> Abderrahmane Djelfaoui, la mer vineuse (disait l’aveugle)

Abderrahmane Djelfaoui, la mer vineuse (disait l’aveugle)

2017-12-30T16:24:17+00:00

à la mer qui s’entrouvre
la nuit se déplace
ailleurs lécher les narines du ciel

*

sur le sable
les marques fraîches ombrées
d’oiseaux d’aube envo­lés

pattes au ciel

                                    
*

oiseaux de mer défiant l’horizon
sans trop s’éloigner de la côte

*

(mais qui se demande pour­quoi le rou­lis
des vagues amuse tant les hiron­delles)
 

 

* * *

 

la mer comme il faut l’inventer
d’embruns et mirages

et comme elle s’invente
nuages mariés aux vents

enchan­te­ment de pol­lens ou
pluies mûres des soleils

 

 

* * *

 

 

à mes filles

 

quel oiseau en vol dou­te­rait
du bat­te­ment de ses ailes
et quelle baleine de son petit

tout oiseau pour­suit un sillage
et tout céta­cé le plon­geon de son souffle

dont les écailles seules
savent se faire l’écho

 

 

* * *

 

 

frag­ments épars (d’Empédocle)

mon des­tin est d’être une pierre
espoir de trop quand l’espoir  rase
semelle de sa pous­sière

*

la pitié de moi-même
est un souffle sourd qui va
ton­nant l’inconnu

*

fils de l’anonyme
l’aède n’est que mer
en flux
enfer­mé pen­sée
dans sa conque per­cée
d’un fil d’aube

un détroit sans lune
un dis­jonc­teur non fiable

 

 

* * *

 

 

sous un figuier vert

monte un chant de cigales
brû­lure d’une âme
qui s’en va feuille à feuille

la Méditerranée est cette inso­la­tion
d’ ombres et d’ hos­pi­ta­li­té dans la dou­leur
que nos yeux som­meillent
et som­meille­ront long­temps
au cou d’une étoile

 

 

* * *

 

poèmes extraits de : « la mer vineuse (disait l’aveugle) »
Editions L. de Minuit, Alger, 2012  

 

 

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