6 poèmes

Par | 30 mai 2016|Catégories : Blog|

Absence

 

 

 

 

 

Silence !
J’écris l’absence,
De ce point qui ne met­tra jamais une fin,
Et le retour de quelqu’un, qui est loin,
Et la paix,
Et la lumière !
Sur la terre, sur mon ombre, sur l’océan noir,
Sur la terre, sur mes mains, sur l’arbre noir,
Sur la terre, sur mes doigts, sur la chaise noire,
L’absence,
De ce mon­sieur qui écrit le sens et part,
De ce mon­sieur qui ren­tre tard le soir,
Et dort tout simplement,
J’écris l’absence de ces rêves, malheureusement.
Silence !
Absence, absence,
De ce mon­sieur qui a des ailes, qui vole,
Et son sourire,
Et son regard qui peut tout dire,
Et son présent, et son futur,
J’écris le vide, j’écris sur ce mur dur,
J’écris le vide, j’écris sur …
Silence,
Un absent meurt,
D’autres résistent,
Cer­tains existent,
Quelques-uns écrivent leur pro­pre liste,
Et partent.
Silence ! J’écris L’absence,
D’un voisin fleuriste,
D’un autre plus près, un pianiste,
Et la vieille dame d’en face, qui chan­tait l’opéra … c’était triste,
C’était beau, c’était …
Admirable à écouter,
Admirable à voir, on ne pou­vait rien ajouter.
Et puis J’écris, 
Absence, absence,
D’une voix,
D’un salut,
D’un livre qui aurait dû être lu.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Mon­sieur Noir

 

 

 

 

 

Mon­sieur noir,
Ouvre la porte, monte l’escalier, passe dans un couloir,
C’est un homme,
C’est un loup,
Les con­tours de son vis­age se découpent de l’ombre,
Et enfin il entre dans la chambre,
D’un absent,
Innocent !
Un sens assis et qui col­ore son sang,
Un sens con­scient de sa maladie,
Con­scient de ce qu’il écrit,
Un mes­sage pour lui-même,
Un mes­sage pour ses poèmes,
Un mes­sage pour sa mort et l’homme qui enterre,
Un autre petit mes­sage pour les vers de terre,
Et au ques­tion­neur sans prénom ni odeur.
Au ques­tion­neur habil­lé en blanc et qui porte une fleur,
Sans couleur,
Sans parfum,
Sans le mot de la fin,
Sans sens.
Sans un rythme,
Sans …
Juste absence, absence.
Le vis­i­teur noir,
Grogne,
Respire,
Il lance un petit sourire,
Et quand l’horloge indique neuf  heures et demie,
Quand l’horloge indique que le cœur de la lune a arrêté de battre,
Que c’est bien­tôt fini,
Quand l’horloge indique que le sol­dat sans numéro a arrêté de se battre,
Que c’est fini,
Noir crie
Mag­nifique­ment crie
Et fait par­tie entière­ment de lui,
De moi,
C’est un homme,
C’est un loup,
Une rai­son, une pas­sion, une foi,
Je l’entends parler,
Je m’entends par­ler et répondre,
A mes questions.
Mon­sieur noir,
Me dit que mon refuge est mon cri.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

La chaise d’en face

 

 

 

 

 

La chaise d’en face,
Isolée,observatrice,
D’un vide qui danse au rythme de son fils,
Une choré­gra­phie qui fait couler les larmes du plafond,
De gross­es gouttes visqueuses s’écrasent au sol et se noient tout au fond,
Tout au fond d’une mémoire dou­teuse face à son reflet putréfié,
Tout au fond d’un regard oublié
La porte s’ouvre pour laiss­er entr­er le vent,
Faisant vire­volter les longs cheveux d’un vieil­lard assis au milieu et qui attend,
Faisant s’ouvrir l’unique fenêtre violemment,
Et redonnant vie aux notes blanch­es et noires du piano,
Tan­dis que les let­tres se lisent, se déchirent et se brûlent,
Et qu’au coin, près de la chaise, la trompette hurle.
A la moitié de la lune,
A la mort,
Au sort qui sem­ble pleur­er la flore.
La chaise d’en face,
Seule,spectatrice,
Des robes qui jail­lis­sent du néant et défer­lent à l’intérieur d’un cœur,
Qui bat lente­ment au rythme d’une éter­nelle prière qui ne s’entend pas,
Qui bat lour­de­ment au rythme des anciens pas,
Des yeux qui se divaguent, cherchent et se per­dent ailleurs,
Et des mains ouvertes, paumes face au ciel qui tien­nent des fleurs,
Toutes ténébreuses,
Toutes pâles, silencieuses,
Atten­dant les petites gouttes de pluie,
Atten­dant une let­tre, un mes­sage, un cri.
La chaise d’en face,
Observatrice,
D’un chef d’orchestre qui dirige avec une main l’Apocalypse,
Et au milieu de la terre, la mère attend son fils,
Le soldat,
Mort ou blessé mais vic­to­rieux au milieu d’un combat.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Un silence poétique

