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A CAPPELLA

Par |2018-10-15T19:17:36+00:00 21 décembre 2015|Catégories : Blog|

Pose moi comme un sceau sur ton coeur,
comme un anneau à ton bras,
car l’Amour est fort comme la Mort, 
la pas­sion , cruelle comme le Shéol.
Ses flèches sont des éclairs de feu,
un bra­sier divin, une flamme de Yahvé

(Cantique des cantiques,VIII,6) 

 

 

C'est sur­tout dans sa tenue de mort que je le voyais. Une fois dans l'année, le jour du Grand Pardon, il chan­tait dans ce vête­ment, qu'un jour pour tou­jours il por­te­rait, dans cet habit, ce Sarjenes, qu'on lui met­trait avant de l'enterrer. Ce jour-là, comme tout can­tor, il chan­tait. Il chan­tait Dieu, il chan­tait l'homme, il chan­tait pour que les hommes soient par­don­nés. 
La liste de tous les péchés, répé­tée tout au long de la jour­née, n'était pas ce que j'écoutais. Ce que j'écoutais, c'était la voix qui les énon­çait, une voix qui fai­sait de moi le pire qui soit. Car le plai­sir qu'elle me don­nait était loin de me mor­ti­fier ; celui que je pre­nais,  per­mis à l'opéra, avait ici l'attrait de l'interdit. En ce lieu même du sacré, j'adorais une voix qui chan­tait ce qu'on ne doit. Elle chan­tait le péché com­mis en public ou en secret, par mégarde ou de plein gré, par des mots ou des pen­sées ; le péché com­mis par obs­ti­na­tion ou légè­re­té, par pas­sion ou cal­cu­lé ; le péché pro­fa­nant le nom sacré, celui connu ou igno­ré et peut-être avant tout celui que je com­met­tais.
D'idolâtrer, allais-je être lapi­dée, brû­lée, étran­glée ou déca­pi­tée comme le texte le pro­met­tait ? Pas une fois, je ne suis morte dans l'année ; j'ai même conti­nué à être ins­crite dans le livre de la vie !
Moi, pas lui.
Fut-il puni de si bien chan­ter, assas­si­né d'autant char­mer ?
Peu après m'avoir mariée, sa voix se tut : il n'était plus dedans.
Qui y était ? Je ne le sus que bien après, quand plus per­sonne n'y chan­tait,  quand plus aucun absent n'y était.

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