De grands  aplats sur les murs blancs habitent l’espace. Frap­pent de plein fou­et. Décli­nai­son de l’identique, sil­hou­ettes vides, vis­ages enca­pu­chon­nés, masques mor­tu­aires. Bla­fards. Ni décor ni paysage. Par­fois une grille. Un bar­reau. Le vide qui incar­cère. Le silence. Le désar­roi. La soli­tude. Immenses.

Les couleurs sont sans effets de reflets. La pein­ture sans épais­seur. Huiles et cires sur toile. Mono­chromie lisse, d’un seul ten­ant. Nul jeu sur. Le gris. Le noir. Le blanc. Le vert (sapin ? émeraude ?).

 Vert. Toute déter­mi­na­tion est superflue.

 Froid. Uni. Vert.

Les sil­hou­ettes – hom­me/femme- chan­cel­lent. Titubent. Sous le regard. Errance oblique. L’observateur chan­celle  aus­si. Coup de poing. Perd  le souf­fle. L’équilibre. Les sil­hou­ettes se dépla­cent, à l’identique, dés­in­car­nées. Répéti­tion du même. Démul­ti­pli­ca­tion. Épaules voûtées, mains dans les poches, têtes bais­sées. Elles pour­suiv­ent du regard. Le vête­ment est flu­ide, uni­forme. Il tire sur l’informe. Dés­abusé. De là vient son mou­ve­ment. De sa pro­pre néga­tion. De son absence.  Les vis­ages  sont plats, réduits à. Une ligne. Un con­tour. Et pour­tant. On est sur­pris par leur force. L’acuité de leur regard. Désarçon­né. Le dés­espoir gagne. On se tient au bord du cri. On s’efforce de. Trou­ver quelque chose. Une anec­dote. Un fil. Elle, ce serait Pat­ti Smith. Même dégaine même mai­greur noyée dans la redin­gote noire. Cheveux lâchés sur les épaules. Et l’abandon ? Lui, l’émigré. Dans son arché­type. Sur fond lavande, ces vis­ages blêmes coupés par leur capu­chon, le pro­fil de Savona­role ? Prob­a­ble­ment pas. L’Algérien dans son burnous. Peut-être. Flot­te­ment dés­abusé des corps. Hors d’attente. Vibra­tion. Onde de choc. Qui sont-ils ? Qu’ont-ils à dire dans leur mutisme ? Quelque chose de nous passe dans ces corps jusqu’à nos corps flot­tants. Quelque chose qui inter­roge notre regard, le provoque jusqu’à l’insoutenable.

Je sors de la galerie. La lumière, plein fou­et. Les par­fums. Le ciel. La chaleur, écras­ante. Le crisse­ment con­tinu des cigales.  Les collines apaisantes de la Con­ca d’Oro.  Les vis­ages incon­nus de cer­tains invités. Pas tous. Ange Lec­cia passe.  On entre ; on cir­cule d’une salle à l’autre ; on échange quelques mots. Je feuil­lette le cat­a­logue de l’exposition. Je décou­vre une œuvre, un pein­tre. Djamel Tatah. Il sera là tout à l’heure. Il est là. Grandeur nature, pareil à ses sil­hou­ettes. Je recon­nais son vis­age. Je l’ai ren­con­tré dans ses toiles.  Le regard pétil­lant en plus. Et le sourire.

Le vernissage se pour­suit à l’extérieur. Les groupes se for­ment. L’ambiance est chaleureuse. Char­cu­terie corse et frappe à volon­té. Le vin est servi  en abon­dance. Nous sommes  à Mor­ta Majo (Pat­ri­mo­nio), dans l’espace d’Art Con­tem­po­rain du domaine Oren­ga de Gaffory. C’est l’été.

L’exposition Djamel Tatah se pour­suit jusqu’au 29 sep­tem­bre 2013.

