> Philippe Barma, Ault-Onival

Philippe Barma, Ault-Onival

Par |2018-09-05T10:06:16+00:00 4 septembre 2018|Catégories : Philippe Barma, Poèmes|

Falaise de cal­caire
au bord d’une blan­cheur

Sur l’enclume des eaux
res­pire l’immobilité feinte des rêves

Ouverture des mai­sons
au vent noir de la pluie

Bruit de silex
dans la rouille du doute

Brisement de la mer
contre la tom­bée

de la lampe allu­mée
sur de grands oiseaux bles­sés

 

****

 

Sur la plage
l’arbre de la mer
aux feuilles de sable calme
s’exténue dans la ner­vure des ridins

 

L’arbre aux feuillages de vagues
est là sur le sable
immo­bile
il écoute seule­ment

le bleu silence des écumes
avant que de retour­ner
vers le clo­cher de Quend

Il ira peut-être jusqu’à Rue
por­tant sa croix
de Résurrection
a tra­vers les ombres
rouge sang
d’un matin de novembre.

***

 

le regard boit la mer
comme une coupe d’eau
qui déborde de silence

 

***

 

Ce matin
le rose des sables
pleure à peine sur la branche
nue des sables

les écumes de ciel empourprent
la haute len­teur des nuages

Comme une vibra­tion du simple
la cou­leur  par-des­sus le vert
là-bas chante le silence

 

****

 

Arbre de la mer
aux racines de sable et de sel
Effeuilles de vagues sans cesse agi­tées
par un vent de glaise pro­fonde

par­fois un fruit roule sur la pente du ciel
a pas légers de nuages ver­meils

Peut-être vont-ils
pleu­rer Verlaine
du côté de l’Arrageois
où campent les Atrébates
peuples aux che­veux longs et bleus
de la Gaule Belgique

et c’est un soleil de miel
au fond d’un peu de lait
dépo­sé comme une offrande lyrique
sur les bords de la Somme mys­tique

 

***

Jamais le jour n’a cou­lé plus  haut par-des­sus nos têtes. Il fini­ra par
débor­der sur les patiences de la pierre. Il pleut à peine sur la vitre où
les arai­gnées tissent le hié­ro­glyphe de nos pro­chaines for­fai­tures. Les
gout­tières engrangent le blé mal­gré les jalou­sies de l’ivraie.

 

***

 

Une main de nuit sub­siste dans le car­nage de l’épaule san­gui­naire. Elle
porte une  cor­beille de plâtre noir. Les fruits de l’hiver luttent contre
le retour de la mémoire. La cendre recom­pose la  trace d’une rigueur
éteinte. La courbe du deuil com­bat inuti­le­ment un soleil de Résurrection

 

***

 

Un cri de cor­mo­ran blesse le cré­pus­cule. La voile blanche des ceri­siers
lève du côté de Valloire par-des­sus un  cloître de ver­dure.

 

***

 

La mer efface toute vague qu’elle ne peut cor­ri­ger

 

***

 

Un oiseau sur la Somme recoud les fièvres du vent et sacri­fie les hautes
pierres aux pluies brû­lantes des orties
Quai Jeanne d’Arc. Longue pro­me­nade qui embrase les confu­sions du sel pour
éclai­rer les gestes de la Somme. Les tilleuls sont amar­rés  aux feuillages
de l’hiver.
Du côté du Courtgain, près du cal­vaire des pêcheurs, Degas est là.
Immobile. Il regarde les toits de Saint-Valéry-sur-Somme comme une pro­messe
de pein­ture construite.
Pays aux pluies hori­zon­tales  où la lumière pleut les souf­frances du gris

 

***

 

La baie de Somme gésit dans les toiles de Braquaval. Celui-ci a lut­té de
vive lutte pour libé­rer sur sa toile le fluide de la mer mêlée à celui de
la lumière chan­geante et variante. Alors le vaste ciel de Picardie mari­time
occupe les deux-tiers de sa toile. Et la baie de Somme n’est plus qu’une
ouver­ture sym­pho­nique en gris de lumière. Et le ciel nua­geux fait  à lui
seul comme dans les marines hol­lan­daises tout le concert sur l’effacement
et la sour­dine des terres envi­ron­nant cette baie à jamais close sur
l’infini du Ciel.

 

 

***

 

Je réveille les aubes sèches de la lune. Mon jour ras­semble les lim­pi­di­tés
des rivages  éteints. Dans l’inquiétude de voir se lever la nuit comme
une clar­té, mon pas mesure l’improbable de l’herbe à l’aune d’un
peu de foi.

 

 

X