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6 poèmes

Par |2018-08-14T08:41:58+00:00 30 mai 2016|Catégories : Blog|

Absence

 

 

 

 

 

Silence !
J’écris l’absence,
De ce point qui ne met­tra jamais une fin,
Et le retour de quelqu’un, qui est loin,
Et la paix,
Et la lumière !
Sur la terre, sur mon ombre, sur l’océan noir,
Sur la terre, sur mes mains, sur l’arbre noir,
Sur la terre, sur mes doigts, sur la chaise noire,
L’absence,
De ce mon­sieur qui écrit le sens et part,
De ce mon­sieur qui rentre tard le soir,
Et dort tout sim­ple­ment,
J’écris l’absence de ces rêves, mal­heu­reu­se­ment.
Silence !
Absence, absence,
De ce mon­sieur qui a des ailes, qui vole,
Et son sou­rire,
Et son regard qui peut tout dire,
Et son pré­sent, et son futur,
J’écris le vide, j’écris sur ce mur dur,
J’écris le vide, j’écris sur …
Silence,
Un absent meurt,
D’autres résistent,
Certains existent,
Quelques-uns écrivent leur propre liste,
Et partent.
Silence ! J’écris L’absence,
D’un voi­sin fleu­riste,
D’un autre plus près, un pia­niste,
Et la vieille dame d’en face, qui chan­tait l’opéra … c’était triste,
C’était beau, c’était …
Admirable à écou­ter,
Admirable à voir, on ne pou­vait rien ajou­ter.
Et puis J’écris, 
Absence, absence,
D’une voix,
D’un salut,
D’un livre qui aurait dû être lu.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Monsieur Noir

 

 

 

 

 

Monsieur noir,
Ouvre la porte, monte l’escalier, passe dans un cou­loir,
C’est un homme,
C’est un loup,
Les contours de son visage se découpent de l’ombre,
Et enfin il entre dans la chambre,
D’un absent,
Innocent !
Un sens assis et qui colore son sang,
Un sens conscient de sa mala­die,
Conscient de ce qu’il écrit,
Un mes­sage pour lui-même,
Un mes­sage pour ses poèmes,
Un mes­sage pour sa mort et l’homme qui enterre,
Un autre petit mes­sage pour les vers de terre,
Et au ques­tion­neur sans pré­nom ni odeur.
Au ques­tion­neur habillé en blanc et qui porte une fleur,
Sans cou­leur,
Sans par­fum,
Sans le mot de la fin,
Sans sens.
Sans un rythme,
Sans …
Juste absence, absence.
Le visi­teur noir,
Grogne,
Respire,
Il lance un petit sou­rire,
Et quand l’horloge indique neuf  heures et demie,
Quand l’horloge indique que le cœur de la lune a arrê­té de battre,
Que c’est bien­tôt fini,
Quand l’horloge indique que le sol­dat sans numé­ro a arrê­té de se battre,
Que c’est fini,
Noir crie
Magnifiquement crie
Et fait par­tie entiè­re­ment de lui,
De moi,
C’est un homme,
C’est un loup,
Une rai­son, une pas­sion, une foi,
Je l’entends par­ler,
Je m’entends par­ler et répondre,
A mes ques­tions.
Monsieur noir,
Me dit que mon refuge est mon cri.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

La chaise d’en face

 

 

 

 

 

La chaise d’en face,
Isolée,observatrice,
D’un vide qui danse au rythme de son fils,
Une cho­ré­gra­phie qui fait cou­ler les larmes du pla­fond,
De grosses gouttes vis­queuses s’écrasent au sol et se noient tout au fond,
Tout au fond d’une mémoire dou­teuse face à son reflet putré­fié,
Tout au fond d’un regard oublié
La porte s’ouvre pour lais­ser entrer le vent,
Faisant vire­vol­ter les longs che­veux d’un vieillard assis au milieu et qui attend,
Faisant s’ouvrir l’unique fenêtre vio­lem­ment,
Et redon­nant vie aux notes blanches et noires du pia­no,
Tandis que les lettres se lisent, se déchirent et se brûlent,
Et qu’au coin, près de la chaise, la trom­pette hurle.
A la moi­tié de la lune,
A la mort,
Au sort qui semble pleu­rer la flore.
La chaise d’en face,
Seule,spectatrice,
Des robes qui jaillissent du néant et déferlent à l’intérieur d’un cœur,
Qui bat len­te­ment au rythme d’une éter­nelle prière qui ne s’entend pas,
Qui bat lour­de­ment au rythme des anciens pas,
Des yeux qui se divaguent, cherchent et se perdent ailleurs,
Et des mains ouvertes, paumes face au ciel qui tiennent des fleurs,
Toutes téné­breuses,
Toutes pâles, silen­cieuses,
Attendant les petites gouttes de pluie,
Attendant une lettre, un mes­sage, un cri.
La chaise d’en face,
Observatrice,
D’un chef d’orchestre qui dirige avec une main l’Apocalypse,
Et au milieu de la terre, la mère attend son fils,
Le sol­dat,
Mort ou bles­sé mais vic­to­rieux au milieu d’un com­bat.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Un silence poé­tique

