> 5 POEMES /​ 5 POEMS

5 POEMES /​ 5 POEMS

Par | 2018-02-23T15:34:12+00:00 29 mars 2015|Catégories : Blog|

 

Dans un Vieux Magazine

Dans un vieux maga­zine ache­té avec d’autres
Sur une foire aux livres domi­née par des chas­seurs de pre­mière édi­tion
Se ruant avec des cris et des hour­ras sur les tables char­gées,

Par hasard s’ouvre un poème,  tra­duit, et pour­tant
Beau, triste, et qui vous file encore un direct comme un engin char­gé
D’un machin tou­jours à moi­tié là et qui tic­taque.

C’est un poème déplo­rant la perte de l’ancienne Lithuanie
Et bien sûr la perte ou l’abandon dis­trait quelque part de
L’enfance. C’est de Czeslaw Milosz dont les deux z

Le pré­cèdent comme le double éten­dard de péle­rins ou de légion­naires,
L’un à l’avant, l’autre sou­te­nant l’arrière
Tandis que, flot­tant, ils des­cendent une enfi­lade de mon­tagnes. Ca rap­pelle

Les tour­ments de cette Europe comme une femme en fou­lard,
La tris­tesse d’anciens cli­chés d’églises en bois,
De log­gias, car­rioles, trai­neaux et métiers à tis­ser, d’hommes et de femmes

En cos­tume tra­di­tion­nel, que­nouille ou accor­déon à la main,
Représentés dans un silence sépia aus­si pal­pable
Que le silence des pro­ba­bi­li­tés face à une ava­lanche.

Le poète est ren­tré après cin­quante ans. Tout a chan­gé.
« Je me sou­ve­nais de l’endroit où tour­ner mais je ne recon­nais­sais pas la rivière. »
Les gre­niers et ver­gers et allées de tilleuls ont dis­pa­ru

Et avec eux le coffre de mariée, le miroir sculp­té
Et le bos­quet de vieux pins. Mais il se sou­vient
Du par­fum du roma­rin, de l’averse d’une gerbe de lilas

Et il se rap­pelle aus­si un petit lac, aux rives désor­mais
Privée de ses joncs «  à tra­vers les­quels nous avan­cions en lut­tant, nageant

Pour nous essuyer ensuite, moi et Mademoiselle X, avec une seule ser­viette, en dan­sant. »

C’est cette Mademoiselle X dont je vois la marche répé­tée ad libi­tum
Depuis les loin­tains bou­leaux et s’arrêtant pour la ser­viette
Tandis que le long de l’avant-bras et du ster­num blancs se ras­semblent des gout­te­lettes.

C’est Mademoiselle X que je vou­drais revoir –
Davantage même que  revi­si­ter les aulnes  abat­tus depuis long­temps
Ou les anciens gre­niers et leurs pommes d’automne,

Ou les vil­lages deve­nus des champs vides,
Elle avec une che­ville macu­lée de boue, avec un petit bleu
Sur un tibia, avec la légère cica­trice

D’un vac­cin de variole sur un bras,
Elle qui tenant une ser­viette d’une main
Pointe de la main libre vers le pas­sé.

Et tout comme Milosz est dérou­té par cette Lithuanie per­due

Ne peut-on aus­si regret­ter la perte
D’une Australie per­due sans avoir été jamais trou­vée
Une Australie où il se peut que j’aie nagé –
A Tidal Palms ou Thousand Mile Beach – avec quelqu’un
Ressemblant à Mademoiselle X sans jamais le savoir,

Une Australie jamais trou­vée puis de nou­veau per­due – le tout en cin­quante ans,
L’ardoise de tout ce qui était enthou­siaste,
sug­ges­tif ou vital,
Effacée ou salie par le nou­veau Conservatisme ?