 

 

 

 

 

Un silence d’un vent, 
Un long silence du temps, 
Un rouge pour­pre col­ore l’air,
Rien n’est clair,
Noir ! Dis-je.
La voi­sine d’à côté vient de mourir, 
Je l’ai vue hier planter des ros­es avec un sourire, 
Voilà qu’elle vient de partir.
La pluie tombe et les gouttes font un bruit étrange, 
Est-ce la tristesse ou la colère ?
D’un ciel spec­ta­teur ou la terre, 
Cette terre qui ne peut plus, 
Qu’on ne la mérite plus.
Un silence blanc,
Qui con­tem­ple les fleurs orphelines,
Un silence d’espoir qui essaie d’illuminer leurs racines,
Un rythme long,
Une forte res­pi­ra­tion qui s’entend,
Je m’assois et je dis que je serai le suiv­ant, il faut que j’attende,
Je par­ti­rai bien­tôt de ce monde.
Vois-tu, je sais qu’il m’attend, je sais qu’il m’entend
Un silence beau, 
Face à ce corbeau, 
Un cor­beau rongé par la tristesse et qui pleure, 
Le soleil perd sa lueur, 
Et meurt, afin de laiss­er place à la lune, 
Meurt poé­tique­ment au bout de la dune.
Espoir regarde le ciel, pour faire pitié peut-être,
Il regarde ce ciel en deuil qui a besoin de sa prière, peut-être,
Espoir pen­sif ne ferme pas ses yeux,
Même si ces chefs‑d ‘œuvre tombent en feu,
Même s’il a per­du son combat,
Même si les cœurs fab­riqués en papi­er ne bat­tent pas,
Même si les regards sont vides,
Même si la patience affaib­lit et com­mence à avoir des rides,
Un espoir silen­cieux, assis,
Face aux débris,
Face à la vie,
Une vie,
Pathétique,
Tragique,
Poétique.
Un silence, 
En face de moi, le cor­beau danse autour d’un trou immense.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Point à la ligne

 

 

 

 

 

Point à la ligne,
À l’entrée,
Une femme par­le des mes­sages et des signes,
Elle par­le de sa mal­adie presque délicieuse,
Qui a créé la poésie,
De son départ qui a fait souf­frir ses amants,
Qui les a ren­dus silen­cieux, assis  et sans battement.
À l’entrée,
En face d’un ancien moulin,
Des rêves et des soupirs,
Des larmes qui coulent en dedans, sans pren­dre le risque de sortir,
Des répons­es, et des remis­es en question,
Des sou­venirs qui se rat­tachent aux vivants,
Qu’ils étaient autrefois.
En face, des esprits aveu­gles habitués par la même musique grinçante,
Errent dans une terre abondante.
À la ligne,
La foi seule, ter­ror­isée et triste, crie famine,
Crie au secours,
A la vue de la haine nue et qui bat à mort, l’amour.
Point.
À l’entrée,
Près de la rivière,
Les femmes à côté de leurs ombres défig­urées, chantent,
‘’ Ô temps, dis à mon père qu’il attend,
Ô ciel, dis à ma mère que je suis belle et rebelle. ‘’
Point à la ligne,
Le drame,
La vie,
La sagesse, la toute vieille dame,
Que n’en finit pas de vibrer,
Que l’homme n’a jamais écouté ce qu’elle dit,
Que l’homme n’a jamais vu ce qu’elle lit,
Que l’homme n’a jamais pen­sé où elle part,
L’homme n’a jamais pen­sé que le désas­tre sera un jour un art,
A la ligne,
Qu’est ce qui nous reste ?
A l’entrée,
Le soleil se lève à l’ouest.

