Falaise de calcaire
au bord d’une blancheur

Sur l’en­clume des eaux
respire l’im­mo­bil­ité feinte des rêves

Ouver­ture des maisons
au vent noir de la pluie

Bruit de silex
dans la rouille du doute

Brise­ment de la mer
con­tre la tombée

de la lampe allumée
sur de grands oiseaux blessés

 

****

 

Sur la plage
l’ar­bre de la mer
aux feuilles de sable calme
s’ex­ténue dans la nervure des ridins

 

L’ar­bre aux feuil­lages de vagues
est là sur le sable
immobile
il écoute seulement

le bleu silence des écumes
avant que de retourner
vers le clocher de Quend

Il ira peut-être jusqu’à Rue
por­tant sa croix
de Résurrection
a tra­vers les ombres
rouge sang
d’un matin de novembre.

***

 

le regard boit la mer
comme une coupe d’eau
qui débor­de de silence

 

***

 

Ce matin
le rose des sables
pleure à peine sur la branche
nue des sables

les écumes de ciel empourprent
la haute lenteur des nuages

Comme une vibra­tion du simple
la couleur  par-dessus le vert
là-bas chante le silence

 

****

 

Arbre de la mer
aux racines de sable et de sel
Effeuilles de vagues sans cesse agitées
par un vent de glaise profonde

par­fois un fruit roule sur la pente du ciel
a pas légers de nuages vermeils

Peut-être vont-ils
pleur­er Verlaine
du côté de l’Arrageois
où camp­ent les Atrébates
peu­ples aux cheveux longs et bleus
de la Gaule Belgique

et c’est un soleil de miel
au fond d’un peu de lait
déposé comme une offrande lyrique
sur les bor­ds de la Somme mystique

 

***

Jamais le jour n’a coulé plus  haut par-dessus nos têtes. Il fini­ra par
débor­der sur les patiences de la pierre. Il pleut à peine sur la vit­re où
les araignées tis­sent le hiéro­glyphe de nos prochaines for­fai­tures. Les
gout­tières engrangent le blé mal­gré les jalousies de l’ivraie.

 

***

 

Une main de nuit sub­siste dans le car­nage de l’épaule san­guinaire. Elle
porte une  cor­beille de plâtre noir. Les fruits de l’hiver lut­tent contre
le retour de la mémoire. La cen­dre recom­pose la  trace d’une rigueur
éteinte. La courbe du deuil com­bat inutile­ment un soleil de Résurrection

 

***

 

Un cri de cor­moran blesse le cré­pus­cule. La voile blanche des cerisiers
lève du côté de Val­loire par-dessus un  cloître de verdure.

 

***

 

La mer efface toute vague qu’elle ne peut corriger

 

***

 

Un oiseau sur la Somme recoud les fièvres du vent et sac­ri­fie les hautes
pier­res aux pluies brûlantes des orties
Quai Jeanne d’Arc. Longue prom­e­nade qui embrase les con­fu­sions du sel pour
éclair­er les gestes de la Somme. Les tilleuls sont amar­rés  aux feuillages
de l’hiver.
Du côté du Court­gain, près du cal­vaire des pêcheurs, Degas est là.
Immo­bile. Il regarde les toits de Saint-Valéry-sur-Somme comme une promesse
de pein­ture construite.
Pays aux pluies hor­i­zon­tales  où la lumière pleut les souf­frances du gris

 

***

 

La baie de Somme gésit dans les toiles de Braqua­val. Celui-ci a lut­té de
vive lutte pour libér­er sur sa toile le flu­ide de la mer mêlée à celui de
la lumière changeante et vari­ante. Alors le vaste ciel de Picardie maritime
occupe les deux-tiers de sa toile. Et la baie de Somme n’est plus qu’une
ouver­ture sym­phonique en gris de lumière. Et le ciel nuageux fait  à lui
seul comme dans les marines hol­landais­es tout le con­cert sur l’effacement
et la sour­dine des ter­res envi­ron­nant cette baie à jamais close sur
l’infini du Ciel.

 

 

***

 

Je réveille les aubes sèch­es de la lune. Mon jour rassem­ble les limpidités
des rivages  éteints. Dans l’inquiétude de voir se lever la nuit comme
une clarté, mon pas mesure l’improbable de l’herbe à l’aune d’un
peu de foi.