Car c’est tout l’ensemble éva­noui de cet agglo­mé­rat

Reliques de poutres byzan­tines sculp­tées,  traces dans des allées
D’un mil­lé­naire d’encens, de ver­gers retour­nés aux char­dons –

Que, mal­gré leur perte ou leur déclin ou la tra­duc­tion
Milosz trouve encore per­sis­tant comme l’ozone de la mémoire.
Ceci manque tota­le­ment ici, et à leur place

Sévissent sub­ver­sion et redé­ploie­ment
per­vers du pas­sé.
Le constant rabat­te­ment au sol des vrilles Bourgeonnantes et des racines, le rejet du jeune euca­lyp­tus

Elagué comme s’il était un grands pavot. En consé­quence
En l’absence totale de telles traces, dans une tra­di­tion de mâche­fer,
De denses mal­lee, de vide et bleu incan­des­cent,

Je  n’ai pas le sen­ti­ment de reve­nir à des ruines, des façades peintes,
Des restes énig­ma­tiques, exca­va­tions, bro­de­ries qui s’effacent,
Mais suis plu­tôt flot­tant  dans une abs­trac­tion d’air,
A l’écart de telles his­toires, comme si tout au long de la côte
Les vagues réson­naient seule­ment en mineur
Aussi mélo­dieuses que le retour de Schubert à ce mode,

Et que je cher­chais, dans cette vaste plage tabu­la rasa
Quelque chose qui pût légi­ti­mer une cadence sem­blable à celle de la fin de Milosz :
« Soudain je me sen­tis dis­pa­raître et pleu­rer de joie. »

 

In An Old Magazine

 

In an old maga­zine bought with others
At a book­fair domi­na­ted by first edi­tion hun­ters
Descending with whoops and hol­las on the hea­ped-up tables,

By chance a poem opens which, des­pite being trans­la­ted,
Is beau­ti­ful, sad, and still packs a punch like a canis­ter
Of some hea­vy ele­ment ticking and still half present.

It is a poem regret­ting the loss of old Lithuania
And of course the loss or absent-min­ded mis­pla­ce­ment somew­here
Of child­hood.  It is by Czeslaw Milosz whose two z’s

Go before him like pil­grims’ or legion­naires’ pair of flags,
One in the fore­front, one brin­ging up the rear
As, flut­te­ring, they des­cend a moun­tain enfi­lade.  It recalls

The sor­rows of that Europe like a woman in head­scarf,
The sad­ness of ear­ly pho­to­graphs of woo­den churches,
Loggia, cart, sleigh and loom, of men and women

In tra­di­tio­nal cos­tume hol­ding dis­taff or accor­dion,
Pictured in a sepia silence as pal­pable
As the silence of pro­ba­bi­li­ty before an ava­lanche.

The poet has retur­ned after fif­ty years.  All is chan­ged.
“I remem­be­red where to turn but did not reco­gnise the river.”
The gra­na­ry and orchards and lin­den alley have gone

And with them the dowry chest, the car­ved loo­king-glass
And the grove of ancient pines.  But he remem­bers
The scent of rose­ma­ry, the sho­wer from a spray of lilac

And he remem­bers too a small lake, its shores now
Without its rushes “through which we strug­gled for­ward, swim­ming
To dry our­selves after­wards, I and Miss X, with one towel, dan­cing.”

It is this Miss X whom I see repea­ted­ly step­ping ad libi­tum
From the birch shal­lows and pau­sing for the towel
While along a white forearm and ster­num dro­plets gather ;

It is Miss X whom I would like to see again –
Even more than to revi­sit the alders long ago fel­led
Or the for­mer gra­na­ry cel­lars with their win­ter apples,

Or the vil­lages which have become emp­ty fields,
She with a mud-strea­ked ankle, with a small bruise
On one shin, with the slight dis­fi­gu­re­ment

Of a small­pox ino­cu­la­tion on one arm,
She who while hol­ding the towel with one hand
Points with her free hand towards the past.

And just as Milosz is bemu­sed at this lost Lithuania
Might we not equal­ly regret the loss
Of an Australia lost without ever having been pro­per­ly found

An Australia in which I may have swum –
At Tidal Palms or Thousand Mile Beach – with someone
Resembling Miss X without ever kno­wing it,

An Australia never found then lost again – all in fif­ty years,
The slate era­sed or mud­died of all that was zest­ful,
Redolent or vital, by the new Conservatism ?