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Au fond

 

 

 

 

 

Au fond,
Elle dit,
Hélas,
Plusieurs fois de suite,
Hélas, hélas …
Une guil­lo­tine en face,
Là-haut, les yeux se ferment,
Les pleurs du temps s’arrêtent,
Les dernières paroles et la pluie tom­ba abon­dam­ment, lour­de­ment sur la terre,
Une tète coupée, une belle his­toire s’efface, derrière.
Si seulement…
Soupir en con­tem­plant un visage,
Vouloir com­pren­dre cette chose au milieu, au fond de ces pages.
Si seulement …
Ce Cor­beau pou­vait par­ler de cette naïveté qui ne cesse de déchir­er les nuages,
De ce chant d’espoir mon­trant sa vieil­lesse, sa faiblesse,
Hurlant, s’étouffant dans son oreiller et lais­sant douce­ment le poi­son pénétrer.
Si seulement …
Ce Cor­beau et son ami Oiseau pou­vaient rechanter ensemble,
Et dire à ce vieil­lard au regard amer,
Qu’à droite le chemin mène à la lumière et l’autre jette brusque­ment en arrière.
Si seulement …
Un esclave pou­vait choisir.
Entre laiss­er ses mains dans la poussière,
Et se bat­tre con­tre ces bras qui ont poussé sa flamme sourde en enfer.
Au fond,
Le som­meil du mal est ter­ri­ble­ment agité,
Seul dans un château où rien ne bouge, sauf l’ombre de la fatalité,
Regar­dant le pla­fond, cher­chant le pardon,
Obser­vant dans le miroir ses yeux, ses joues trem­blantes, ses rides,
Son regard qui le per­cute de plus en plus dans le vide,
‘’Par­don … ! ‘’
A écrit sur les murs.
Au fond,
Ces trois chemins mènent au cimetière
Ö Mort !
Votre odeur,
Votre lueur,
proche, proche,
Ö Mort, la seule réal­ité, prend cette illu­sion en douceur

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6 poèmes

Par | 21 juin 2015|Catégories : Blog|

 

Au pays des chênes et des châtaignes
les branch­es se penchent sur les chemins
et, pour en retenir le cours, chuchotent
la promesse des fruits
que l’automne étale en tapis,

pays où le pre­mier chant d’oiseau pique
dans le mille du temps,
au cœur de l’instant d’où
jail­lit, à pro­fu­sion, la joie.

 

 

***

 

 

Le chevreuil enivré par la résine
des jeunes pouss­es qu’il a trop sucées
s’aventure, incon­scient du dan­ger, hors
de son aire jusqu’à la route
où des phares l’aveuglent, c’est le choc.

Prends garde que ton beau corps ne gise de même
ouvert sur de rouges blessures
pour avoir oublié,
grisé de douceur, la frontière.

 

 

***

 

 

Un regard où se rétablir
quand l’élan vous emporte
et qu’on risque la chute,

un regard où s’accouder
au bal­con des soirs d’été,

un regard qui me suive
avec la même paix
après qu’on s’est quitté.

 

 

 

***

 

 

Ce paysage de mon­tagne et de forêts
qu’à l’unisson du monde
nous tra­ver­sions en hôtes familiers
dégage en ce début d’automne,
alors qu’il faut par­tir, une beauté nouvelle,
si incon­nue qu’elle nous laisse sur le seuil,
désireux d’y pénétr­er, impuissants,
notre rêve arrêté, par crainte
d’on ne sait quel sac­rilège, à la paix
du trou­peau couron­né d’or et à l’arbre
au bord de la route qui aban­donne au vent,
jusqu’au ciel, son feuillage.

 

 

***

 

 

Cet enfant qui survit en toi,
tu lui donnes la main
mais il résiste à suiv­re ton allure,
son pied frag­ile encore
meur­tri par le sol trop rugueux.

