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4 poèmes d’Aleksey Porvin

Par |2018-10-22T14:14:32+00:00 31 janvier 2017|Catégories : Blog|

         1

 

Le vase qui tombe salue le sol
de ses fleurs et de son eau trouble,
le cercle de verre bri­sé
jonche le par­quet, où le cou­pable –     

chaque éclat crisse tout en cruau­té ver­nie –
s’est réfu­gié sous la garde-robe
bien que tou­jours à por­tée de l’eau, comme
chaque bruit est à por­tée du silence.

Un minus­cule éclat de verre explore l’entaille
& cherche un sem­blant d’âme au fond du doigt
Il ne s’en trouve aucun dans la veine lim­pide,
pas un seul & main­te­nant n’est nulle part ;

mais il est trans­pa­rent & par consé­quent                                                                              
capable de voir,
à tra­vers lui-même il contemple la dou­leur :
le lieu – une goutte de sang,
un angle mort à la sur­face du verre.

 

           2

Les branches sombres déclarent for­fait
le vent se referme sur lui-même ;
quelque chose en moi dai­gne­ra-t-il
consi­gner leur sou­ve­nir ?
Le vent a échoué – ici
il y a de l’air, des pierres et des brin­dilles        
– que reste-t-il en eux ?
Tout ne sau­rait périr.

L’automne gar­de­ra-t-il sou­ve­nir
de moi ? Quelle facul­té
de mémoire est la sienne ?
Vent, rap­porte les branches.

Continue ta route – laisse ici toute chose –
Je me sou­vien­drai de toi :
offrant les ves­tiges des ultimes
rameaux du jour.

 

3.

 

Obliquant sur le che­min, vers la musique,
nous nous enrô­le­rons avec la pluie,
faute de mieux  :

salut ché­ri,                                                                  
ouvre la route –
ta demeure gran­dit
à cette réson­nance, où il n’y a per­sonne.

Tu as beau­coup d’amis
qui, ayant entre­pris une dis­tante ambu­la­tion,
n’atteignent pas leur des­ti­na­tion.

Nous sommes pas­sés dans la soi­rée, mais
sans trou­ver la porte :
fina­le­ment, il est appa­ru que c’était toi.

La pluie se lève­ra pour nous ;
Tu seras aus­si strict qu’un ins­tru­ment de mesure
dans tes ques­tions :

mais sans cacher les yeux humides,
l’eau sublime, nous lave
avec quelque chose qui tient de la soli­tude.

 

                 4

 

Un oiseau marche sur le toit du gre­nier,
sur les cor­niches, comme s’il était une main :
tap, tap, tap – per­met­tez-moi
de frap­per, cha­leu­reux et de conce­voir…

De quoi ma main est-elle lourde, quand les plumes
des doigts et les pul­sa­tions des becs – les tiens ? – sont chauds
Le sang est-il en réa­li­té aus­si vaste que le vol
en cette année qui a fon­du ?

Ce mur­mure est celui de mon sang, de mon enfant non-né* :
C’est moi qui suis là sur le toit, et par­fai­te­ment satis­fait
C’est mon choix de venir ain­si frap­per à ta porte
Toi qui n’es pas ma des­ti­née.

 

 

Traduction : Eric Boury

 

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