For it is that whole faint appa­ra­tus of accre­tion –
Relics of Byzantine car­ved tim­bers, the traces in lanes
Of a mil­len­nium of incense, orchards rever­ting to thistle –

Which, even in their loss or decline or trans­la­tion,
Milosz finds still lin­ge­ring as memory’s ozone.
This is enti­re­ly lacking here, and in its place

Is a sub­ver­sion and per­verse rede­ploy­ment of the past,
The constant cut­ting back to the ground of bur­geo­ning
Tendrils and roots, the young euca­lyp­tus regrowth

Lopped as if it were tall pop­pies.  Accordingly
In the absence of all such traces, the tra­di­tion being clin­ker,
Dense mal­lee, emp­ti­ness and sea­ring blue,

I feel not as one retur­ning to ruins, pain­ted façades,
Enigmatic remains, exca­va­tions, fading embroi­de­ries,
But rather am sus­pen­ded in an abs­trac­tion of air

Removed from such his­to­ries, as if all along the coast
The waves resoun­ded in the minor key only
As sweet­ly as Schubert’s retur­ning to that mode,

And I were loo­king in this vast beach tabu­la rasa
For some­thing to legi­ti­mise a cadence like Milosz’s conclu­sion :

Suddenly I felt I was disap­pea­ring and wee­ping with joy.”

 

***

Les Coquelicots exposent leur situa­tion

 

Cette fois-ci, disent-ils, essaie de trou­ver la bonne solu­tion ;
il y a juste assez de place pour les méta­phores,
et si nous com­pa­rer à un tas d’autres choses
étran­gères pour­rait te faire sou­rire,
nous nous sen­tons faci­le­ment sub­mer­gés.

N’y-a-t-il pas une solu­tion inter­mé­diaire ? N’es-tu pas capable
de nous regar­der plus de quelques secondes
sans avoir à te détour­ner pour cher­cher des simi­li­tudes ?
On n’aime pas se sen­tir pas­ser au deuxième rang,
Avoir tou­jours à secon­der quelque obs­cure notion.

Ca signi­fie beau­coup pour nous – si tu veux vrai­ment
savoir la véri­té – d être sim­ple­ment regar­dés
et pas objets ou sujet d’un tra­vail.
Et voi­là  – même en cet ins­tant tu t’intéresses 
à l’autre côté de la pièce, toi qui es

si faci­le­ment dis­trait, toi qui as tant
de fer au feu. Comment alors
avan­cer vers quelque point d’accord
conve­nu, une table espla­nade avec du vin,
avec la mer toute calme de l’autre côté du mur ?

Bon,  tu es de retour, mais pour com­bien de temps ?
Nous n’avons presque pas bou­gé  et seule­ment d’un léger
déploie­ment comme pour te saluer plus par­fai­te­ment.
Et pour­tant tu t’éloignes comme si la lumière

n’avait pas tou­jours l’intention de s’engager avec nous,

Si tu ne fais pas plus que res­ter
quel­que­fois près de nous et regar­der la mer,
com­ment alors peux-tu pré­tendre nous entendre
par-des­sus les vagues ? Peux-tu être vrai­ment
sérieux ? Sommes-nous ton sujet ou toi, le nôtre ?

Toute la nuit nous avons par­lé de toi
pen­dant que tu dor­mais, ou rêvais, bat­tant,
pour­rait-il sem­bler, des champs de coque­li­cots…
Nous étions inébran­lables, immo­biles sans
recher­cher la dis­trac­tion d’autres champs.

Voyons ce que tu as écrit jusqu’à pré­sent :
« Barque retour­née dans un cou­chant écla­bous­sé de lait,
écorces  d’amandes pelées qui tombent, sai­sies
par  une main ten­due, soyeuse peau d’orange… »
Allons ! Laisse-nous rap­por­ter ici ces graves défaillances –

                      « Copeaux de glace, ailes, frois­se­ments
                               dis­cu­tables, pré­cu­seurs
à demi-tom­bés, conscience sur tige, vitres gla­cées,
Lueur du feu, rou­geoie­ment sans cha­leur du chauf­fage au gaz…

Un tel épar­pille­ment ! Tant de domaines reven­di­qués !
Tant de flèches tirées au hasard dans l’air pré­oc­cu­pé !

Mais peut-être ! Peut-être nous pour­rions quand même par­ve­nir
à un accord ? Même à cette heure
tar­dive vu  le temps limi­té qui nous reste
ne pour­rions-nous enfin espé­rer nous ren­con­trer
                                                 à éga­li­té et sans arti­fice ?

 

The Poppies State Their Own Position

 

This time, they say, try and get it right ;
there’s only just so much space for simile,
and like­ning us to a whole lot of other
alien things might make you all smile,
but it’s easy for us to feel sub­mer­ged.

Isn’t there some middle course ?  Aren’t you capable
of loo­king at us for more than a few seconds
without having to look away for like­nesses ?
We don’t like the expe­rience of coming up for seconds,
of always having to second some obs­cure notion.