Oh ! cet enfant qui inscrit sur ton existence,
ain­si que le soleil sur la rivière,
des tach­es de clarté,
tout un jeu d’ombre et de lumière
que tra­verse sans les emporter l’eau qui passe.

 

 

***

 

Dans la hâte du départ, ce matin,
alors qu’il fai­sait noir encore
j’ai pris soin, avant de quitter
la mai­son pour plusieurs semaines,
d’enlever sous la table,
au fond de la cor­beille à pain, les miettes
de nos repas et j’ai lais­sé le vent
bal­ay­er dehors celles que nous avions faites
en cro­quant dans la croûte dorée de l’été,
trans­for­mées par novembre
en feuilles de bouleau
dis­per­sées sur le sol humide.

 

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6 poèmes

Par | 25 avril 2015|Catégories : Blog|

 

La berceuse te cou­vrait d’or
de per­les, de satin

fre­donnait ta beauté

Mais pou­vais-tu dormir
avant d’avoir surpris
dans l’ombre des couplets

l’amour illim­ité
qui entrait dans ta vie ?

 

 

***

 

La voix posait dans le berceau
des mots qui ne craignaient
ni vent ni foudre

alour­dis de promess­es séculaires

L’enfant riait
qui savait déjà tout des anciens mondes

prêt à men­er sa barque
sous de nou­velles lunes

 

 

***

 

 

Fais demi-tour, renonce
à l’autre côté du pont

Emporte vite à l’atelier des retouches
ce paysage éraflé

meur­tri dès l’aube
par ta mélancolie

 

 

***

 

 

Le désir était vif

d’aller encore un peu plus loin

bien au delà de la pre­mière haie

peut-être même au bout du paysage

 

 

Les pas se révoltaient pourtant

refu­saient ce jardin détrempé

jusqu’à l’autre côté de la terre

 

Alors ils ajus­taient leurs ailes

 

 

***

Un mot viendrait soudain
sans précédent

un mot indéfini
ignoré du lexique
dénué de toute ambition

et je le garderais soigneusement
pour toute réponse

sans dévoil­er ses synonymes

 

 

***

Tu tiss­es laborieusement

une heure étroite, terne

effilochée déjà

Mais nous te fêterons
quand tu l’auras donnée

sans allu­sion
à ton petit métier 

 

 

 

 

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6 poèmes

Par | 1 mars 2015|Catégories : Blog|

Tra­duc­tions en français : Mar­i­lyne Bertoncini
Tra­duc­tions en anglais par l’auteur

 

Tigre

 

Tu es un tigre ; pour­tant je t’imag­ine sou­vent comme
sa pho­to­copie – endormie sur un papi­er A4; 
Ton âme bar­bouil­lée d’en­cre bon marché.
Jamais tu ne te réveilleras. De petits voisins
hantent tes rêves; des filles t’ai­ment de loin -
cer­taines dans les quartiers chauds atten­dent désor­mais qu’un tigre ou
                             ses petits
                             les ramène à la maison.
Tu les entends chanter leur prière du soir –
   dans tes rêves;
   Jamais tu ne te réveilles…

Tu es un tigre; pour­tant, je t’imag­ine sou­vent comme
sa pho­to­copie – dor­mant sur un papi­er A4 ; au verso,
le brouil­lon d’un rap­port sur la vie sauvage, prêt à imprimer.

 

 

বাঘ (Tiger)

তুমি বাঘ তবু কেন জানি মনে হয় বাঘের অনুলিপি
শুয়ে আছো A4 সাইজ পেপারে; সস্তা কালিতে লেপ্টে আছে
                                                              তোমার আত্মা
                     কখনো জাগবে না;
পাড়ার ছেলেরা এসে বিরক্ত করে তোমার স্বপ্নে আর
পাড়ার মেয়েরা- যারা তোমাকে ভালোবেসেছিল দুর থেকে-
তারা কেউ কেউ এখন বে-পাড়ায়
আজ শুধু অপেক্ষা তাদের- যদি কোনো বাঘ অথবা
                                               বাঘের বাচ্চা
                  ওদের ফিরিয়ে আনে ঘরে

