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À louer chambre vide pour personne seule

Par | 2018-02-23T07:24:21+00:00 5 novembre 2012|Catégories : Critiques|

 

 

L’homme qui net­toie la pierre

sauve le pas­sé

 

la femme qui balaie le bal­con

entre­tient le pré­sent

 

depuis tou­jours

 

Les poèmes qui com­posent ce très beau recueil d’Yvon Le Men ont été écrits lors d’un séjour dans la Maison Radieuse du Corbusier. La majeure par­tie de l’œuvre du poète a paru chez Rougerie, Flammarion et La Passe du vent. Outre le pré­sent recueil, on peut décou­vrir l’importance de cette œuvre en lisant un choix de poèmes paru chez Flammarion en 2000 sous le titre Le jar­din des tem­pêtes. Invité dans l’univers du Corbusier, Le Men se retrouve à mille lieux de ses uni­vers per­son­nels, plu­tôt liés à la cam­pagne, aux grands espaces et à l’estuaire devant lequel il vit. Là, il plonge dans un monde urbain et moderne sym­bo­li­sé par cette tour qu’est la Maison Radieuse. Le Men s’en explique en ouver­ture du recueil, dans un court texte à la fois émou­vant et por­teur d’un large regard sur le monde contem­po­rain. Il n’a pas besoin de nom­breux mots, le poète, pour dire bien des choses. Ou pour bien dire les choses. Si on l’en croit, c’est même la pre­mière fois qu’il délaisse sa plume pour écrire avec le cla­vier d’un ordi­na­teur, au cœur d’une tour où plus de mille per­sonnes vivent, l’entourent. Sans que le sen­ti­ment de soli­tude s’estompe. On peut être fort seul en vivant nom­breux, ceux qui ont l’expérience des grandes métro­poles de l’Asie du sud-est le savent bien. La Maison Radieuse ou la tour des mille soli­tudes. De cette expé­rience, le poète tire un ensemble qu’il faut abso­lu­ment lire.

 

Est-ce le manque de vent

qui rend si noir

 

le cor­beau ?

 

Poète du retrait et du déta­che­ment, Le Men part à la ren­contre des alen­tours du lieu où il réside alors et à la ren­contre des vies humaines qui le com­posent. Contrairement aux appa­rences, retrait et ren­contre ne sont pas contra­dic­toires. À moins d’ignorer tout de la poé­sie de la vie. D’ailleurs, cette non-oppo­si­tion est un des axes de l’acte poé­tique en géné­ral, de la poé­sie de Le Men en par­ti­cu­lier.

 

Un homme court

pen­dant qu’un autre vieillit

 

mais l’herbe fraî­che­ment cou­pée

les rap­proche.

 

Ce sont alors des yeux véri­tables qui se posent sur des moments de vie, ce qui ne va pas sans humour.

 

Ici

même l’église est en béton

 

la mai­son de la CGT

aus­si.