It means a lot to us – if you real­ly want
to know the truth – to be sim­ply loo­ked at
and not wor­ked over or wor­ked at.
There you are – even now you’re at
the other side of the room, you who are

so easi­ly dis­trac­ted, you who have
so many irons in the fire.  How then
can we pro­ceed towards some agreed-upon
mee­ting point, an espla­nade table with wine,
with the sea very calm beyond the wall ?

 

So you’ve come back, but for how long ?
We have scar­ce­ly moved and only in a slight
unfol­ding as if to greet you more ful­ly.
And yet you walk away as if light
weren’t always intent on enga­ging with us,

If you do no more than some­times
stand near us and look out to sea,
how then can you expect to hear us
over those waves.  Can you real­ly be
serious ?  Are we your sub­jects or you ours ?

Overnight we have been spea­king about you
while you were slee­ping or drea­ming, thre­shing,
it would seem to us, in pop­py fields …
We were stead­fast, not moving and not
see­king the dis­trac­tion of other fields.

Let us exa­mine what you have writ­ten so far :
“White uptur­ned coracle in a sun­set spla­shed with milk,
slou­ghed-off almond cases fal­ling, caught
in an outs­tret­ched hand, orange peel of silk – ”
So !  Let us ack­now­ledge here these serious lapses –

Shavings of ice, wings, contro­ver­sial crum­pling, half
fal­len fore­run­ners, conscious­ness on stems, fros­ted panes,
fire­light, coal­gas glow at room tem­pe­ra­ture – ”
Such dis­si­pa­tion !  Such ambit claims !
Such arrows fired ran­dom­ly into preoc­cu­pied air !

But per­haps !  Perhaps we could still come
to some agree­ment ?  Even at this late
hour in the limi­ted time we have remai­ning
might we not at least hope to meet
on equal terms and without arti­fice ?

 

 

***

 

Pour Faire Simple

 

Comme l’e-mail cor­res­pond à la lettre du 19ème siècle
Ainsi le poème écrit en tran­sit
Ou dans un bar ou sur le dos des enve­loppes
Correspond à l’astucieuse construc­tion
Caractérisant la période 1340-1900.
Le poème de pas­sage ou libel­lule
Est une sorte de nive­lage par le bas ou de réamé­na­ge­ment
Ou d’émoustillage ou d’excitation
Du poème-déjeu­ner ambu­la­toire au rythme de valse-minute
Tapé à la machine par Franck O’Hara.
Et voi­ci un sujet inté­res­sant qui méri­te­rait d’être sai­si :
Dans ce café pré­cis, une jeune fille
Demande un « café au lait, mais pas trop au lait »
Et  les deux femmes à la machine à café
Ont l’air sur­pris et demandent « C‘est à dire ? »
C’est un peu comme le mari de Women’s Weekly
Auquel on demande « A quoi, l’omelette ? »
Et qui répond gen­ti­ment « Oh, n’importe quoi, sauf les œufs. »
L’atténuation est notre sujet et nous cher­chons
Le poème sans limites qui le clouent à terre,
Comme une tente sans cordes ni piquets,
Ce qui cadre­rait  avec tes e-mails
Dont je par­viens à rap­pe­ler cer­tains
De la Voie Lactée du cybe­res­pace de la mémoire.
Par exemple « bucket of poo » (qui s’avère
Etre une sorte de ver­lan) ou « Ug » (signi­fi­ca­tion pré­cise désor­mais inac­ces­sible) ou « Jolly good »
(sym­pa­thique mais pra­ti­que­ment dépour­vu d’application) –
Un poème pla­nant à la lisière de la poé­sie,
Comme une arai­gnée d’eau  sur quelque chose
Ayant quelque sorte de res­sem­blance avec un fleuve
Qui évite la métrique et tous les engins rhé­to­riques,
Le sym­bo­lisme inclus, qui implique un pas­sé,
Tel qu’il devienne presque trans­pa­rent

,L’atténuation est notre sujet – comme elle l’a été
Depuis, disons, le tor­tueux  Auden
Si bien que désor­mais vingt mil­lions d’entre nous,
Tous poètes qui lisons seule­ment nos propres mots,
Rivalisons en jetant dans les vagues
Des (guir­landes  vir­tuel­le­ment si légères
Si vir­tuelles, si presqu’imperceptibles
Qu’elles ne dérangent abso­lu­ment rien.

