Louise Dupré, Anouk Van Renterghem, Roses

Par |2020-12-21T12:20:18+01:00 21 décembre 2020|Catégories : Critiques, Louise Dupré|

Après Car­net Ocre* paru en avril 2018, l’éditrice de l’Atelier des Noy­ers, Claire Del­bard, pub­lie dans sa col­lec­tion Car­net de couleurs un nou­veau petit bijou de sen­si­bil­ité et de déli­catesse inti­t­ulé Ros­es.

C’est la plas­ti­ci­enne Anouk Van Renterghem qui asso­cie une nou­velle fois son tal­ent à la poésie de Louise Dupré dans une fer­tile com­plic­ité. La pat­te de l’artiste se fait douce et énergique à l’image de la couleur dont il est question.

Le pluriel du titre pour­rait faire penser à pre­mière vue à la reine des fleurs mais non, bien que celle-ci soit présente en signe d’espérance par­mi les autres beautés du jardin « qui tien­nent tête à la réal­ité ». Dans ce car­net poé­tique, Louise Dupré con­tin­ue d’explorer une couleur dans toutes ses nuances : le rose. 

 

Louise Dupré, Anouk Van Renterghem, Ros­es, col­lec­tion Car­nets de couleurs, édi­tions L’Atelier des Noy­ers, avril 2020, 52 pages, 10 euros.

Ce dernier, sous ses dif­férents voca­bles, n’est pas une teinte mièvre placée là pour faire joli, mais une présence vivace et volon­taire, qui pos­sède son énergie pro­pre, qui sait accorder douceur et douleur sans rien effacer.

 

Le rose ne trahit pas
la douleur
il l’apprivoise, la rend
supportable
et tu peux pour­suiv­re ta route
presque sereine
en refermant 
tes pre­miers tombeaux.

 

C’est le rose de l’amour, de la vie qui repart, « une chan­son du cœur / qui piaffe / dans sa cage », celui des livres de l’enfance avec ses rêves inter­dits, de la féminité qui se cherche à l’ombre des mots, celui des ongles ver­nis aus­si qui fait con­tre­point à « l’opacité de ciels / sans fenêtres » et con­jure « le bat­te­ment affolé / de la terre ». 

Chaque sou­venir a son revers, chaque touche de rose aus­si. Il col­ore les plaies orig­inelles, les blessures secrètes, les dés­espoirs du cœur, et, une fois le sang apprivoisé, maquil­lé, il ouvre des chemins d’innocence et de résis­tance, « minus­cule vic­toire / sur la nuit », une façon de sur­mon­ter tout ce qui fait mal, en soi, autour de soi.

 

Tu ne pour­ras jamais
abolir les haines
aux qua­tre coins du monde
et pour­tant tu essaies
de maquiller le rouge
impitoyable
qui embrase les drapeaux.

 

Louise Dupré fait par­tie de cette « généalo­gie / des femmes / qui n’ont jamais renon­cé ». Aus­si con­tin­ue-t-elle, vail­lante dans la détresse, de « marcher / les yeux tournés vers l’intérieur »  en faisant con­fi­ance aux « petites con­so­la­tions lovées dans les boucles du poème ». Suiv­ons-la, rose au cœur.

Note

*(Cf. revue Tex­ture http://revue-texture.fr/d‑un-livre-l-autre-2019.html).

Présentation de l’auteur

Louise Dupré

 

Poète, roman­cière et essay­iste, Louise Dupré a pub­lié une ving­taine de titres, qui lui ont mérité de nom­breux prix et dis­tinc­tions. Sont parus aux Édi­tions du Noroît les recueils de poésie Noir déjà (1993), Tout près (1998), Une écharde sous ton ongle (2004) et Plus haut que les flammes (2010), qui a obtenu le Grand Prix Québecor du Fes­ti­val Inter­na­tion­al de la Poésie de Trois-Riv­ières et le Prix de poésie du Gou­verneur Général du Cana­da. Elle a aus­si pub­lié des livres d’artiste, les romans La memo­ria (1996) et La Voie lac­tée (2001), ain­si que le recueil de nou­velles L’été funam­bule (2008), tous chez XYZ édi­teur. Le texte théâ­tral Tout comme elle (Québec Amérique, 2006) a été mis en scène par Brigitte Haen­t­jens en 2006. Elle vient de pub­li­er le réc­it L’album mul­ti­col­ore chez Héliotrope. Plusieurs de ses livres ont été traduits en anglais. Une trentaine de ses textes ont été égale­ment traduits dans plusieurs langues. Elle est mem­bre de l’Académie des let­tres du Québec. 

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Marilyse Leroux

Mar­il­yse Ler­oux, née à Vannes au bord de la mer, mem­bre de Don­ner à voir depuis 1986, éditée depuis les années 80 en revues, recueils et antholo­gies, écrit prin­ci­pale­ment de la poésie ou en fait écrire depuis 1976 au sein d’ateliers d’écriture pour jeunes et adultes. Elle est égale­ment nou­vel­liste (nou­velles pub­liées en revues et aux édi­tions Rhubarbe) et roman­cière pour la jeunesse (éd. Stéphane Batigne). Elle aime partager des pro­jets avec dif­férents artistes : pho­tographes, pein­tres (nom­breux livres d’artiste), col­lag­istes, écrivains, poètes, musi­ciens, car, chez elle, l’écriture se veut avant tout voy­age, aven­ture, ric­o­chets. Sa devise, emprun­tée au poète Saint-John Perse est “Poésie pour mieux vivre et plus loin.” Elle explore plusieurs voies d’écriture, en pre­mier lieu une expres­sion intimiste liée aux sen­sa­tions et à leur réso­nance intérieure comme dans : Herbes (Ed. Don­ner à Voir, 1995) Grains de lumière (L’épi de sei­gle, 1999) Le fil des jours, (Don­ner à Voir 2007) Quelques ros­es pour ton jardin (Ate­lier de Grou­tel, 2011) Le temps d’ici (Ed. Rhubarbe 2013, Prix des Écrivains Bre­tons, extraits parus dans Poètes de Bre­tagne, éd. de la Table Ronde), Ancrés, éd Rhubarbe 2016, Le sein de la terre, La Lucarne des Écrivains, 2018, Prix Maram Al-Mas­ri. À paraître en 2020 : Nés arbres, L’Ail des ours, On n’a rien dit de l’océan, L’Atelier des Noy­ers, Une île, presque, Inter­ven­tions à Haute Voix. Pho­togra­phie : Yvon Kervinio
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