 

 

 

 

 

Un silence d’un vent, 
Un long silence du temps, 
Un rouge pourpre colore l’air,
Rien n’est clair,
Noir ! Dis-je.
La voi­sine d’à côté vient de mou­rir, 
Je l’ai vue hier plan­ter des roses avec un sou­rire, 
Voilà qu’elle vient de par­tir.
La pluie tombe et les gouttes font un bruit étrange, 
Est-ce la tris­tesse ou la colère ?
D’un ciel spec­ta­teur ou la terre, 
Cette terre qui ne peut plus, 
Qu’on ne la mérite plus.
Un silence blanc,
Qui contemple les fleurs orphe­lines,
Un silence d’espoir qui essaie d’illuminer leurs racines,
Un rythme long,
Une forte res­pi­ra­tion qui s’entend,
Je m’assois et je dis que je serai le sui­vant, il faut que j’attende,
Je par­ti­rai bien­tôt de ce monde.
Vois-tu, je sais qu’il m’attend, je sais qu’il m’entend
Un silence beau, 
Face à ce cor­beau, 
Un cor­beau ron­gé par la tris­tesse et qui pleure, 
Le soleil perd sa lueur, 
Et meurt, afin de lais­ser place à la lune, 
Meurt poé­ti­que­ment au bout de la dune.
Espoir regarde le ciel, pour faire pitié peut-être,
Il regarde ce ciel en deuil qui a besoin de sa prière, peut-être,
Espoir pen­sif ne ferme pas ses yeux,
Même si ces chefs-d ‘œuvre tombent en feu,
Même s'il a per­du son com­bat,
Même si les cœurs fabri­qués en papier ne battent pas,
Même si les regards sont vides,
Même si la patience affai­blit et com­mence à avoir des rides,
Un espoir silen­cieux, assis,
Face aux débris,
Face à la vie,
Une vie,
Pathétique,
Tragique,
Poétique.
Un silence, 
En face de moi, le cor­beau danse autour d’un trou immense.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Point à la ligne

 

 

 

 

 

Point à la ligne,
À l’entrée,
Une femme parle des mes­sages et des signes,
Elle parle de sa mala­die presque déli­cieuse,
Qui a créé la poé­sie,
De son départ qui a fait souf­frir ses amants,
Qui les a ren­dus silen­cieux, assis  et sans bat­te­ment.
À l’entrée,
En face d’un ancien mou­lin,
Des rêves et des sou­pirs,
Des larmes qui coulent en dedans, sans prendre le risque de sor­tir,
Des réponses, et des remises en ques­tion,
Des sou­ve­nirs qui se rat­tachent aux vivants,
Qu’ils étaient autre­fois.
En face, des esprits aveugles habi­tués par la même musique grin­çante,
Errent dans une terre abon­dante.
À la ligne,
La foi seule, ter­ro­ri­sée et triste, crie famine,
Crie au secours,
A la vue de la haine nue et qui bat à mort, l’amour.
Point.
À l’entrée,
Près de la rivière,
Les femmes à côté de leurs ombres défi­gu­rées, chantent,
‘’ Ô temps, dis à mon père qu’il attend,
Ô ciel, dis à ma mère que je suis belle et rebelle. ‘’
Point à la ligne,
Le drame,
La vie,
La sagesse, la toute vieille dame,
Que n’en finit pas de vibrer,
Que l’homme n’a jamais écou­té ce qu’elle dit,
Que l’homme n’a jamais vu ce qu’elle lit,
Que l’homme n’a jamais pen­sé où elle part,
L’homme n’a jamais pen­sé que le désastre sera un jour un art,
A la ligne,
Qu’est ce qui nous reste ?
A l’entrée,
Le soleil se lève à l'ouest.

