> Les chemins de traverse d’Angèle Paoli (2)

Les chemins de traverse d’Angèle Paoli (2)

Par |2018-10-16T10:37:21+00:00 18 juillet 2013|Catégories : Chroniques|

De grands  aplats sur les murs blancs habitent l’espace. Frappent de plein fouet. Déclinaison de l’identique, sil­houettes vides, visages enca­pu­chon­nés, masques mor­tuaires. Blafards. Ni décor ni pay­sage. Parfois une grille. Un bar­reau. Le vide qui incar­cère. Le silence. Le désar­roi. La soli­tude. Immenses.

Les cou­leurs sont sans effets de reflets. La pein­ture sans épais­seur. Huiles et cires sur toile. Monochromie lisse, d’un seul tenant. Nul jeu sur. Le gris. Le noir. Le blanc. Le vert (sapin ? éme­raude ?).

 Vert. Toute déter­mi­na­tion est super­flue.

 Froid. Uni. Vert.

Les sil­houettes – hom­me/­femme- chan­cellent. Titubent. Sous le regard. Errance oblique. L’observateur chan­celle  aus­si. Coup de poing. Perd  le souffle. L’équilibre. Les sil­houettes se déplacent, à l’identique, dés­in­car­nées. Répétition du même. Démultiplication. Épaules voû­tées, mains dans les poches, têtes bais­sées. Elles pour­suivent du regard. Le vête­ment est fluide, uni­forme. Il tire sur l’informe. Désabusé. De là vient son mou­ve­ment. De sa propre néga­tion. De son absence.  Les visages  sont plats, réduits à. Une ligne. Un contour. Et pour­tant. On est sur­pris par leur force. L’acuité de leur regard. Désarçonné. Le déses­poir gagne. On se tient au bord du cri. On s’efforce de. Trouver quelque chose. Une anec­dote. Un fil. Elle, ce serait Patti Smith. Même dégaine même mai­greur noyée dans la redin­gote noire. Cheveux lâchés sur les épaules. Et l’abandon ? Lui, l’émigré. Dans son arché­type. Sur fond lavande, ces visages blêmes cou­pés par leur capu­chon, le pro­fil de Savonarole ? Probablement pas. L’Algérien dans son bur­nous. Peut-être. Flottement désa­bu­sé des corps. Hors d’attente. Vibration. Onde de choc. Qui sont-ils ? Qu’ont-ils à dire dans leur mutisme ? Quelque chose de nous passe dans ces corps jusqu’à nos corps flot­tants. Quelque chose qui inter­roge notre regard, le pro­voque jusqu’à l’insoutenable.

Je sors de la gale­rie. La lumière, plein fouet. Les par­fums. Le ciel. La cha­leur, écra­sante. Le cris­se­ment conti­nu des cigales.  Les col­lines apai­santes de la Conca d’Oro.  Les visages incon­nus de cer­tains invi­tés. Pas tous. Ange Leccia passe.  On entre ; on cir­cule d’une salle à l’autre ; on échange quelques mots. Je feuillette le cata­logue de l’exposition. Je découvre une œuvre, un peintre. Djamel Tatah. Il sera là tout à l’heure. Il est là. Grandeur nature, pareil à ses sil­houettes. Je recon­nais son visage. Je l’ai ren­con­tré dans ses toiles.  Le regard pétillant en plus. Et le sou­rire.

Le ver­nis­sage se pour­suit à l’extérieur. Les groupes se forment. L’ambiance est cha­leu­reuse. Charcuterie corse et frappe à volon­té. Le vin est ser­vi  en abon­dance. Nous sommes  à Morta Majo (Patrimonio), dans l’espace d’Art Contemporain du domaine Orenga de Gaffory. C’est l’été.

L’exposition Djamel Tatah se pour­suit jusqu’au 29 sep­tembre 2013.

 

 

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