 

Making It Thin

 

As the e-mail is to the 19th Century let­ter
So the poem writ­ten in tran­sit
Or in cof­fee bars or on the back of enve­lopes
Is to the art­ful construc­tion
Characterising the per­iod 1340-1900.
The tran­si­to­ry or dra­gon­fly poem
Is a kind of dum­bing down or making over
Or tea­sing out or sexing up
Of the Frank O’Hara wan­de­ring
Lunch-hour minute-waltz type­wri­ter poem.
And here’s a wor­thy sub­ject apt­ly to hand :
In this actual cof­fee bar a girlAsks for “a lat­té but not too mil­ky”
At which both women at the cof­fee machine
Look puzz­led and ask “What do you mean?”
It’s rather like the Women’s Weekly hus­band
Who, asked “What fla­vour ome­lette?”
Answers agreea­bly, “Oh, any­thing except egg.”
Attenuation is our theme and we seek
The poem untram­mel­led by being groun­ded,
Like a tent without ropes or pegs,
Which would accord with your e-mails
Several of which I manage to recall
From the Milky Way of cybers­pace memo­ry.
For example, “bucket of poo” (which turns out
To be rhy­ming slang) or “Ug” (exact mea­ning
No lon­ger retrie­vable) or “Jolly good”

(Genial but almost without appli­ca­tion) –
A poem hove­ring at the fringe of poe­try,
Like a long-leg­ged fly upon some­thing
Standing in some sort of rela­tion to a stream,
Which eschews metre and all the devices of rhe­to­ric
Incl. sym­bo­lism which implies a past,
So as to become almost trans­pa­rent.
Attenuation is our theme – as it has been
Since, let us say, mean­de­ring Auden
So that now twen­ty mil­lion of us,
All poets who read only our own words,
Vie in thro­wing onto the waves
Lei so vir­tual­ly weight­less
So vir­tual, so almost imper­cep­tible
As to dis­turb nothing what­soe­ver.

 

 

***

 

Les Merles

 

A la dif­fé­rence des per­ro­quets qui crient beau­coup
Et qui, lorsqu’ils sont musi­caux, semblent s’allumer et se mettre à l’écoute de
Chorales de  sem­pi­ter­nels vieux suc­cès popu­laires,

Les merles sans aucun doute
Apprécient les longues conver­sa­tions avec des pauses
Pour la réflexion, le réexa­men, les modi­fi­ca­tions,

Qualifications, dépla­ce­ments, répé­ti­tions, exa­gé­ra­tions hési­tantes,
Occurrences de « Je suis d’accord avec le pre­mier inter­ve­nant » ou « Vous croyez ?’ ou

« Bien sûr mais ne pour­riez-vous juste savoir ? »
Ou « Non ! Pas elle ? » ou “Mais on admet géné­ra­le­ment”
Ou, « Je vais vous dire quelque chose, cepen­dant »,

Tous émis avec des trilles et des arias pro­lon­gés
Et des opi­nions mûre­ment réflé­chies et concé­dées
Avec de gra­cieuses notes, mélismes et glis­san­di

Suggérant un dis­cours lit­té­raire raf­fi­né
Et un ton sou­te­nu comme celui qui orne les der­nières pages
De Swim-Two-Birds de Flann O’Brien

Ou peut-être même – quand le cré­pus­cule répand du talc
Entre les arbres lourds de cigales et le soleil –
Et  que la dis­cus­sion, de plus en plus lyrique,

Révèle sans ambi­guï­té l’ardeur des inté­rêts par­ta­gés
Entre les par­ties – pour­rions-nous pos­tu­ler
Quelque chose res­sem­blant à une vraie dis­cus­sion dia­lec­tique.

 

Blackbirds

 

Unlike the par­rots who shout a lot
And when musi­cal seem to turn on and tune in
To sing­songs of the same old ever­greens,

The black­birds are without a doubt
Enjoying leng­thy conver­sa­tions with pauses
For thought, recon­si­de­ra­tion, modi­fi­ca­tions,

Qualifications, shifts, repe­ti­tions, hesi­tant exag­ge­ra­tions,
Instances of “I agree with the first
Speaker” or “Are you sure?” or

Of course but wouldn’t you just know?”
Or “No !  Did she?”  or “But it is gene­ral­ly ack­now­led­ged”
Or “I’ll tell you one thing, though”,

All utte­red with trills and exten­ded arias
And exqui­si­te­ly consi­de­red opi­nions conce­ded
With grace notes and melis­mas and glis­san­di