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Au fond

 

 

 

 

 

Au fond,
Elle dit,
Hélas,
Plusieurs fois de suite,
Hélas, hélas …
Une guillo­tine en face,
Là-haut, les yeux se ferment,
Les pleurs du temps s’arrêtent,
Les der­nières paroles et la pluie tom­ba abon­dam­ment, lour­de­ment sur la terre,
Une tète cou­pée, une belle his­toire s’efface, der­rière.
Si seule­ment…
Soupir en contem­plant un visage,
Vouloir com­prendre cette chose au milieu, au fond de ces pages.
Si seule­ment …
Ce Corbeau pou­vait par­ler de cette naï­ve­té qui ne cesse de déchi­rer les nuages,
De ce chant d’espoir mon­trant sa vieillesse, sa fai­blesse,
Hurlant, s’étouffant dans son oreiller et lais­sant dou­ce­ment le poi­son péné­trer.
Si seule­ment …
Ce Corbeau et son ami Oiseau pou­vaient rechan­ter ensemble,
Et dire à ce vieillard au regard amer,
Qu’à droite le che­min mène à la lumière et l’autre jette brus­que­ment en arrière.
Si seule­ment …
Un esclave pou­vait choi­sir.
Entre lais­ser ses mains dans la pous­sière,
Et se battre contre ces bras qui ont pous­sé sa flamme sourde en enfer.
Au fond,
Le som­meil du mal est ter­ri­ble­ment agi­té,
Seul dans un châ­teau où rien ne bouge, sauf l’ombre de la fata­li­té,
Regardant le pla­fond, cher­chant le par­don,
Observant dans le miroir ses yeux, ses joues trem­blantes, ses rides,
Son regard qui le per­cute de plus en plus dans le vide,
‘’Pardon … ! ‘’
A écrit sur les murs.
Au fond,
Ces trois che­mins mènent au cime­tière
Ö Mort !
Votre odeur,
Votre lueur,
proche, proche,
Ö Mort, la seule réa­li­té, prend cette illu­sion en dou­ceur

6 poèmes

Par |2018-08-14T08:41:58+00:00 21 juin 2015|Catégories : Blog|

 

Au pays des chênes et des châ­taignes
les branches se penchent sur les che­mins
et, pour en rete­nir le cours, chu­chotent
la pro­messe des fruits
que l’automne étale en tapis,

pays où le pre­mier chant d’oiseau pique
dans le mille du temps,
au cœur de l’instant d’où
jaillit, à pro­fu­sion, la joie.

 

 

***

 

 

Le che­vreuil enivré par la résine
des jeunes pousses qu’il a trop sucées
s’aventure, incons­cient du dan­ger, hors
de son aire jusqu’à la route
où des phares l’aveuglent, c’est le choc.

Prends garde que ton beau corps ne gise de même
ouvert sur de rouges bles­sures
pour avoir oublié,
gri­sé de dou­ceur, la fron­tière.

 

 

***

 

 

Un regard où se réta­blir
quand l’élan vous emporte
et qu’on risque la chute,

un regard où s’accouder
au bal­con des soirs d’été,

un regard qui me suive
avec la même paix
après qu’on s’est quit­té.

 

 

 

***

 

 

Ce pay­sage de mon­tagne et de forêts
qu’à l’unisson du monde
nous tra­ver­sions en hôtes fami­liers
dégage en ce début d’automne,
alors qu’il faut par­tir, une beau­té nou­velle,
si incon­nue qu’elle nous laisse sur le seuil,
dési­reux d’y péné­trer, impuis­sants,
notre rêve arrê­té, par crainte
d’on ne sait quel sacri­lège, à la paix
du trou­peau cou­ron­né d’or et à l’arbre
au bord de la route qui aban­donne au vent,
jusqu’au ciel, son feuillage.

 

 

***

 

 

Cet enfant qui sur­vit en toi,
tu lui donnes la main
mais il résiste à suivre ton allure,
son pied fra­gile encore
meur­tri par le sol trop rugueux.

