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À Arthur Rimbaud

Par | 2018-02-23T23:11:19+00:00 18 août 2014|Catégories : Blog|

 

Tout est mouillé à Charleville
l’ombre et son double
le souf­fleur qui vide les mots dans la rivière
les nuances
traces lais­sées par la pluie
défiant inlas­sa­ble­ment un pay­sage
à cinq heures de l’après midi
un bateau péni­ble­ment traî­né par un gamin
tranche la grande place

Ma nos­tal­gie res­semble à ce jour inno­cent
délais­sé sur le front de l’église

Tout est rouillé à Charleville
à midi comme à minuit
le désert gît au pied de ton lit invi­sible
comme ce mirage de che­vaux dans le cahier
et même ta soli­tude
ignore l’écorchure de l’esclave

Tire, poète, tire
jusqu’à l’usure du verbe
jusqu’à déro­ber l’aube de l’humanité et sa rosée morte
jusqu’à la rature de la lumière
Tire, enfin tire !

Tout est beau à Charleville
tes pas d’autrefois
même l’abîme qui s’ouvre sur la fer­men­ta­tion de cette jour­née
ton iti­né­raire qui s’étire à l’envers d’un détail
défiant l’impossible miroir

Un ins­tant j’aborde l’oubli
m’assois au bord de l’été
dans l’entrebâillement d’une aube assas­si­née

Victime d’une parole infirme
je verse la vie tiède sur ta tombe
dans l’espoir de sen­tir l’éternité
fris­son­ner dans ma chair

 

 

Extrait du recueil "Rebâtir les jours" © Éditions Bruno Doucey, 2013.