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A M O R CE

Par |2018-10-15T12:43:50+00:00 10 mars 2013|Catégories : Blog|

 

J’enfouis la tête dans l’écrit,
Je fais sau­ter ma tête,
J’ai la vitesse d’un vers.
J’enfouis la tête dans l’écrit,
Je fais sau­ter ma tête,
J’ai la vitesse d’un ver.

J’écris comme un petit vers rouge
qui prêche aux petits vers rouges
la gran­deur du métier d’écrivain
chez les petits vers rouges.

Je suis le ver de ma tête de femme
le ver de mon écrit d’homme
le vers du ver de la femme-homme
J’ai le don du vers d’un ver  bisexué.

Je fais entrer des sen­ti­ments dans ma tête.
Je fais sor­tir des sen­ti­ments de ma tête.
Un ver n’en a pas besoin,
un vers a besoin de lui-même
et de sa nour­ri­ture fraîche.

J’écris comme une nour­ri­ture fraîche,
dans un corps affa­mé,
Je suis en besoin de moi-même,
J’écris comme « le besoin de moi-même ».

Je m’emplis,
Me gonfle, m’écrase,
jusqu’à ce qu’il n’y ait plus
rien de moi.

Et il n’y  a plus rien.
Aucune nuance
à cause de ce que
je pour­rais être.
Rien que
mon nom
à l’air d’un vers
qui
cha­touille
et
ronge
tout ce qu’il aime que j’aime comme ver.
Ainsi, il crie ce que j’écris contre toute écri­ture docile.

QUE SUIS-JE ?
QUI SUIS-JE ?

Un nom à la vitesse de ver,
écrit en chair pour
les petits vers de terre
sous la pluie et les pieds
des gens heu­reux ou tristes.

QUI SUIS-JE ?
QUE SUIS-JE ?

Ma tête flotte au-des­sus de moi
et ne me trouve pas.
Ma tête veut de toute ma chair.

38,5°C, 38, 6°C, 38,7°C, 38,8°C, 38,9°C, 39°C. Fièvre. Automne tar­dif, froid d’hiver, brouillard, chiens gris, enfants homo­sexuels, dro­gués men­diants, -7°C. Dans une pho­to on existe même quand on n’est pas… vivant. J’ai gran­di ain­si (4 sai­sons, très chaud, très froid, tout ce qui est le non, le sur­tout pas […], j’ai connu des gens­pois­sons, des plan­te­sa­ni­maux, des pier­re­seauxoi­seaux, l’air et le feu des pho­to­sterre. J’ai fait l’amour avec la pre­mière pho­to la deuxième la troi­sième les sui­vantes, avec l’appareil pho­to, avec l’œil en vitre noire, et ses objets affû­tés, avec les lignes et leurs cercles cha­leu­reux, amour avec etc, si bien qu’à pré­sent, je ne sais plus si mes parents ne sont pas en quelque sorte, l’expression agran­die de mon âge à ses dif­fé­rents âges, pris en pho­to ou aban­don­nés en marge,  au-delà de (…) 

39,1°C. A tout moment,  je peux allu­mer, le manque d’action, l’absence, l’attente, ses preuves simples et  lentes.

L’intérieur et l’extérieur d’une pho­to sont insé­pa­rables. Dans la vie, quelle  qu’elle soit, il y a des zones et des mou­ve­ments expli­cables, des zones et des mou­ve­ments inex­pli­cables.

Noir, lumière, ombre, vide lim­pide, vide tou­ché.

Nue, dénat­tée, mouillée, élas­tique, bou­clée.

« Le beau ver rouge » aux seins dan­seurs. 1,67 m.

Je vis.
Je suis.
Vide ou vidée.

Je frappe avec la tête la croûte du ciel, je donne des pieds à la croûte de la terre. Si je tends les mains, hori­zon­ta­le­ment, je per­fore la fron­tière avec le monde. Il y reste des acci­dents, des bles­sures moel­leuses, par les­quelles je reçois des lettres de l’extérieur de l’éternité. Ding – dong, ding – dong, ding – dong… Comme les cloches des églises. Les grosses  cloches tintent. Ding – dong, ding – dong, ding –dong (…)

Dans ma tête, les abeilles se sont faites des clo­chettes en cire.
Ma tête et son miel flottent sur moi.

Je pousse des cris
et le miel s’écoule entre les dents.
Femme aux clo­chet­tes­rayons
ayant une
ruche dans la tête.
Je suis une très bonne femme, ver de miel,
vers dans le miel,
ver écri­vant avec le miel d’une femme,
en pro­fon­deur et dans la lon­gueur,
entre et par­mi,
confor­mé­ment à,
à l’exactitude d’un écrit bisexué,
jusqu’à l’orgasme de la méta­phore d’être
seule et seule,
seule tant de fois qu’il le faut.
N’est-ce pas que ce n’est pas (…) ?
Mais un ver n’a pas besoin de sen­ti­ments,
il fait des trous, lieux­rayons d’une ruche,
lieux pour les clo­chettes et les vols des abeilles.

