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À Muse

Par | 2018-05-21T14:38:22+00:00 6 octobre 2013|Catégories : Blog|

 

 
 
scin­tillantes Voix,
dans mon som­meil, s’érigent,
dans mon cime­tière, Éternelles,
tour­mentent comme fan­tômes.
 
Dans le brouillard, mes pau­pières,
s’entrouvrent à leurs ombres,
et funam­bules brillantes
m’appellent silen­cieuses.
 
Du haut de ma butte.
 
La machine stri­dente accé­lère,
et pas­sa­ger Prétendant,
j’entends Retardataire,
le che­min de fer qui vibre.
 
 
 
In extré­mis,
à la ren­contre du train fumant,
je cours dans ses ombres,
d’autres lati­tudes venant.
 
In extré­mis,
le wagon « Rien ne va plus »
échappe au contrô­leur,
des­ti­na­tion incon­nue.
 
 
 
Et la machine stri­dente accé­lère,
la che­nille d’acier,
s’élance dans la pous­sière,
direc­tion pôle « ima­gi­nez ».
 
Allongé, le dos col­lé au wagon,
loco­mo­tive chante cris de sirènes,
et je regarde, hébé­té, sur l’horizon,
le grand spec­tacle qui m’entraîne.
 
Locomotive, de sa trompe fon­taine,
crache le tor­rent vapo­reux,
nuages de laine,
dans mon océan bleu.
 
Et sirènes, endorment, s’émerveillent,
le pay­sage nature d’écume rosée
et de toute la vapeur qu’elles inondent.
 
 
Lune, pleu­rant soleil
en son hom­mage éclaire
l’océan dans ses der­nières lueurs,
et les sirènes nos­tal­giques chantent
en sou­ve­nir du déser­teur.
 
Et mon cœur, tel lune,
tel la rosée, tel l’écume,
dans l’océan s’éteint
épon­geant dans les pro­fon­deurs
toute tris­tesse, toute amer­tume.
 
 
Et une fois ren­du
à la nuit, à « rien ne va plus »,
en cabine je m’en vais faire la sur­prise,
des pas­sa­gères assises.
 
 
 
Nomades Elégantes,
Dignes, m’oubliant dans leur pré­sence,
s’élancent Silencieuses,
sans paroles, dans mes songes.
 
Dans la fumée d’encens,
le par­fum des roses,
de leurs yeux dan­sant
me font faire des rondes.
 
 
Et je rêve d’elles,
à l’ombre des hor­loges, ados­sé, les obser­vant.
 
Voyageuses de nuit,
dans l’obscure, écla­tantes,
 
sous-pèsent ma folie.
Et moi, pauvre mâle.
Rationnelles sin­cères,
à mon nez sou­pirent rai­son.
Émotionnelles éphé­mères,
d’abondance me troublent.
Mais toutes dans l’étreinte m’entraînent.
 
Semblables yeux, j’ai bai­sé.
Telle lune pleu­rant le soleil, mon cœur,
de cra­tères cri­blés, s’en sou­vient,
suf­fo­quant dans les pro­fon­deurs,
d’un grand océan pourpre.
 
Toutes veulent cajo­ler ce sang chaud,
Magiciennes pré­ten­dant
créer de mon ombre lumières
puis s’installer en maître,
et de leurs files me faire marion­nette.
 
Dominant la scène,
les ama­zones se mul­ti­plient,
attirent dans mon sciage
le doute dans ma quête,
une flamme dans la nuit.
 
 
Et moi,
cisaillé, à nou­veau je m’attendri
et ils en pro­fitent,
papillons gran­dis­sant, vau­tournent,
et dans mon cœur, vacarme !
 
Les Taciturnes silen­cieuses,
usent d’éclaboussures dis­jonc­tives,
pour fre­don­ner secousses
dans mon corps qui s’attise.
 
À mon verbe toutes veulent don­ner l’élan.
 
Leurs malices je les connais,
et pour­tant elles me fas­cinent,
Passagères assises,
dans ce train filant.
 
 
 
 
Mais que faire ? À pareils êtres,
Dont la beau­té mes mots gas­pillent,
Poésie ? Pari per­du,
dans l’étreinte il faut res­sen­tir
ces corps suaves
avant que le temps ne les ronge,
juste le temps d’un voyage.
 
Certaines, de leurs doigts salis
me touchent, déjà col­lantes de regrets.
D’autres prudes encore,
pensent m’apprendre à aimer.
Et je joue de mon piège,
l’hypnose, les sor­ti­lèges,
fait le beau alors qu’elles m’entraînent,
dans leurs suaves exac­tions,
 
jusqu’à ce que sur moi le piège se referme.
 
 
Et Diable n’aurait trou­vé,
pire jeu de séduc­tion.
 
Elles me parlent, je gigote,
à jouer l’éloquent,
les attire puis les assomme.
Fallait-t-il en faire autant ?
 
Et moi, pauvre mâle,
Comme un tou­tou, tout fière, Infidèle
je les trompe toutes,
avant qu’une seule ne soit séduite.
DU SPECTACLE !
 
Anges et Démons se tapent la main
et leurs rica­ne­ments au loin
jusqu’à mes oreilles gré­sillent.
 
Avant qu’il ne soit trop tard…
 
Créatures incons­cientes,
me culbutent, indo­lores,
des vol­tiges de l’esprit
leur sil­houette vir­gule,
leur bouche pal­pite,
leur lèvre pulpe,
leur visage se plisse :
j’en reste insa­tiable.
 
Fumant men­tho­lées
à tra­vers leur fume-ciga­rette d’ivoire.
Impassibles.
Des tueuses d’éléphants vous dis-je !
De leur bour­geois ennui me conta­minent,
ces étri­quées qui pen­saient m’anoblir.
 
