeu­nesse ? Il est vrai qu’il en a vu (et lu) de ces expé­riences sans len­de­mains, ce qui explique qu’il soit de plus en plus dif­fi­cile.

La troi­sième par­tie explore une par­tie du conti­nent de la poé­sie de langue alle­mande : quelques 120 pages sont réser­vées à ce domaine… Plus pré­ci­sé­ment, le titre de cette séquence est : « Six poètes ger­ma­no­phones euro­péens  », six poètes qui ont choi­si d’écrire en alle­mand alors qu’ils sont nés dans un autre pays euro­péen. De l’essai intro­duc­tif de Bernard Banoun et d’Aurélie Maurin, il faut rete­nir ces mots : « … c’est dans les fron­tières de pays euro­péens de langue alle­mande que vivent des écri­vains étant pas­sés à l’allemand » (p 150). De 1985 à 2016, le Prix Chamisso (du nom d’un noble fran­çais qui émi­gra en 1792 et qui pas­sa à l’allemand tant par ses poèmes que par un conte jus­te­ment célèbre, La Merveilleuse Histoire de Peter Schlemil ) récom­pen­sa de tels écri­vains mais il s’arrêta en 2016 pour la rai­son qu’il s’agirait là de mar­quer comme étran­gers ces auteurs… Essai fort inté­res­sant au demeu­rant.

Pour Maja Haderlap les choses sont simples : écrire en alle­mand per­met au slo­vène d’exister par la tra­duc­tion de la langue de Goethe. On est loin de la revue poé­tique croate Le Pont (qui exis­ta dans les années 60-70, au siècle der­nier), encore que les tra­duc­tions en anglais, en alle­mand, en fran­çais et en ita­lien étaient nom­breuses. C’est le pro­blème des langues mino­ri­taires qui est ain­si posé.  Haderlap s’interroge : « une langue sait-elle tirer une autre à soi /​ ou seule­ment la repous­ser ?» (p 163). Mais en même temps, elle inter­pelle le lec­teur, seul capable de com­prendre. Cependant les autres poètes ne manquent pas de poser des ques­tions révé­lant le pas­sage d’une langue à une autre, avec mine de rien, des contra­dic­tions internes clai­re­ment expri­mées. Aurélie Maurin ne manque pas de remar­quer qu’elle s’est fait aider par Christophe Manon qui ne parle pas un traître mot d’allemand ! À l’opposé des poètes écri­vant en vers qui maî­trisent l’allemand et sou­vent la langue de la mino­ri­té à laquelle ils appar­tiennent : c’est révé­la­teur de ces moments de sus­pen­sion où la langue hésite. C’est pas­sion­nant, jusqu’au bilin­guisme de José F.A. Oliver (p 219-220) !

La par­tie sui­vante est inti­tu­lée Contrepoints : des pra­ti­ciens des beaux-arts passent au crible de la langue leurs pro­duc­tions res­pec­tives ; frag­ments d’entretien pour Claudine Griffoul (à pro­pos de son tra­vail plas­tique), com­ment pas­ser du mono­type au dis­cours, de l’eau forte au texte, de la lino­gra­vure au poème ? Hugues Absil com­mente par des estampes, aus­si les poèmes de Katia Sofia Hakim. De cette confron­ta­tion naît du sens qui doit beau­coup à l’exégèse de Laurent Fourcaut.

La séquence qui suit consiste en com­men­taires dûs à Catherine Fromilhague de plu­sieurs poèmes de Paul de Roux : réins­crip­tion dans l’histoire de la poé­sie, le com­men­taire du pre­mier poème m’a paru très savant, décryp­tage de la métrique du poème pour le deuxième… Voilà qui prouve que par­ler de la poé­sie est un vrai tra­vail. Catherine Fromilhague, très atten­tive, signe de véri­tables essais au dérou­lé du poème de Paul de Roux dans les­quels elle met en lumière les carac­té­ris­tiques de cette poé­sie…

La livrai­son se ter­mine par trois séquences : Échos qui donne à lire un essai de Christian Doumet qui est par ailleurs membre du comi­té de rédac­tion de Place de La Sorbonne, essai consa­cré aux rap­ports entre poé­sie et poli­tique ; De l’autre côté du miroir qui regroupe des hom­mages ren­dus à des poètes lors de leur dis­pa­ri­tion et enfin Comptes-ren­dus & Livres reçus où l’on retrouve de mul­tiples signa­tures dont celle de Laurent Fourcaut qui est déci­dé­ment infa­ti­gable.

Je n’aurai fait que sur­vo­ler ce numé­ro d’une richesse insoup­çon­nable, manque seule­ment l’index des n° 1 à 6 de PLS pour­tant annon­cé en qua­trième de cou­ver­ture. Il fal­lait bien un mas­tic et le voi­là !

 

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Lucien Wasselin

Il a publié une ving­taine de livres (de poé­sie sur­tout) dont la moi­tié en livres d’artistes ou à tirage limi­té. Présent dans plu­sieurs antho­lo­gies, il a été tra­duit en alle­mand et col­la­bore régu­liè­re­ment à plu­sieurs pério­diques. Il est membre du comi­té de rédac­tion de la revue de la Société des Amis de Louis Aragon et Elsa Triolet, Faîtes Entrer L’Infini, dans laquelle il a publié plu­sieurs articles et études consa­crés à Aragon.

A signa­ler son livre écrit en col­la­bo­ra­tion avec Marie Léger, Aragon au Pays des Mines (sui­vi de 18 articles retrou­vés d’Aragon), au Temps des Cerises en 2007.
Il est aus­si l’auteur d’un Atelier du Poème : Aragon/​La fin et la forme, Recours au Poème édi­teurs.

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