 

 

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Angèle Paoli

Angèle Paoli est née à Bas­tia. Elle a enseigné pen­dant de nom­breuses années la lit­téra­ture française et l’italien. Elle vit actuelle­ment dans un vil­lage du Cap Corse, d’où elle ani­me la revue numérique de poésie & de cri­tique Ter­res de femmes, créée en décem­bre 2004 avec l’éditeur Yves Thomas et le pho­tographe et archi­tecte Guidu Antoni­et­ti di Cinar­ca. Elle a pub­lié de nom­breux ouvrages, mais aus­si des poèmes et/ou des arti­cles dans les revues Pas, Faire-Part, Poez­ibao, Fran­copo­lis, Europe, Siè­cle 21, La Revue des Archers, NU(e), Semi­cer­chio, Thau­ma, Les Car­nets d’Eucharis, Dip­tYque nos 1, 2 et 3, Le Quai des Let­tres, Décharge, Mou­vances, PLS (Place de la Sor­bonne), Recours au poème, Diérèse, Terre à ciel, Paysages écrits, Sec­ousse, Sar­razine, Mange Monde, Bac­cha­nales, Le Pan poé­tique des Mus­es, Souf­fles, Ce Qui Reste, …  Lau­réate du Prix européen de la cri­tique poé­tique fran­coph­o­ne Aris­tote 2013, attribué par le Céna­cle européen fran­coph­o­ne de Poésie, Art et Lit­téra­ture. Mem­bre du jury du Prix de poésie Léon-Gabriel Gros (revue Phœnix) pour l’an­née 2013. Invitée en tant que poète au 17e Fes­ti­val de poésie «Voix de la Méditer­ranée» de Lodève (juil­let 2014). Mem­bre du comité de rédac­tion des revues Sar­razine et Les Car­nets d’Eucharis. Poète invitée de «Ritrat­ti di Poe­sia — Fon­dazione Roma» (févri­er 2016).  Bib­li­ogra­phie :  ▪ Noir écrin, A Fior di Car­ta, Bar­ret­tali (Haute-Corse), 2007  ▪ Man­far­inu, l’âne de Noël, A Fior di Car­ta, Bar­ret­tali (Haute-Corse), 2007  ▪ A l’aplomb du mur blanc, livre d’artiste illus­tré et réal­isé par Véronique Agos­ti­ni, édi­tions Les Aresquiers, Fron­tig­nan, 2008 ▪ Lal­la ou le chant des sables, réc­it-poème, édi­tions Ter­res de femmes, Canari (Haute-Corse), 2008. Pré­face de Cécile Oumhani  ▪ Corps y es-tu ?, livre d’artiste illus­tré et réal­isé par Véronique Agos­ti­ni, édi­tions Les Aresquiers, Fron­tig­nan, mai 2009  ▪ Le Lion des Abruzzes, réc­it-poème, édi­tions Cousu Main, Avi­gnon, décem­bre 2009. Pho­togra­phies de Guidu Antoni­et­ti di Cinar­ca  ▪ Car­nets de marche, édi­tions du Petit Pois, Béziers, juil­let 2010  ▪ Camaïeux, livre d’artiste illus­tré et réal­isé par Véronique Agos­ti­ni, édi­tions Les Aresquiers, Fron­tig­nan, sep­tem­bre 2010  ▪ Soli­tude des seuils, livre d’artiste, gravure de Marc Pessin sur un dessin de Patrick Navaï, édi­tions Le Verbe et L’Em­preinte [Marc Pessin], Saint-Lau­rent-du-Pont, octo­bre 2011  ▪ La Figue, livre d’artiste illus­tré et réal­isé par Dom et Jean Paul Ruiz, avril 2012. Pré­face de Denise Le Dan­tec  ▪ Soli­tude des seuils, Colon­na Édi­tion, 20167 Ala­ta, juin 2012. Lim­i­naire de Jean-Louis Gio­van­noni  ▪ De l’autre côté, édi­tions du