> 2 traductions des “Fleurs du Mal”

2 traductions des “Fleurs du Mal”

Par | 2018-05-25T12:47:35+00:00 20 février 2017|Catégories : Blog|

TO A WOMAN PASSING BY

 

All around me how­led the dea­fe­ning street.
Tall and slim, with sor­row­ful majes­ty,
a woman in full mour­ning pas­sed me by,
her sump­tuous hand swin­ging her fes­too­ned skirt.

 

She was love­ly as a sta­tue, lithe and tall.
I ten­sed like a raving fool, drin­king in
the hea­ven of those grey eyes where storms begin –
bewit­ching sweet­ness, plea­sure that could kill.

 

One light­ning flash… then night ! – Fleeting beau­ty,
whose glance lif­ted me back to life,
will I ever see you again this side of eter­ni­ty ?

 

Elsewhere, fara­way, too late, maybe never !
Where was the other going ? Neither of us could tell.
Yet I could have loved you. And you knew it well !

 

 

À UNE PASSANTE

 

La rue assour­dis­sante autour de moi hur­lait.
Longue, mince, en grand deuil, dou­leur majes­tueuse,
Une femme pas­sa, d’une main fas­tueuse
Soulevant, balan­çant le fes­ton et l’ourlet ;

 

Agile et noble, avec sa jambe de sta­tue.
Moi, je buvais, cris­pé comme un extra­va­gant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l’ouragan,
La dou­ceur qui fas­cine et le plai­sir qui tue.

 

Un éclair… puis la nuit ! – Fugitive beau­té
Dont le regard m’a fait sou­dai­ne­ment renaître,
Ne te ver­rai-je plus que dans l’éternité ?

 

Ailleurs, bien loin d’ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais !

 

 

THE GAME

 

Old ladies of the night, in faded chairs,
with pen­cil­led-on eye­brows and win­ning looks,
sim­pe­ring and ogling, angling skin­ny ears
so gems and metal dance with lit­tle clicks ;

 

around green baize, faces with no lips,
lips with no colour, jaws devoid of teeth,
infer­nal­ly twit­ching, gro­ping fin­ger­tips
sear­ching emp­ty pockets, picking at cloth ;

 

dus­ty chan­de­liers, a grub­by room,
enor­mous oil lamps doling out dim light
to famous poets, fore­heads wra­cked with gloom,
squan­de­ring all they’ve ear­ned through blood and sweat.

 

That’s the black tableau that I was shown
once in a dream. Or call it second sight –
I saw myself there wat­ching in that den,
cold and mute and envious of their lot.

 

Envious of the men’s tena­cious pas­sion
and the dis­mal gaie­ty of those old whores,
all traf­fi­cking to my face some final ration
of the beau­ty or esteem that once was theirs.

 

I felt my heart contract. What, envy these –
poor souls who race at the chasm with ela­tion,
so drunk on their own blood they’d clear­ly choose
pain over death, hell over anni­hi­la­tion !

 

 

LE JEU

 

Dans des fau­teuils fanés des cour­ti­sanes vieilles,
Pâles, le sour­cil peint, l’oeil câlin et fatal,
Minaudant, et fai­sant de leurs maigres oreilles
Tomber un cli­que­tis de pierre et de métal ;

 

Autour des verts tapis des visages sans lèvre,
Des lèvres sans cou­leur, des mâchoires sans dent,
Et des doigts convul­sés d’une infer­nale fièvre,
Fouillant la poche vide ou le sein pal­pi­tant ;

 

Sous de sales pla­fonds un rang de pâles lustres
Et d’énormes quin­quets pro­je­tant leurs lueurs
Sur des fronts téné­breux de poètes illustres
Qui viennent gas­piller leurs san­glantes sueurs ;

 

Voilà le noir tableau qu’en un rêve noc­turne
Je vis se dérou­ler sous mon oeil clair­voyant.
Moi-même, dans un coin de l’antre taci­turne,
Je me vis accou­dé, froid, muet, enviant,

 

Enviant de ces gens la pas­sion tenace,
De ces vieilles putains la funèbre gaie­té,
Et tous gaillar­de­ment tra­fi­quant à ma face,
L’un de son vieil hon­neur, l’autre de sa beau­té !

 

Et mon coeur s’effraya d’envier maint pauvre homme
Courant avec fer­veur à l’abîme béant,
Et qui, soûl de son sang, pré­fé­re­rait en somme
La dou­leur à la mort et l’enfer au néant !

 

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