Oh ! cet enfant qui ins­crit sur ton exis­tence,
ain­si que le soleil sur la rivière,
des taches de clar­té,
tout un jeu d’ombre et de lumière
que tra­verse sans les empor­ter l’eau qui passe.

 

 

***

 

Dans la hâte du départ, ce matin,
alors qu’il fai­sait noir encore
j’ai pris soin, avant de quit­ter
la mai­son pour plu­sieurs semaines,
d’enlever sous la table,
au fond de la cor­beille à pain, les miettes
de nos repas et j’ai lais­sé le vent
balayer dehors celles que nous avions faites
en cro­quant dans la croûte dorée de l’été,
trans­for­mées par novembre
en feuilles de bou­leau
dis­per­sées sur le sol humide.

 

6 poèmes

Par |2018-08-14T08:41:58+00:00 25 avril 2015|Catégories : Blog|

 

La ber­ceuse te cou­vrait d’or
de perles, de satin

fre­don­nait ta beau­té

Mais pou­vais-tu dor­mir
avant d’avoir sur­pris
dans l’ombre des cou­plets

l’amour illi­mi­té
qui entrait dans ta vie ?

 

 

***

 

La voix posait dans le ber­ceau
des mots qui ne crai­gnaient
ni vent ni foudre

alour­dis de pro­messes sécu­laires

L’enfant riait
qui savait déjà tout des anciens mondes

prêt à mener sa barque
sous de nou­velles lunes

 

 

***

 

 

Fais demi-tour, renonce
à l’autre côté du pont

Emporte vite à l’atelier des retouches
ce pay­sage éra­flé

meur­tri dès l’aube
par ta mélan­co­lie

 

 

***

 

 

Le désir était vif

d’aller encore un peu plus loin

bien au delà de la pre­mière haie

peut-être même au bout du pay­sage

 

 

Les pas se révol­taient pour­tant

refu­saient ce jar­din détrem­pé

jusqu’à l’autre côté de la terre

 

Alors ils ajus­taient leurs ailes

 

 

***

Un mot vien­drait sou­dain
sans pré­cé­dent

un mot indé­fi­ni
igno­ré du lexique
dénué de toute ambi­tion

et je le gar­de­rais soi­gneu­se­ment
pour toute réponse

sans dévoi­ler ses syno­nymes

 

 

***

Tu tisses labo­rieu­se­ment

une heure étroite, terne

effi­lo­chée déjà

Mais nous te fête­rons
quand tu l’auras don­née

sans allu­sion
à ton petit métier 

 

 

 

 

6 poèmes

Par |2018-08-14T08:41:58+00:00 1 mars 2015|Catégories : Blog|

Traductions en fran­çais : Marilyne Bertoncini
Traductions en anglais par l'auteur

 

Tigre

 

Tu es un tigre ; pour­tant je t'imagine sou­vent comme
sa pho­to­co­pie – endor­mie sur un papier A4 ; 
Ton âme bar­bouillée d'encre bon mar­ché.
Jamais tu ne te réveille­ras. De petits voi­sins
hantent tes rêves ; des filles t'aiment de loin –
cer­taines dans les quar­tiers chauds attendent désor­mais qu'un tigre ou
                             ses petits
                             les ramène à la mai­son.
Tu les entends chan­ter leur prière du soir –
   dans tes rêves ;
   Jamais tu ne te réveilles…

Tu es un tigre ; pour­tant, je t'imagine sou­vent comme
sa pho­to­co­pie – dor­mant sur un papier A4 ; au ver­so,
le brouillon d'un rap­port sur la vie sau­vage, prêt à impri­mer.

 

 

বাঘ (Tiger)

তুমি বাঘ তবু কেন জানি মনে হয় বাঘের অনুলিপি
শুয়ে আছো A4 সাইজ পেপারে; সস্তা কালিতে লেপ্টে আছে
                                                              তোমার আত্মা
                     কখনো জাগবে না;
পাড়ার ছেলেরা এসে বিরক্ত করে তোমার স্বপ্নে আর
পাড়ার মেয়েরা- যারা তোমাকে ভালোবেসেছিল দুর থেকে-
তারা কেউ কেউ এখন বে-পাড়ায়
আজ শুধু অপেক্ষা তাদের- যদি কোনো বাঘ অথবা
                                               বাঘের বাচ্চা
                  ওদের ফিরিয়ে আনে ঘরে