Petit Pois, Béziers, novem­bre 2013  ▪ La Mon­tagne couron­née, édi­tions La Porte, Laon, mai 2014  ▪ Une fenêtre sur la mer/Anthologie de la poésie corse actuelle coor­don­née par Angèle Paoli (antholo­gie bilingue corse/français), Recours au poème édi­teurs, décem­bre 2014  ▪ Les Feuil­lets de la Mino­tau­re, Revue Ter­res de femmes | édi­tions de Cor­levour, col­lec­tion Poésie, avril 2015  ▪ l’autre côté, livre de verre et papi­er, réal­isé par Lô (Lau­rence Bour­geois) en 4 exem­plaires au pays de Pézenas, juin 2015  ▪ Tra­mon­ti, édi­tions Hen­ry, Col­lec­tion La main aux poètes, sep­tem­bre 2015  ▪ L’Isula, édi­tions Imprévues, Col­lec­tion Accordéons, édi­tion numérotée, novem­bre 2015 ▪ Ital­ies Fab­u­lae, réc­its et nou­velles, édi­tions Al Man­ar, juin 2017. Post­face d’Is­abelle Lévesque ▪ Ter­res de femmes | Terre di donne, 12 poètes cors­es, édi­tion bilingue coor­don­née par Angèle Paoli, édi­tions des Lisières, Col­lec­tion Hêtraie (voix poé­tiques féminines bilingues), juil­let 2017 ▪ Artemisia allo spec­chio, Vita Acti­va Edi­to­ria, Col­lana Trame, Tri­este, juin 2018 Ouvrages en col­lab­o­ra­tion :  ▪ Philippe Jam­bert (pho­tos) et Angèle Paoli (textes), Aux portes de l’île, Edi­tions Galéa, juil­let 2011  ▪ Angèle Paoli et Paul-François Paoli, Les Romans de la Corse,éditions du Rocher, juin 2012  ▪ Antholo­gie Pas d’ici, pas d’ailleurs (antholo­gie fran­coph­o­ne de voix féminines contemporaines)(poèmes réu­nis par Sabine Huynh, Andrée Lacelle, Angèle Paoli et Aurélie Tour­ni­aire — en parte­nar­i­at avec la revue Ter­res de femmes), édi­tions Voix d’encre, juil­let 2012.  ▪ Philippe Jam­bert (pho­tos) et Angèle Paoli (textes), Fontaines de Corse, Edi­tions Galéa, juin 2014.  ▪ Angèle Paoli (texte) & David Hébert (dessins), Corse, édi­tions des Van­neaux, Col­lec­tion Car­nets nomades, juin 2018 ▪ Angèle Paoli & Stéphan Causse, Ren­dez-vous à l’arbre bruyère, édi­tions Al Man­ar, col­lec­tion Poésie. Aquarelles de Car­o­line François-Rubi­no, juin 2018 ▪ Angèle Paoli & Maria Desmée, Dans le jardin des sim­ples, Les Cahiers du Museur, Col­lec­tion « À Côté », dirigée par Alain Freixe, 2018. Tra­duc­tions :  ▪ Luigia Sor­renti­no, Olimpia/Olympia, Inter­lin­ea edi­zioni, Novara, 2013 | Recours au poème édi­tions, 2015  ▪ Luigia Sor­renti­no, Figu­ra d’acqua/Figure de l’eau, aquarelles de Car­o­line François-Rubi­no (à paraître en juin 2017 aux édi­tions Al Man­ar)  Préfaces/postfaces :  ▪ Pré­face de : Stéphane Guiraud, Le Cap Corse, Ghi­ro édi­tion, févri­er 2015  ▪ Pré­face de : Mar­tine-Gabrielle Konors­ki, Une lumière s’accorde, édi­tions Le Nou­v­el Athanor, Col­lec­tion Ivoire, 2016 ▪ « Dans la ruche ouverte du poème, la parole tra­ver­sière », post­face de : Sylvie Fab­re G., La Mai­son sans vit­res, La Passe du vent éd. (à paraître au print­emps 2017)