> Abbas Kiarostami, des milliers d’arbres solitaires

Abbas Kiarostami, des milliers d’arbres solitaires

Par | 2018-02-23T01:33:54+00:00 9 septembre 2014|Catégories : Critiques|

Décidément, c’est une superbe col­lec­tion que ce lieu de poé­sie, Po&Psy ! Tant par le phy­sique ori­gi­nal des livres, en forme de pavés (for­mat poche), la cou­ver­ture, recou­verte d’une autre cou­ver­ture trans­pa­rente, que par le conte­nu des ouvrages pro­po­sés. Un véri­table objet, inha­bi­tuel à cette échelle d’édition. Superbe col­lec­tion ou… col­lec­tionS. Car Po&Psy se décline en sortes de sous-col­lec­tions, comme celle-ci, « in exten­so », où paraissent les textes poé­tiques d’Abbas Kiarostami. Car l’immense cinéaste ira­nien, mon­dia­le­ment connu, for­te­ment goû­té en France, est aus­si un poète de très haute tenue, ce qui vient confir­mer cet opus réunis­sant son œuvre poé­tique inté­grale (à ce jour). Les lec­teurs de Recours au Poème ont eu un aper­çu de cette œuvre, puisque nous en publiions de bonnes feuilles il y a quelques semaines ici.

Par cer­tains aspects, les poèmes de Kiarostami tra­vaillent la même matière et le même Sens que son ciné­ma et il y a fort à parier que, le moment venu, la paren­té de ses pra­tiques artis­tiques sera per­çue comme for­mant un tout. Épure, silences, beau­té des pay­sages et des petites choses, ici un arbre, là un caillou, ailleurs le visage d’un homme. L’intériorité du poète/​cinéaste est comme en réson­nance avec l’immobilité de l’univers, don­nant alors à sai­sir ce qui se voit au-delà de nos apti­tudes per­cep­tives natu­relles, ou pré­ten­dues telles.

 

une bou­teille cas­sée
pleine à ras bord
de pluie de prin­temps.

 

Qui sait ce qui, de sa poé­sie ou de son ciné­ma, irrigue l’autre ? Et qu’importe ? Kiarostami est une des voix poé­tiques majeures de notre temps. L’une de ces voix qui « violent » (le mot est de Chomsky) la paro­die de réa­li­té se pro­po­sant à nous en tant que réel. C’est pour­quoi, pour l’instant, il peut sem­bler que des mil­liers d’arbres soient soli­taires. Mais il convient de ne pas trop se fier aux appa­rences.