দুর থেকে শুনো ওদের সান্ধ্য প্রার্থনা গানে গানে-                
                    তোমার স্বপ্নে
               কখনো জাগবে না তুমি

তুমি বাঘ তবু কেন জানি মনে হয় বাঘের অনুলিপি
ঘুমিয়ে আছে A4 সাইজ পেপারে-  অপর পৃষ্ঠায় যার
ছাপা হচ্ছে পশুজরীপের খসড়া প্রতিবেদন
 

 

Tiger

You’re a tiger ; yet, I often think of you as a pho­to­co­py
of it — slee­ping on a A4 size paper ;
Your soul splat­te­red under the cheap ink.
You will never wake up. Neighborhood  boys
haunt you in  your dreams ; girls who loved you from a dis­tance—
some of them are now in red light dis­tricts wai­ting for a tiger or
                                                   its cub
                                                   to bring them back home.
You hear them sin­ging their eve­ning prayers—
                                                   in your dreams ;
                                                  You never wake up …

You are a tiger ; yet, I often think of you as a pho­to­co­py
of it—   slee­ping on a A4 size paper ; on the other side of which
a draft report on a wild life sur­vey is get­ting prin­ted.

 

***

Similarité

 

Je ne suis pas sem­blable à ceux qui pleurent
Après leur cau­che­mar.

Je suis sem­blable à leurs pleurs.

 

মিল (Similarity)

দুঃস্বপ্ন দেখে যারা কাঁদে
আমি তাদের মতো নই

আমি তাদের কান্নার মতো

 

Similarity

I am not like those who weep
after a night­mare.

I am like their wee­ping.

 

***

 

Requête

 

Ne lis jamais un poème.

Chante plu­tôt une chan­son, va à la gym ; apprends au moins
Comment faire un saut périlleux.

Si on t'appelle, rejoins un cirque ; fais une course d'unicycle
Vers le ciel par-delà la tente.
Si jamais tu trè­buches,
   tom­ber à la ren­verse dans le giron du clown.

Donne un bai­ser
   Aux dons
    Que te lance
Le public et

Reprends le saut périlleux après les applau­dis­se­ments.

Et n'oublie pas de reve­nir hors sai­son chaque année
Juste pour me rede­man­der :
"Qu'est-ce que tu as écrit jusqu'à pré­sent ?"

 

 

খোঁজ (Query)

কবিতা পড়ো না কখনো

গান গাও ব্যায়াম করো অন্তত শেখো ডিগবাজি খাওয়া–
ডাক পেলে যোগ দাও সার্কাস দলে
একচাকার সাইকেল নিয়ে তাঁবু ফুড়ে আকাশে ছোটো
কখনো পিছলে গেলে
                         কৌশলে
                                লাফ দাও ক্লাউনের কোলে

দর্শকের ছুঁড়ে দেয়া বখশিশে
                             চুমু খাও
হাততালি শেষে ঝাঁপাও আবারো

আর অফ্-সিজনে ফিরে এসে ফিবছর
                  জিজ্ঞেস করো:
  — লেখাপত্তর কদ্দুর এগোলো

 

 

Query

Never read a poem.

Sing a song ins­tead, go to gym ; at least learn
How to somer­sault

If cal­led, join a cir­cus troupe ; have a race on a one-whee­ler
Toward the sky beyond the tent
If you ever slip,
   Jump back in the lap of the clown.

Kiss on  the tips
   Thrown
    At you
By the audience and

Repeat the somer­sault after the stan­ding ova­tion

And don’t for­get to come back eve­ry year during the off-sea­son
Only to ask me again :
‘How much have you writ­ten so far?’

 

***

Doigts

Dans mon rêve je voyais mes doigts s'allonger avant de sor­tir par la fenêtre. Tout à coup, ils entrèrent chez toi en pas­sant. Dans l'obscurité, ils frô­lèrent le corps de ta mère. Effrayée, elle réveilla ton père. Mais il com­prit de tra­vers et, de joie, lui sau­ta des­sus. Pour évi­ter d'être témoins du reste, ils entrèrent dans ta chambre vir­gi­nale ; non, ils ne t'ont pas réveillée, mais ont plu­tôt pré­ser­vé ton som­meil en s'enfonçant dou­ce­ment dans tes oreilles. Tes doigts se mélaient inti­me­ment aux miens. Alors que le jour arri­vait, mes doigts, dimi­nuant, com­men­cèrent à reve­nir. Ils enten­dirent ta mère dou­ce­ment mau­dire ton père : tu perds la tête ! Ta fille ne gran­dit-elle pas dans la chambre voi­sine ?

