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Estelle Fenzy, Coda (Ostinato)

Par |2020-06-21T12:03:56+02:00 21 juin 2020|Catégories : Critiques, Estelle Fenzy|

Le titre dit assez la com­po­si­tion musi­cale de cet ensemble de 45 courts poèmes, où tout est reprise, mou­ve­ment entre deux mots qui ouvrent et ferment chaque frag­ment : « fin » et « monde », répé­tés obs­ti­né­ment, ryth­mi­que­ment.

Entre le pre­mier poème, sorte de mise en abyme du recueil qui para­doxa­le­ment s’amorce avec l’adverbe « fina­le­ment » et se clôt sur l’adjectif « ini­tiale », et le der­nier de la suite, s’ouvre l’espace d’un « voyage », d’une aven­ture à vivre ensemble, « chair contre chair » dans la cha­leur du « nous ».

Finalement
ouvrir les portes

 Il fait noir dedans

 Ouvrir les portes
vêtus de lumière

 ini­tiale du monde. 

/…/

Si
la fin du monde 

Nous ram­pe­rons

secrets

Que la mort
nous prenne

pour d’autres.

 

 

Estelle Fenzy, Coda (Ostinato), Les lieux-dits, Cahiers du Loup bleu, des­sin de Haleh Zahedi, 2e tri­mestre 2020, 7 euros.

Le pro­nom « nous » ren­voie à l’auteure et à son jeune fils Raphaël, à qui elle dédie cette suite, mais aus­si à nous, lec­teurs, qui che­mi­nons de concert au rythme d’un osti­na­to têtu, réso­lu­ment volon­taire. Il s’agit « d’ouvrir des pistes /​ même impar­faites », de « faire fi », de « tenir tête » aux obs­tacles divers, « bri­sures /​ accro­chées dans la tête », mor­sures et autres plaies pour se don­ner vif et entier au monde « poly­chrome », à sa « sève capi­teuse » avec cette cer­ti­tude che­villée au corps : « on est tous /​ uniques au monde ». On la connaît « la grande étreinte du monde », on sait qu’elle vien­dra mais on peut déci­der chaque jour de « jouer la par­tie /​ de rafler la mise /​/​ au réveil du monde. »

 

Puisque la fin

nous ras­sem­bler
dans le chaud du ventre

per­dus dis­per­sés

 de par le monde.

 

L’écriture ellip­tique d’Estelle Fenzy, très épu­rée, simple dans sa forme, s’appuie sur un jeu de verbes à l’infinitif qui sont autant de trem­plins, de relances au pro­pos. Signalons pour l’accord ten­du la qua­li­té de la publi­ca­tion : for­mat, papier, mise en page qui laisse res­pi­rer le texte, qui nous laisse l’habiter à notre rythme, entre silences et « impul­sions vivantes ».

Cette suite poé­tique, dense et modu­lée, qui tient du car­net de vie, du vade-mecum se veut expé­rience de sagesse tout autant que déter­mi­na­tion, pro­tec­tion, conju­ra­tion « Si/​ la fin du monde ». À médi­ter, vivre et par­ta­ger à tout âge.

 

Présentation de l’auteur

Estelle Fenzy

 Estelle Fenzy est née en 1969. Après avoir vécu près de Lille puis à Brest, elle habite Arles où elle enseigne. Elle écrit depuis 2013, des poèmes et des textes courts.

Publications en revues : Europe, Secousse, Remue​.net, Ce qui Reste, Écrits du Nord (édi­tions Henry), Microbe, Les Carnets d’Eucharis, Terre à Ciel, Recours au Poème, Décharge, Possibles, FPM, Revu, Teste.

Publications

  • CHUT (le monstre dort) aux édi­tions La Part Commune (2015)
  • SANS aux édi­tions La Porte (2015)
  • ROUGE VIVE aux édi­tions Al Manar (2016)
  • JUSTE APRÈS aux édi­tions La Porte (2016)
  • L’ENTAILLE et LA COUTURE aux édi­tions Henry (2016)
  • PAPILLON aux édi­tions Le Petit Flou (2017)
  • MÈRE aux édi­tions La Boucherie Littéraire (2017)
© photo Isabelle Poinloup

Anthologies

  • SAXIFRAGE, dans Terre à Ciel, ini­tiée par Sabine Huynh
  • MARLÈNE TISSOT & CO, édi­tions mgv2>publishing
  • DEHORS, édi­tions Janus (juin 2016)
  • LESSIVES ÉTENDUES, dans Terre à Ciel, ini­tiée par Roselyne Sibille

Livre d’artiste

  • PETITE MANHATTAN, dans Le Monde des Villes, Brest 2, avec André Jolivet, édi­tions Voltije

Revue d’artiste

  • CONNIVENCES 6, édi­tions de La Margeride, avec aus­si des poèmes d’Alain Freixe, des pho­to­gra­phies de Rémy Fenzy et des pein­tures de Robert Lobet

Poèmes choi­sis

 

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Marilyse Leroux

Marilyse Leroux, née à Vannes au bord de la mer, membre de Donner à voir depuis 1986, édi­tée depuis les années 80 en revues, recueils et antho­lo­gies, écrit prin­ci­pa­le­ment de la poé­sie ou en fait écrire depuis 1976 au sein d’ateliers d’écriture pour jeunes et adultes. Elle est éga­le­ment nou­vel­liste (nou­velles publiées en revues et aux édi­tions Rhubarbe) et roman­cière pour la jeu­nesse (éd. Stéphane Batigne). Elle aime par­ta­ger des pro­jets avec dif­fé­rents artistes : pho­to­graphes, peintres (nom­breux livres d’artiste), col­la­gistes, écri­vains, poètes, musi­ciens, car, chez elle, l’écriture se veut avant tout voyage, aven­ture, rico­chets. Sa devise, emprun­tée au poète Saint-John Perse est "Poésie pour mieux vivre et plus loin." Elle explore plu­sieurs voies d’écriture, en pre­mier lieu une expres­sion inti­miste liée aux sen­sa­tions et à leur réso­nance inté­rieure comme dans : Herbes (Ed. Donner à Voir, 1995) Grains de lumière (L’épi de seigle, 1999) Le fil des jours, (Donner à Voir 2007) Quelques roses pour ton jar­din (Atelier de Groutel, 2011) Le temps d’ici (Ed. Rhubarbe 2013, Prix des Écrivains Bretons, extraits parus dans Poètes de Bretagne, éd. de la Table Ronde), Ancrés, éd Rhubarbe 2016, Le sein de la terre, La Lucarne des Écrivains, 2018, Prix Maram Al-Masri. À paraître en 2020 : Nés arbres, L’Ail des ours, On n’a rien dit de l’océan, L’Atelier des Noyers, Une île, presque, Interventions à Haute Voix. Photographie : Yvon Kervinio