Sylvie Durbec, Autobiographies de la faim

Par |2019-12-06T07:30:48+01:00 6 décembre 2019|Catégories : Critiques, Sylvie Durbec|

À qui appar­tient cette robe d’enfant sans corps, sans vis­age qui par­court le texte ? On sent tout au long du réc­it un drame, une douleur, une his­toire lourde de vie et de mort entre enfance et vieil­lesse, lucid­ité et folie. L’énigme de la robe aban­don­née sur un pan­neau au bord de la route comme un point aveugle.

Les âges se mélan­gent, les épo­ques, les lieux, les per­son­nages, la mère, la fille, le père… selon un jeu de calques qui glis­sent les uns sur les autres au fil des sou­venirs, des sen­sa­tions, des visions réelles ou imag­i­naires. Les mots eux-mêmes glis­sent, se con­t­a­mi­nent par prox­im­ité, promis­cuité, de manière non linéaire, par sim­ples pro­liféra­tions sonores comme si les mots s’aimantaient pour faire naître, renaître des histoires.

« La mémoire pue » revient en leit­mo­tiv à la fin du réc­it. Pue quoi ? La mort ? Entre pour­ri­t­ure et nour­ri­t­ure, fin et faim, faim et pain, le x ou le z des bretelles de la robe, les let­tres ouvrent des boîtes sans fond, à dou­ble paroi où on voit l’autre, où on se voit, je et non je. On flotte, on ne sait plus dans quelle couche de mémoire, dans quelle his­toire on se trou­ve, sous quelle pelure.

Sylvie Durbec, Auto­bi­ogra­phies de la 
faim, 
édi­tions Rhubarbe, août 2019, 
8 euros.

Le titre au pluriel n’élude pas la part auto­bi­ographique du réc­it. Mais de quelle faim s’agit-il ? De celle du ven­tre, du cœur, de l’âme ? De celle, ontologique, que les mots jamais ne pour­ront combler, si pro­fus, déli­rants soient-ils ? Vit-on à jamais sans corps, dans des vête­ments flot­tants, comme exilé à soi-même ? Autant de ram­i­fi­ca­tions nar­ra­tives, exis­ten­tielles, autant d’interprétations pos­si­bles dans ce beau texte très per­son­nel de Sylvie Durbec. Un réc­it-poème en prose qui donne matière à penser, à dis­cuter. Notam­ment sur la créa­tion poétique.

Présentation de l’auteur

Sylvie Durbec

Sylvie Durbec est née à Marseille.

Poète, plas­ti­ci­enne, traductrice.

2008 Prix Jean Fol­lain pour Mar­seille, éclats et quartiers, édi­tion Jacques Bré­mond, pub­lié en 2010.

2014, Prix Lau­rent Terzi­eff , texte Nathalie Guen, dessins Sylvie Durbec pour le court Smouroute va à la cuisine .

2017 

Bascoulard/Opalka, Propos2 éditions, 

L’ignorance des bêtes, La main qui écrit, 

 2018 

(bien dif­f­cile de) Trans­former la jalousie en bal­lon rond, édi­tions le Phare du Cous­seix, 2018

Com­ment faire, edi­tions Lan­sk­ine, col­lec­tion petit bric à brac, 

Poo­ki c’est ponk, texte Édith Azam, dessins Sylvie Durbec

Bouger les lignes avec la poète Flo­rence St Roch, édi­tions du Museur

Com­ment faire, avec le pein­tre Gérard Eppelé, édi­tions du Museur

 

Sylvie Durbec

Derniers livres publiés

  • Ter­ri­toires de la folie, deux réc­its con­sacrés à Robert Walser et Louis Sout­ter, éd. Cousumain, 2006
  • Mar­seille éclats et quartiers, éd. Jacques Bré­mond, 2009, prix Jean Follain
  • Chaus­sures vides, Car­nets du dessert de Lune, 2010 – traduit en ital­ien : Scarpe vuote, édizioni Jok­er, jan­vi­er 2014
  • Pren­dre place, édi­tions Col­lo­di­on, 2010
  • Ce rouge qui bril­lait, Sou­tine, Ate­lier du Han­neton, 2011
  • La lessive de la folie, remue.net, 2011
  • la Huppe de Vir­ginia, Ed. Bré­mond, 2011.
  • Le par­adis de l’oiseleur, Al Man­ar, 2013
  • Prix Lau­rent Terzi­eff 2014, texte Nathalie Guen, dessins Sylvie Durbec pour le court métrage Smouroute va à la cui­sine, pub­li­ca­tion du livre et du DVD chez Vaga­mun­do en  mars 2015.
  • SANPATRI, aux édi­tions Jacques Bré­mond, octo­bre 2014
  • Route d’avril, vif tam­bour, novem­bre 2014, l’Atelier du hanneton
  • Fugues, édi­tions Propos2 cam­pagne, 2015
  • L’idiot(e) devant la pein­ture, édi­tions Propos2 cam­pagne, 2015

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Marilyse Leroux

Mar­il­yse Ler­oux, née à Vannes au bord de la mer, mem­bre de Don­ner à voir depuis 1986, éditée depuis les années 80 en revues, recueils et antholo­gies, écrit prin­ci­pale­ment de la poésie ou en fait écrire depuis 1976 au sein d’ateliers d’écriture pour jeunes et adultes. Elle est égale­ment nou­vel­liste (nou­velles pub­liées en revues et aux édi­tions Rhubarbe) et roman­cière pour la jeunesse (éd. Stéphane Batigne). Elle aime partager des pro­jets avec dif­férents artistes : pho­tographes, pein­tres (nom­breux livres d’artiste), col­lag­istes, écrivains, poètes, musi­ciens, car, chez elle, l’écriture se veut avant tout voy­age, aven­ture, ric­o­chets. Sa devise, emprun­tée au poète Saint-John Perse est “Poésie pour mieux vivre et plus loin.” Elle explore plusieurs voies d’écriture, en pre­mier lieu une expres­sion intimiste liée aux sen­sa­tions et à leur réso­nance intérieure comme dans : Herbes (Ed. Don­ner à Voir, 1995) Grains de lumière (L’épi de sei­gle, 1999) Le fil des jours, (Don­ner à Voir 2007) Quelques ros­es pour ton jardin (Ate­lier de Grou­tel, 2011) Le temps d’ici (Ed. Rhubarbe 2013, Prix des Écrivains Bre­tons, extraits parus dans Poètes de Bre­tagne, éd. de la Table Ronde), Ancrés, éd Rhubarbe 2016, Le sein de la terre, La Lucarne des Écrivains, 2018, Prix Maram Al-Mas­ri. À paraître en 2020 : Nés arbres, L’Ail des ours, On n’a rien dit de l’océan, L’Atelier des Noy­ers, Une île, presque, Inter­ven­tions à Haute Voix. Pho­togra­phie : Yvon Kervinio
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