En me réveillant, j'ai trou­vé, sur la pointe de mes doigts, conden­sée, ta sueur et celle de ta mère.

 

আঙুল (Finger)

স্বপ্নে দেখলাম আমার আঙুল ক্রমশ বড়ো হতে হতে বের হয়ে গেল ঘরের জানালা
দিয়ে- যেতে যেতে অভ্যাসে ঢুকে গেল তোমাদের বাড়ি আর অন্ধকারে খোঁচা দিল
তোমার মামণিকে ভয় পেয়ে সে ফিসফিসিয়ে জাগালো বাবাকে এদিকে তোমার
বাবা ভুল বুঝে আনন্দে ঝাপিয়ে পড়লো মায়ের শরীরে- বাকিটুকু না দেখে আঙুল
ঢুকে গেল তোমার কুমারী ঘরে; না, তোমাকে জাগালো না আর বরং আলগোছে
কানে আঙুল দিয়ে রক্ষা করলো তোমার ঘুম- কেননা স্বপ্নে তখন তুমি বুনছিলে
সত্যি সত্যি আমারই আঙুল ঘনিষ্ঠ তোমার আঙুলে-  ভোর হয়ে গেলে আমার আঙুল
ছোট ছোট হতে হতে ফিরে আসে আর ফেরার সময় শুনে তোমার মামণি হালকা ঝাড়ি
দিচ্ছে বেচারা বাবাকে: হুশ নাই, পাশের ঘরেই মেয়ে বড়ো হচ্ছে যে

ঘুম ভেঙে গেল দেখি আমার আঙুলে তোমার আর তোমার মামণির ঘন ঘাম লেগে আছে

 

 Fingers

In my dream I saw my fin­gers gro­wing before it went out the win­dow. On impulse, they ente­red your home on their way. In the dark­ness, they poked on your mother’s body. Frightened, she woke your father up. But he misun­ders­tood and, in joy, jum­ped onto her body. To avoid wit­nes­sing the rest, they ente­red in your vir­gin room ; no, they did not wake you up rather saved your sleep by put­ting them­selves soft­ly in your ears. Your inti­mate fin­gers were playing with mine. While it was daw­ning, my fin­gers, get­ting smal­ler, star­ted to come back. They heard your mother play­ful­ly scol­ding your father : loo­sing sense ! Isn’t your girl gro­wing up in the next room ?

When I woke up, I found, on the tip of my fin­gers, conden­sed sweat of you and your mother.

 

***

Hôtel de Ville

Des gens attendent d'être ven­dus.

Voici la scène le matin ;
Je vais au bureau – en CDD.

Au retour
Deux ou trois encore "inven­dus" me fixent du regard.

Je peux à peine le sou­te­nir.

De retour à l'appartement
J'en parle à ma femme.
Elle ne dit rien ;
elle cherche seule­ment
quelle part de moi
j'ai ven­due aujourd'hui pour  ache­ter quelque chose.

 
 

টাউন হল (Town Hall)

মানুষ বসে থাকে বিক্রি হবে বলে
এই দৃশ্য সকাল বোলার
আমি অফিসে যাই
কন্ট্র্যাক্ট বেইজড

যখন ফিরি
বিক্রি না-হওয়া দু’একজন তাকায় আমার দিকে

আমি সামান্যই তাকাতে পারি
বাড়ি ফিরে এই গল্প বলি বউকে
বউ বলে না কিছু 
                শুধু দ্যাখে
একটা কিছু কিনতে হবে বলে             
আমি আজ বিক্রি করে এসেছি
নিজের
         কোন
                   অংশটিকে

 

 

 Town Hall

People wait to be sold

See the scene in the mor­ning ;
I go to office — contract based

When I return
Two or three of the still “unsold” stare at me

I can hard­ly look at them

Coming back to our flat
I share the sto­ry with my wife
She does not say any­thing ;
only exa­mines which part of mine
I have sold today to buy some­thing

 

***

 

Paysage

 

            Deux ado­les­centes           dans le même miroir
se dépouillent des jungles            de leurs vête­ments et
décou­vrant mutuel­le­ment    leurs corps incen­diaires
                  s'interrogent :

Si le miroi­tier,                        fas­ci­né, se cachait
    quelque part à l'intérieur.