দুর থেকে শুনো ওদের সান্ধ্য প্রার্থনা গানে গানে- 
                    তোমার স্বপ্নে
               কখনো জাগবে না তুমি

তুমি বাঘ তবু কেন জানি মনে হয় বাঘের অনুলিপি
ঘুমিয়ে আছে A4 সাইজ পেপারে-  অপর পৃষ্ঠায় যার
ছাপা হচ্ছে পশুজরীপের খসড়া প্রতিবেদন
 

 

Tiger

You’re a tiger; yet, I often think of you as a photocopy
of it—sleeping on a A4 size paper;
Your soul splat­tered under the cheap ink.
You will nev­er wake up. Neigh­bor­hood boys
haunt you in  your dreams; girls who loved you from a distance—
some of them are now in red light dis­tricts wait­ing for a tiger or
                                                   its cub
                                                   to bring them back home.
You hear them singing their evening prayers—
                                                   in your dreams;
                                                  You nev­er wake up …

You are a tiger; yet, I often think of you as a photocopy
of it—   sleep­ing on a A4 size paper; on the oth­er side of which
a draft report on a wild life sur­vey is get­ting printed.

 

***

Sim­i­lar­ité

 

Je ne suis pas sem­blable à ceux qui pleurent
Après leur cauchemar.

Je suis sem­blable à leurs pleurs.

 

মিল (Sim­i­lar­i­ty)

দুঃস্বপ্ন দেখে যারা কাঁদে
আমি তাদের মতো নই

আমি তাদের কান্নার মতো

 

Sim­i­lar­i­ty

I am not like those who weep
after a nightmare.

I am like their weeping.

 

***

 

Requête

 

Ne lis jamais un poème.

Chante plutôt une chan­son, va à la gym; apprends au moins
Com­ment faire un saut périlleux.

Si on t’ap­pelle, rejoins un cirque ; fais une course d’unicycle
Vers le ciel par-delà la tente.
Si jamais tu trèbuches,
   tomber à la ren­verse dans le giron du clown.

Donne un baiser
   Aux dons
    Que te lance
Le pub­lic et

Reprends le saut périlleux après les applaudissements.

Et n’ou­blie pas de revenir hors sai­son chaque année
Juste pour me redemander :
“Qu’est-ce que tu as écrit jusqu’à présent ?”

 

 

খোঁজ (Query)

কবিতা পড়ো না কখনো

গান গাও ব্যায়াম করো অন্তত শেখো ডিগবাজি খাওয়া–
ডাক পেলে যোগ দাও সার্কাস দলে
একচাকার সাইকেল নিয়ে তাঁবু ফুড়ে আকাশে ছোটো
কখনো পিছলে গেলে
                         কৌশলে
                                লাফ দাও ক্লাউনের কোলে

দর্শকের ছুঁড়ে দেয়া বখশিশে
                             চুমু খাও
হাততালি শেষে ঝাঁপাও আবারো

আর অফ্‑সিজনে ফিরে এসে ফিবছর
                  জিজ্ঞেস করো:
  — লেখাপত্তর কদ্দুর এগোলো

 

 

Query

Nev­er read a poem.

Sing a song instead, go to gym; at least learn
How to somersault

If called, join a cir­cus troupe; have a race on a one-wheeler
Toward the sky beyond the tent
If you ever slip,
   Jump back in the lap of the clown.

Kiss on  the tips
   Thrown
    At you
By the audi­ence and

Repeat the som­er­sault after the stand­ing ovation

And don’t for­get to come back every year dur­ing the off-season
Only to ask me again:
‘How much have you writ­ten so far?’

 

***

Doigts

Dans mon rêve je voy­ais mes doigts s’al­longer avant de sor­tir par la fenêtre. Tout à coup, ils entrèrent chez toi en pas­sant. Dans l’ob­scu­rité, ils frôlèrent le corps de ta mère. Effrayée, elle réveil­la ton père. Mais il com­prit de tra­vers et, de joie, lui sauta dessus. Pour éviter d’être témoins du reste, ils entrèrent dans ta cham­bre vir­ginale ; non, ils ne t’ont pas réveil­lée, mais ont plutôt préservé ton som­meil en s’en­fonçant douce­ment dans tes oreilles. Tes doigts se mélaient intime­ment aux miens. Alors que le jour arrivait, mes doigts, dimin­u­ant, com­mencèrent à revenir. Ils entendirent ta mère douce­ment maudire ton père : tu perds la tête! Ta fille ne grandit-elle pas dans la cham­bre voisine?