Suggesting dis­course of a lite­ra­ry refi­ne­ment
And lof­ty tone such as graces the last pages
Of At Swim-Two-Birds of Flann O’Brien

Or per­haps even – when dusk scat­ters talc
       Between the cica­da-loud trees and the sun –
And dis­cus­sion, beco­ming increa­sin­gly lyri­cal,

Reveals unmis­ta­ka­bly ardent inter­est sha­red
Between all par­ties – might we not posit
Something approa­ching a tru­ly dia­lec­ti­cal dis­cus­sion
 

 

***

Déclin des Coquelicots

 

Soulevant l’entier pro­blème de la des­crip­tion et de ses limites
dans leurs der­nières heures ils défaillent

comme des  pylones de che­min de fer à plu­sieurs postes
d’aiguillage où le signal s’inclinerait,

ou comme des cou­reurs de mara­thon fran­chis­sant la ligne d’un trait
puis qui flé­chissent les mains sur les genoux,

ou des figures de séma­phore aux nom­breux dra­peaux
Croisés en séquences au niveau des genoux…

Si c’étaient les restes d’un récit à trou­ver
quelque chose de ce type pour­rait s’y lire vague­ment :

A leur der­nier matin avant le cré­pus­cule
Les pylones d’aiguillage sont mani­fes­te­ment flous

Et l’aiguilleur s’en est allé avec une tasse brû­lante
Dans un autre abri en tôle, et dans un autre encore

Une classe de danse ryth­mique attend
Tandis que l’ ins­truc­teur répond au télé­phone :

D’autres contin­gences se déploient encore, les pavots
Arborent tant de visages cou­ra­geux

Et pen­dant que tels des dra­peaux ils flottent tant bien que mal, le soleil
A le calme de la lionne repue.

 

 

Falling Poppies

 

Raising the whole ques­tion of des­crip­tion and its limits,
in their last hours they are fal­te­ring

like rail­way shun­ting yards in which
at seve­ral signal boxes signals slope down,

or like run­ners of a mara­thon who burst over the line
and who then bend for­ward with hands on knees,

or sema­pho­ring figures with many flags
in sequence cros­sed at knee level…

If these were rem­nants of a nar­ra­tive to be found
some­thing of this kind might be faint­ly present :

On their last mor­ning before noon’s dusk
the rail­way yards are pal­pa­bly mis­ty

and the signal­man has gone with a stea­ming cup
into ano­ther gal­va­ni­sed shed, and in yet ano­ther

a Eurythmics class is wai­ting near­by
while their ins­truc­tor takes a phone call ;

other contin­gen­cies are unfol­ding still, the pop­pies
are put­ting on many brave faces

while as flags stir unea­si­ly, the sun­light
has the calm of the lio­ness after satia­tion.

Late Afternoon, Lighthouse Beach

The ele­ments nor­mal­ly kept in undis­tin­gui­shed col­lu­sion
Like car­bon atoms loo­se­ly packed as gra­phite and not dia­mond,

The earth, sun and water are as often as not sand­wi­ched
With dross, limi­ting their power to shine (the sun

Just behind a construc­tion tower, water drai­ning
Half-hear­ted­ly from a sta­dium, the earth dull

With gra­vel and weed, or all three com­bi­ned
In a canal cut­ting across a field in win­ter haze.)

These same, much put-upon ele­ments may on occa­sion
(And that occa­sion is now) be decons­truc­ted

And sha­ken each from each like foil magi­cal­ly
To be rear­ran­ged so as to maxi­mise in fusion

Their allure which so poin­ted­ly depends
On their depen­dence on one ano­ther.  Thus,

The sun is low enough behind the bitou
To slide a sha­dow like a wafer over bro­ken waves

While those still rising to break (and wave to shore)
Are still crow­ned by sun­light.  The sand­shal­lows

Are rea­dy at once to reflect expan­si­ve­ly
On these waves’ erra­tic cam­pa­no­lo­gy.

Might there not be a way to express that radiance
More sim­ply ?  (Clearly you yearn for the ele­men­ta­ry past.)

But consi­der Brahms who “begins with mate­rial
Which would once have been thought unac­cep­ta­bly simple

And sub­jects it to ela­bo­ra­tion which equal­ly
Would have been found unac­cep­ta­bly com­plex.”

 

Traduction : Marilyne Bertoncini – mars 2012