Je suis un ver(s) dans le temps, un ver(s) – pen­dant – que,
dans le temps – de – mots – de – sen­ti­ments.

Je m’appelle Poémie. Et je flotte
la tête tour­née vers ce
que je ne pos­sède plus. Vers l’autre côté. Et l’autre côté flotte aus­si.
Dans la forme sau­vage et verte de la len­tille d’eau.
Des têtes – len­tilles. Petites pho­tos aqua­tiques. Vertes.

J’écris petit. Et je mange tout ce qui est beau.
J’écris en moi, pour que sorte de moi le trou des abeilles,
le miel de la pen­sée
dans lequel tête et corps flottent dans
la même direc­tion,
maré­cage cou­rant
au bord de la mémoire.

Un vers est comme ça.
Il se pré­ci­pite dou­ce­ment,
Il pal­pite dou­ce­ment,
Il ne dit pas de gros mots.
Il écrit dans
la bles­sure,
comme si la
plaie  lui écri­vait sur
des dou­leurs lourdes, pro­vo­quant des
jurons.

Qui puisse
com­prendre les vers d’un ver
qui se prend pour une femme,
et sur­tout d’une femme qui se prend pour un ver(s) ? !
Que les poètes sévè­re­ment « mau­dits » !

Je suis la sta­lac­tite de la nuque
votre poète – de- ver(re),
et je vous dis le plus beau juron d’amour :

…………………………………………………..

Un ver parle tel­le­ment bien, mais
une seule fois dans sa vie.
Je ne vous sou­haite  jamais de l’entendre.
Vaihingen, décembre 2004 :
À petits pas. À petits pas.

Je cours d’un bout à l’autre.
Je tourne dans
la pho­to, telle la clef dans la ser­rure.
Je m’ouvre en écri­vant. Je ne
res­sens
rien. Je m’ouvre lar­ge­ment.
Il est pro­bable que j’écris ce que
je raconte assise dans ce nid
de chair qui bouge selon sa
propre musique, mais qui
n’est pas capable de sen­ti­ments.
Je vois mes mains de plus en
plus grandes.
Comme les tiges des hari­cots de Jack,
elles poussent et poussent
vers
le ciel.

Je mets mes doigts dans
la bouche et j’y écris

Grimpant sur la salive, je vais
dans l’écriture :
en haut,
en bas,
ain­si de suite,
ensuite plus
loin
et plus proche.

Je mets ma tête dans l’écrit.
Je la fais sau­ter.
J’ai la vitesse d’
un coup de foudre.

J’écris jusqu’à ce qu’il n’y ait rien.
Et que
c’est beau et lim­pide le rien !
Je peux par­ler libre­ment.
Et je peux par­ler si
bien,
je peux par­ler libre­ment,
je peu
x par
le
r
libre
ment !
Au- des­sus des mai­sons il y a
des
cor­neilles.

Au-des­sus des cor­neilles, un
ciel rouge.
Si je n’écrivais pas, je dirais « cou­cher de soleil noir et blanc ».
Et le clo­cher de l’église de la gaie­té.
Et la petite pluie fine, gelée sous
la forme des épingles.
Et le sapin de la
fenêtre.
Et les pommes de pin et mes
pho­tos en mor­ceaux,
pen­dant aux branches
du sapin.
Et,
sur­tout,
les cor­neilles
qui
volent en se que­rel­lant,
les griffes enfon­cées les unes dans les autres,
comme les pièces
d’un puzzle.
Et le petit
ver rouge inexis­tant,
petit néant, rouge et gluant,
Ver – Vers –vers l’océan en terre.

39,1°C.
39,2°C.

Vous m’avez dit plu­sieurs fois :
« On ne peut pas être en bonne rela­tion avec votre ver
en vers !
« Nous tous on a  peur,
peur de vous écou­ter ! »

A  mi-voix,
avant de
vous endor­mir, vous tous vous m’avez tour­né le dos.
Mais  vous ne sau­rez jamais rien sur le
petit ver rouge et moi petite jouant dans le préau.

Je crois avoir 39,9°C. Intrigue de cabale ? Chiffres de chance ?
39, le numé­ro de
ma mai­son pater­nelle,
9, à l’école, ma
note pré­fé­rée,
je crois que,
je
grimpe de plus
en plus
en haut

En cadence,
telle une vrille dans le nom­bril du ciel.
Il n’y a pas de marches, ni de des­centes
mon écrit n’est pas incli­né.
Le petit ver rouge,
le cobaye de mon écrit, la
petite lettre rouge qui ronge des pas :
Je viens, je retourne, j’implante des lettres aiguës
dans les tiges de
votre corps, je des­cends, me voi­là

J’introduis ma
tête dans la vôtre ,
mon corps dans le vôtre,
votre tête dans mon corps
votre corps dans ma tête,
et…

                                                                                                                     Stuttgart,
                                                                                                                     le 17 décembre 2004

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