En me réveil­lant, j’ai trou­vé, sur la pointe de mes doigts, con­den­sée, ta sueur et celle de ta mère.

 

আঙুল (Fin­ger)

স্বপ্নে দেখলাম আমার আঙুল ক্রমশ বড়ো হতে হতে বের হয়ে গেল ঘরের জানালা
দিয়ে- যেতে যেতে অভ্যাসে ঢুকে গেল তোমাদের বাড়ি আর অন্ধকারে খোঁচা দিল
তোমার মামণিকে ভয় পেয়ে সে ফিসফিসিয়ে জাগালো বাবাকে এদিকে তোমার
বাবা ভুল বুঝে আনন্দে ঝাপিয়ে পড়লো মায়ের শরীরে- বাকিটুকু না দেখে আঙুল
ঢুকে গেল তোমার কুমারী ঘরে; না, তোমাকে জাগালো না আর বরং আলগোছে
কানে আঙুল দিয়ে রক্ষা করলো তোমার ঘুম- কেননা স্বপ্নে তখন তুমি বুনছিলে
সত্যি সত্যি আমারই আঙুল ঘনিষ্ঠ তোমার আঙুলে-  ভোর হয়ে গেলে আমার আঙুল
ছোট ছোট হতে হতে ফিরে আসে আর ফেরার সময় শুনে তোমার মামণি হালকা ঝাড়ি
দিচ্ছে বেচারা বাবাকে: হুশ নাই, পাশের ঘরেই মেয়ে বড়ো হচ্ছে যে

ঘুম ভেঙে গেল দেখি আমার আঙুলে তোমার আর তোমার মামণির ঘন ঘাম লেগে আছে

 

 Fingers

In my dream I saw my fin­gers grow­ing before it went out the win­dow. On impulse, they entered your home on their way. In the dark­ness, they poked on your mother’s body. Fright­ened, she woke your father up. But he mis­un­der­stood and, in joy, jumped onto her body. To avoid wit­ness­ing the rest, they entered in your vir­gin room; no, they did not wake you up rather saved your sleep by putting them­selves soft­ly in your ears. Your inti­mate fin­gers were play­ing with mine. While it was dawn­ing, my fin­gers, get­ting small­er, start­ed to come back. They heard your moth­er play­ful­ly scold­ing your father: loos­ing sense! Isn’t your girl grow­ing up in the next room?

When I woke up, I found, on the tip of my fin­gers, con­densed sweat of you and your mother.

 

***

Hôtel de Ville

Des gens atten­dent d’être vendus.

Voici la scène le matin;
Je vais au bureau – en CDD.

Au retour
Deux ou trois encore “inven­dus” me fix­ent du regard.

Je peux à peine le soutenir.

De retour à l’appartement
J’en par­le à ma femme.
Elle ne dit rien;
elle cherche seulement
quelle part de moi
j’ai ven­due aujour­d’hui pour  acheter quelque chose.

 
 

টাউন হল (Town Hall)

মানুষ বসে থাকে বিক্রি হবে বলে
এই দৃশ্য সকাল বোলার
আমি অফিসে যাই
কন্ট্র্যাক্ট বেইজড

যখন ফিরি
বিক্রি না-হওয়া দু’একজন তাকায় আমার দিকে

আমি সামান্যই তাকাতে পারি
বাড়ি ফিরে এই গল্প বলি বউকে
বউ বলে না কিছু 
                শুধু দ্যাখে
একটা কিছু কিনতে হবে বলে 
আমি আজ বিক্রি করে এসেছি
নিজের
         কোন
                   অংশটিকে

 

 

 Town Hall

Peo­ple wait to be sold

See the scene in the morning;
I go to office—contract based

When I return
Two or three of the still “unsold” stare at me

I can hard­ly look at them

Com­ing back to our flat
I share the sto­ry with my wife
She does not say anything;
only exam­ines which part of mine
I have sold today to buy something

 

***

 

Paysage

 

            Deux ado­les­centes           dans le même miroir
se dépouil­lent des jun­gles            de leurs vête­ments et
décou­vrant mutuelle­ment    leurs corps incendiaires
                  s’interrogent:

Si le miroiti­er,                        fasciné, se cachait
    quelque part à l’intérieur.