Beautés d’allures, cœur mori­bond,
vouant les flasques et les tré­fonds,
où est la porte que je m’enfuie,
autant finir de suite,
s’il faut finir ain­si.
 
Avant qu’il ne soit trop tard,
qu’elles ne s’approchent de trop près,
qu’elles créent l’équivoque,
sus­citent le désir
que leur yeux aigres se moquent,
que leur par­fum m’enivre…
Et déjà je m’extasie.
 
Avant qu’il ne soit trop tard…
 
Qu’elles sous-pèsent,
lâchent prises,
il y a d’autres proies,
mon cœur est déjà troué.
 
De l’opus de la taille d’une balle
mon sang encore jaillit,
se répand sur la moquette.
Il ne me reste qu’une seule vie.
 
Alors, avant qu’il ne soit trop tard…
Au diable ! Tueuses d’éléphants,
démas­quées de vos doux regards,
au prix d’une flaque de sang.
 
 
 
Avant qu’il ne soit trop tard,
Dieu, aide-moi à trou­ver patience,
d’attendre Muse légère,
l’ivresse en eaux pures,
jusqu’à l’asphyxie, le feu !
 
 
Mais qui de vous, Dames à tor­chons,
éclai­re­ra mes tur­pi­tudes,
Ephémère mal­gré elle,
d’une douce empreinte qui dure,
conju­guant nos soli­tudes,
dans l’opulence, la misère,
pré­sente au futur ?
 
Quelle pas­sa­gère pour ce voyage,
dans ce train, à l’infini ?
 
 
À Muse,
par ce rêve obsé­dé,
dans la vitre je m’oublie,
suf­fo­quant l’adoration des créa­tures.
 
Dehors, quelques reflets,
éclairent le sillage lunaire,
le regard pen­du,
son­geur dans les beau­tés planes,
je me perds.
 
 
 
 
 
 
Et sou­dain,
brillante sur la vitre embuée,
Elle dans mon miroir,
et dans son reflet,
mon âme danse avec la sienne.
 
Elle, là,
assise par­mi tant d’autres.
Comme si de rien n’était,
sans fan­fares,
sans excès,
et déjà s’évertue en moi
le Sentiment simple.
 
 
Nos yeux se parlent en silence,
je crois qu’ils se cha­maillent.
À tra­vers la vitre sale
Je l’observe,
qui aurait pu l’imaginer ?
 
 
 
Saisi au poi­gnet,
Lune, cra­tère fumant, oubliés,
la machine stri­dente accé­lère.
À grande vitesse,
l’aurore à l’horizon,
rien de plus pour me plaire.
 
 
Et puis il fait chaud,
trem­blant, sans direc­tion j’avance,
de mes joues de la bouillie
et plus très fier,
les jeux,
les stra­ta­gèmes,
les armes,
ne sont plus qu’un loin­tain sou­ve­nir.
 
 
Dans ma fièvre, mon ver­tige,
mon chau­dron, mon fan­tasme,
invi­sible je l’aborde
lumière puis vide,
et dans ce néant insen­sé,
d’une once elle ne bouge.
 
Dans mes songes, elle glisse,
Même l’ailleurs ne la sai­sit.
Dans ma flamme, érein­té,
son visage reste éteint.
 
Elle voit comme je l’observe,
per­du dans le verbe,
amar­ré à son élan,
un visage plus frais qu’une botte d’herbe,
Pelage plus doux qu’un nou­veau-né,
sur lequel je rêve de voir per­ler,
cette joie qui me trans­perce.
 
 
Lui par­ler,
décon­te­nan­cé,
muscles confi­ture,
paroles fanées.
je dois avoir l’air bête,
le cou­rage en laisse
court pour s’échapper
en plus d’être lâche
il aboie, ce fumier.
 
 
Elle sou­rit.
 
Et les che­vaux bleus
broutent la moquette ver­meille,
des élé­phants par la fenêtre
m’envoient trompes d’eau dans l’oeil,
des cor­beaux croassent au loin,
dans ma tête stu­pides per­ro­quets aboient.
À nou­veau, le vacarme.
 
Et moi, coq chan­tant,
semble au moins la dis­traire.
 
Ambiguïté dans sa conduite,
Moi je reste,
résiste,
com­bat Grotesque.
J’esquive,
à la recherche de l’Indomptable.
 
De part et d’autres de la cabine
des petits rires éclatent.
Si pathé­tique suis-je.
 
La réa­li­té frappe encore
Mais son âme trop sau­vage, insur­gée,
se débat de ce petit corps
trop à ce monde appri­voi­sé.
 
C’est Elle, je la sais.
 
« Vous ici ? » Lui dis-je.
– De juste der­nière toi,
quand sur le wagon, abru­ti,
les étoiles tu regar­dais.
 
 
 
Déesse,
Actrice,
Manie
Les
Symboles,
joue mes rêves.
Je
vibre,
la
découvre,
M’
Ahurie.
 
Quandellemedemande :
« où vas-tu dans ce train ? »
 
 
À pré­sent, jusqu`à toi,
et si tu prends ma main, à l’infini.
Allons faire peur aux pas­sa­gers,
jetons le conduc­teur par la fenêtre,
et une fois ce désert appri­voi­sé,
ren­flouons char­bon dans sa chau­dière,
que la vapeur jaillisse de la che­mi­née,
pour s’allonger devant Dieu Vitesse,
au bout de la nuit étoi­lée.
 
S’il fau­dra sai­gner,
Saigne-moi à mort,
et si ma fer­raille casse…
– « je la recons­trui­rais ».
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