 

 

নিসর্গ (Landscape)

একই আয়নার ভেতর                                    দু’জন কিশোরী
পোশাকের জঙ্গল ছাড়িয়ে                                 আবিষ্কার করছে দুজনের

বিস্ফোরণোন্মুখ দেহ                                       আর খুঁজে দেখছে

                               দৃশ্যের অভ্যন্তর
                      কোথাও লুকিয়ে আছে কিনা বিহ্বল

                              আয়নার কারিগর

 

 

Landscape

Two ado­les­cent girls                  in the same mir­ror
shed­ding off the jungles       of their clothes and
dis­co­ve­ring each other’s       com­bus­tive body and
                         won­de­ring :

if the mir­ror-maker,    mes­me­ri­zed, is hid­den
        somew­here in it
 

 

 

6 poèmes

Par |2018-08-14T08:41:58+00:00 21 décembre 2014|Catégories : Blog|

 

À la patiente moniale de la dent et de l'éclair

L’impérieuse Pallas, fille de Domrémy,
a piqué mon suaire au jeté de sa lance.
Je suis le simple Hogier, le valet endor­mi,
que ma dame a féri pour la mener en France

bou­ter les scieurs de long et les faux-mon­nayeurs.

 

26 juin 2013

 

 

***

 

 

Défendez aux enfants de jouer dans la rue
car les temps sont venus des oiseaux aux dents longues
et des soleils oblongs qui res­semblent à des fleurs
dont la trom­peuse odeur attire à elles et tue.

 

19 sep­tembre 2013

 

 

***

 

À Waterloo
j'ai per­du mon sif­flet,
les Gauloises rouges de mon frère
et la dédi­cace de Didier Daurat.

À Waterloo j'ai sau­vé
le mou­lin à café de ma grand-mère,
mon disque de la Garde impé­riale
et Cecil B. DeMille racon­té dans Tintin.

 

4 jan­vier 2014

 

 

***

 

 

Quarante-sept années nous avons débat­tu,
et nous avons conclu, Alfred Eibel et moi,
que
le cul des filles en jean enso­leillait le monde.

 

18 février 2014

 

 

***

 

 

Sont reve­nues, mouillées, les odeurs de la terre.
La ville a retrou­vé ses che­mins de cam­pagne
à l'heure où l'employé allume un réver­bère.

Une péniche passe à Melun sur le Seine
quand les obus d'acier découpent de la soie.

 

6 avril 2014

 

 

***

 

extrait de 626, une épo­pée inache­vée…

 

La fresque com­mer­çante grat­tée pas­sage des Marais.
La foi de Christina Maffei dans Les Bas de soie noire.
Le pain du légion­naire man­gé dans l’abri de tuf­feau.
Le cha­peau de Van Gogh bros­sé par Eugène Delacroix.
La plaque en émail bleue rouillée de la gare de Lafarge.
Les seins de Faith Domergue ser­vis aux œufs à la sauce blanche.
Les garennes du roi fouillées avec Frank Alamo.
La croupe solo­gnote aux cèpes de Dominique Wilms.
Le verre de vin tiré à cru par la fille aux yeux d’or.
Le silence des dîners per­dus où le gueux a péri.
La chair cuite au mar­ché d’Angers de Mylène Demongeot.
La culotte irlan­daise tom­bée au trou en noir et blanc.
La fille de Miller bai­gnée en slip avec ses draps.
The Lina Romay’s cunt squa­shed on the Musidora’s lips.
Le coup d’épée de Guy Delorme au réveil des gre­nouilles.
Les chaus­sons et l’orange annuels dans le dépar­te­ment.
Les herbes dans le court fen­du par les rails du tram­way.
Les tabliers d’école ignés par le sel des pho­tos.
Le panier de morilles aux pieds nus de Cathy Menard.
Le picon aspi­ré avec un maca­ro­ni long.

avril-mai 2006
 

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