 

 

নিসর্গ (Land­scape)

একই আয়নার ভেতর                                    দু’জন কিশোরী
পোশাকের জঙ্গল ছাড়িয়ে                                 আবিষ্কার করছে দুজনের

বিস্ফোরণোন্মুখ দেহ                                       আর খুঁজে দেখছে

                               দৃশ্যের অভ্যন্তর
                      কোথাও লুকিয়ে আছে কিনা বিহ্বল

                              আয়নার কারিগর

 

 

Land­scape

Two ado­les­cent girls                  in the same mirror
shed­ding off the jun­gles       of their clothes and
dis­cov­er­ing each other’s       com­bus­tive body and
                         wondering:

if the mir­ror-mak­er,    mes­mer­ized, is hidden
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6 poèmes

Par | 21 décembre 2014|Catégories : Blog|

 

À la patiente moni­ale de la dent et de l’éclair

L’impérieuse Pal­las, fille de Domrémy,
a piqué mon suaire au jeté de sa lance.
Je suis le sim­ple Hogi­er, le valet endormi,
que ma dame a féri pour la men­er en France

bouter les scieurs de long et les faux-monnayeurs.

 

26 juin 2013

 

 

***

 

 

Défend­ez aux enfants de jouer dans la rue
car les temps sont venus des oiseaux aux dents longues
et des soleils oblongs qui ressem­blent à des fleurs
dont la trompeuse odeur attire à elles et tue.

 

19 sep­tem­bre 2013

 

 

***

 

À Waterloo
j’ai per­du mon sifflet,
les Gaulois­es rouges de mon frère
et la dédi­cace de Didi­er Daurat.

À Water­loo j’ai sauvé
le moulin à café de ma grand-mère,
mon disque de la Garde impériale
et Cecil B. DeMille racon­té dans Tintin.

 

4 jan­vi­er 2014

 

 

***

 

 

Quar­ante-sept années nous avons débattu,
et nous avons con­clu, Alfred Eibel et moi,
que
le cul des filles en jean ensoleil­lait le monde.

 

18 févri­er 2014

 

 

***

 

 

Sont rev­enues, mouil­lées, les odeurs de la terre.
La ville a retrou­vé ses chemins de campagne
à l’heure où l’employé allume un réverbère.

Une péniche passe à Melun sur le Seine
quand les obus d’aci­er découpent de la soie.

 

6 avril 2014

 

 

***

 

extrait de 626, une épopée inachevée…

 

La fresque com­merçante grat­tée pas­sage des Marais.
La foi de Christi­na Maf­fei dans Les Bas de soie noire.
Le pain du légion­naire mangé dans l’abri de tuffeau.
Le cha­peau de Van Gogh brossé par Eugène Delacroix.
La plaque en émail bleue rouil­lée de la gare de Lafarge.
Les seins de Faith Domer­gue servis aux œufs à la sauce blanche.
Les garennes du roi fouil­lées avec Frank Alamo.
La croupe solog­note aux cèpes de Dominique Wilms.
Le verre de vin tiré à cru par la fille aux yeux d’or.
Le silence des dîn­ers per­dus où le gueux a péri.
La chair cuite au marché d’Angers de Mylène Demongeot.
La culotte irlandaise tombée au trou en noir et blanc.
La fille de Miller baignée en slip avec ses draps.
The Lina Romay’s cunt squashed on the Musidora’s lips.
Le coup d’épée de Guy Delorme au réveil des grenouilles.
Les chaus­sons et l’orange annuels dans le département.
Les herbes dans le court fendu par les rails du tramway.
Les tabliers d’école ignés par le sel des photos.
Le panier de morilles aux pieds nus de Cathy Menard.
Le picon aspiré avec un mac­a­roni long.

avril-mai 2006
 

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